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vendredi 22 août 2014

Peut-on “améliorer” l’homme ?


Par Fabien Trécourt
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Publié le 08/10/2013  à 14:02
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Modifier le patrimoine génétique d’une personne pour lutter contre la maladie, voire “corriger des anomalies”, ne relève plus de la science-fiction. Dans Où va l’humanité ? (essai à paraître le 9 octobre) deux chercheurs font le point sur les enjeux bioéthiques.

 

Balbutiant hier, le séquençage de l’ADN est en passe de devenir une opération courante. Toute personne a déjà la possibilité de mieux connaître son patrimoine génétique pour traiter d’éventuelles maladies : l’actrice Angelina Jolie a ainsi décidé de procéder à une mastectomie bilatérale après un test ayant confirmé une prédisposition au cancer du sein. Sa décision – très médiatisée – a dopé le marché des tests génétiques. La pratique se banalise tellement aux États-Unis qu’il est question de procéder à un séquençage systématique à la naissance : tous les bébés seraient soumis à un test qui permettrait de repérer des anomalies et d’élaborer des traitements en conséquence. Quatre projets de recherche ont été lancés sur cinq ans pour analyser les risques et les bénéfices de ces pratiques, parfois jugées eugénistes.

En France, le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) doit se prononcer d’ici à l’été prochain. “Nous ne pouvons pas faire comme si ces progrès techniques n’existaient pas, résume Patrick Gaudray, directeur de recherches au CNRS. Mais nous ne devons pas non plus faire n’importe quoi sous prétexte qu’on le peut !”

Nouvelle liberté…

Il est d’ores et déjà possible de “corriger” un ADN jugé défaillant et, plus généralement, d’altérer le patrimoine génétique de quelqu’un. “C’est le principe de la thérapie génique, explique Catherine Bourgain, chargée de recherches à l’Inserm. Mais c’est un exercice complexe (…), pas facile de prévoir si un jour on arrivera à modifier l’ADN des fœtus pour modifier la couleur de leurs yeux. Et puis, faut-il vraiment essayer de le faire ?”

Pour Laurent Alexandre, chirurgien biologiste et fondateur du site Doctissimo, le “bricolage de nos chromosomes” sera possible dès 2018 : “La modification de l’ADN sera même une chose banale dans la prochaine décennie !” s’enthousiasme-t-il. La biologie de synthèse ou les nanotechnologies permettraient de fabriquer des gènes de substitution qui, à l’instar d’un pacemaker ou d’une prothèse, aideraient les hommes à vivre plus longtemps en meilleure santé. Un discours repris notamment par l’Association française transhumaniste (AFT) : selon son porte-parole, David Latapie, ces progrès scientifiques mettraient fin à la “cruelle loterie génétique” et rendraient chacun libre de devenir ce qu’il veut.

… ou atteinte à la liberté ?

Cette hypothèse “transhumaniste” peut faire frémir, elle est d’ailleurs régulièrement associée à une forme de totalitarisme : dans Le Meilleur des mondes notamment, le célèbre roman dystopique d’Aldous Huxley, ou plus récemment dans le film de science-fiction Bienvenue à Gattaca (voir ci-dessous). Pour le professeur Israël Nisand (coauteur d’Où va l’humanité ?), toucher au génome serait aussi porter atteinte à notre liberté : l’homme est libre parce qu’il est imparfait ; c’est parce qu’il est né faible qu’il est devenu plus intelligent, et c’est parce qu’il est inachevé qu’il échappe à toute finalisation. Et de conclure : “Modifier le corps humain pour le rendre plus résistant à certaines maladies, plus performant physiquement ou plus adapté à des contraintes extérieures, là est la véritable ligne jaune.”

Mais la frontière entre guérison et amélioration n’est pas si facile à arrêter, complète le professeur Jean-François Mattei dans le même livre : “La plus évidente traduction de cette amélioration humaine n’est-elle pas la longévité augmentée dans des proportions considérables depuis plus d’un siècle, ainsi que l’accroissement séculaire de la taille ?” Plus concrètement, prendre des vitamines, par exemple, n’est-ce pas déjà chercher à “améliorer” ses performances ?

Corps et âme

“L’idée de l’amélioration humaine de l’homme est aussi vieille que l’humanité”, poursuit Jean-François Mattei. En 1993 notamment, le philosophe américain LeRoy Walters envisage lors d’une conférence qu’il soit moralement acceptable de rehausser diverses capacités humaines, par des interventions génétiques : “Par exemple, améliorer les défenses immunitaires, diminuer le besoin de sommeil, augmenter la mémoire à long terme et réduire les tendances agressives.” La conférence engendre de vives controverses : les uns condamnent ; d’autres poursuivent la réflexion sur les liens entre génétique et morale, comme le Hasting Center aux États-Unis.

“Le but initial était bien l’“amélioration de soi”, résume Mattei. (…) À quel moment franchit-on la limite, et d’ailleurs quelle limite, et par rapport à quoi ? La réponse ne va pas de soi !” Reste à savoir quelle sera celle des autorités de bioéthique, et ce que deviendront nos corps en conséquence. Ils refléteront en tout cas l’esprit de nos sociétés, comme le tableau du Portrait de Dorian Gray figure les choix de vie du protagoniste dépeint par Oscar Wilde. Selon le poète Paul Claudel, en effet, “le corps est l’œuvre de l’âme : il est son expression et son prolongement dans le domaine de la matière… Un bon moyen de connaître l’âme est de regarder le corps”.

 

Où va l’humanité ? de Jean-François Mattéi et Israël Nisand, éditions Les Liens qui libèrent. Parution le 9 octobre 2013.

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Pour aller plus loin sur le Web :

– Un article sur le séquençage systématique dès la naissance

– Les dossiers du Comité consultatif national d’éthique

– Le blog de Patrick Gaudray

– Le site du Hastings Center

Et un film donc...


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