Laurent Paganelli : " Lyon est un grand club et le restera "

Pourquoi avez-vous décidé de raconter votre vie ?

Un jour Hervé Gallet m'a appelé avec cette idée de publier un livre. La condition sinequanone était que cet ouvrage me représente dans le fond, mais aussi dans la forme. Je préférais un résultat de niveau de CM2 qui me ressemble, plutôt que du Shakespeare qui ne me ressemble pas (rires). Je dirai donc que je publie ce livre parce que je l'ai écrit.

Vous écrivez que vous auriez pu partir quatre fois de Canal +....

Il y eut trois propositions de TF1 et une de France 2, toujours dans le registre footballistique. Mais Canal + m'a permis de me réinsérer et de retrouver une activité dans un domaine qui est ma passion. De plus, je ne vois pas de raison de quitter la chaîne si je prends du plaisir, en travaillant avec des personnes que j'apprécie. L'argent ne fait pas tout, je privilégie le bien-être. Et puis, j'aime cette valeur de fidélité. Quand j'étais joueur, je suis resté sept ans à Saint-Etienne et c'est le club qui a décidé de se séparer de moi. Voilà trente ans que je suis marié, et je reste fidèle ! (rires).

A la page 46 de votre livre, vous écrivez : " demain un autre prendra ma place ". Allez-vous bientôt prendre votre retraite ?

Il y a trois questions fondamentales : Ai-je envie de continuer ? Quand est-ce que la relève me remplacera ? Le public en a t-il marre de me voir ? Soit on décide à ma place, soit je décide moi-même. Actuellement, je m'éclate ! Dans cette période difficile pour l'ensemble des Français, j'ai conscience de la chance que j'aie. Et puis, si nous pouvons faire plaisir aux gens à travers le football, c'est encore mieux. Aujourd'hui, il y a des personnes qui vivent du football en disant du bien, d'autres en disant du mal. A qui je pense ? Chacun se reconnaîtra et fera son analyse. Si je dois dire quelque chose à quelqu'un, je lui dis en face, et non par personne interposée.

" Lyon est un grand club et le restera "

Pouvez-vous donner quelques anecdotes en rapport avec l'OL ?

Cela fait sept ans que je vis la grande époque lyonnaise, je n'ai que de bons souvenirs. Tous les joueurs ont été disponibles, que ce soit depuis Sonny Anderson jusqu'à Juninho. La porte du vestiaire a toujours été ouverte. J'ai vécu pleins de très bons moments, aussi bien sous les douches, que pendant les interviews. Je pense à Juninho quand il m'a donné ses chaussures. Cris est alors venu me voir en rigolant " moi qui suis un bourrin, tu ne les veux pas ". Je lui avais répondu, " Si tu avais eu des cheveux, je te les aurais pris ", c'était après un Marseille - Lyon. Je me souviens aussi d'arrosages avec Sonny Anderson.

Avec quels joueurs avez-vous le plus d'affinités à Lyon ?

J'ai beaucoup d'affinités avec les anciens, c'est-à-dire la génération des Juninho, Cris et Jean-Alain Boumsong. Après, il y a les plus jeunes comme Jean II Makoun et Karim Benzema. L'approche est différente étant donné la différence d'âge, ce qui ne m'empêche pas de les apprécier. Ensuite, il y a les indécis comme Jérémy Toulalan ou Anthony Réveillère. L'accroche est dans ce cas plus neutre. Mais, en général, je connais bien les Lyonnais. Cela fait huit ans que je travaille avec eux, soit une centaine de matchs à leurs côtés. J'ai vu défiler tous les entraîneurs, de Bernard Lacombe jusqu'à Claude Puel.

Quel regard portez-vous sur le club rhodanien ?

Premièrement, Lyon est un grand club et le restera. Deuxièmement, Jean-Michel Aulas est un grand monsieur qui sait ce qu'il fait. A l'image d'un Nicolas Sarkozy, il aime bien faire bouger les choses. On aime ou on n'aime pas, mais il fait partie de ces personnes qui font avancer le football français. J'aime bien Karim Benzema qui symbolise cette nouvelle génération talentueuse, avec ses passions et ses excès. Même si cette année l'équipe est un peu moins bien, cela semble logique, car être au top tout le temps paraît difficile. Dommage que cela tombe sur Claude Puel, parce que c'est vraiment un super entraîneur. C'est quelqu'un qui travaille posément, avec le temps.

Certains supporters Lyonnais vous reprochent d'être pro-Stéphanois...

A Saint-Etienne des supporters m'ont accusé d'être trop proche des Lyonnais. Ces réactions proviennent essentiellement de passionnés, n'ayant pas envie de pousser leur analyse plus loin. Mais je comprends que certains supporters, capables de passer dix heures dans un bus pour aller voir leur équipe en déplacement, n'aient pas envie d'avouer qu'un Stéphanois soit proche des Lyonnais. Et puis je réponds à ces gens là que je me suis fait virer de Saint-Etienne à 21 ans, donc si je dois en vouloir à quelqu'un, c'est plus aux gens de Saint-Etienne de l'époque, qu'aux Lyonnais d'aujourd'hui. Les personnes qui me connaissent savent bien que je suis objectif. J'aime avant tout les gens, qu'ils soient Stéphanois, Lyonnais ou Belges. J'espère qu'un boulanger Marseillais ne vend pas de pain rassis à un client, sous prétexte qu'il soit Parisien (rires).

" Un grand stade à Lyon est une chose importante ! "

Où en sera l'OL l'année prochaine ?

Lyon jouera mieux au football tout en ayant acquis cette discipline défensive. Claude (Puel) est en train de reconstruire une équipe avec des très jeunes et des anciens. L'année prochaine, il va bénéficier d'un équilibre d'équipe avec lequel il va pouvoir travailler à moyen terme. Sa priorité est de construire les fondations. Bernard Lacombe n'a pas été champion mais a bâti cela, en tant qu'entraîneur et homme fort du domaine technique.

Pensez-vous que les clubs français ne font plus partie de l'élite européenne ?

Il est évident que nos clubs ne peuvent pas lutter avec les quatre, cinq grosses équipes européennes. Mais, l'Olympique Lyonnais dans le championnat anglais, espagnol ou italien pourrait terminer dans les quatre premiers, voire être champion. L'avantage de la France réside dans la formation des jeunes. Au niveau des entraîneurs, le vivier français est aussi bon. Je pense à Laurent Blanc, Didier Deschamps, Paul Le Guen et la génération des Claude Puel et Rudy Garcia. Je m'excuse pour ceux que j'ai oubliés.

Quelles seraient les solutions pour diminuer le fossé qui se creuse avec le football étranger ?

Tout d'abord, les Anglais cumulent des avantages sociaux que nous n'avons pas. Deuxièmement, ils n'ont pas les mêmes charges que nous. Un joueur en D3 Outre-Manche gagne autant d'argent qu'un joueur moyen de Ligue 1. Un club français rémunérant un joueur à 50 % de charges alors qu'en Angleterre la taux est d'environ 5 %. Résultat : nos meilleurs joueurs partent à l'étranger. J'irai encore plus loin avec les clubs russes et du Golfe Persique. Ces clubs ont de l'argent dont on ne connaît pas la provenance. Je suis partisan d'une création d'une DNCG (Direction Nationale de Contrôle et de Gestion) à l'échelle européenne. Un club comme le Real Madrid a un déficit monumental, mais les banques ne réagissent pas. Faisons les mêmes droits sociaux pour tout le monde et les comptes se rééquilibreront. Seulement dans le monde d'aujourd'hui, les financiers décident, et tant que ces personnes seront au-dessus des lois et du règlement, rien ne changera. Quand Michel Platini essaye de faire bouger les choses, les puissants lui tombent dessus.

Un mot sur les difficultés de Jean-Michel Aulas pour son projet OL Land.

Le football est un sport populaire, issu de la rue. Aujourd'hui, Jean-Michel Aulas est plus connu que le maire de Lyon ! (rires) Je suis adjoint au Sport à Avignon et je sais ce que le foot peut apporter à la population. Il faut que les pouvoirs publics se bougent. Construire un opéra est une bonne initiative, mais qui ne touche que l'élite. En revanche, le football concerne toutes les catégories sociales. Si demain, Nelson Mandela doit venir faire un discours, le stade l'accueillera. Aujourd'hui, un stade peut se révéler multifonctionnel. Présenté comme ça, tous les Lyonnais mettront un euro et les pouvoirs publics baisseront leur pantalon une bonne fois pour toutes. Qu'ils aillent un peu sur le terrain et qu'ils comprennent les choses. Un grand stade à Lyon est une chose importante !

Quelle personne aimeriez-vous interviewer ?

J'aimerais bien questionner Diego Maradona. Mon dernier pari en tête est d'interviewer la Marseillaise Clara Morgane, pour la rencontre OM-OL, afin d'échanger les maillots à la fin du match (rires).

Propos recueillis par Vincent Serrano

PAGA A NU (Editions du Rocher)
Laurent Paganelli / Hervé Gallet

Enfin le livre de Laurent Paganelli ! L'un des commentateurs les plus appréciés des supporters de toutes les équipes ; celui à qui aucun joueur ou entraîneur ne refuse une interview à chaud, même dans la défaite.
Sur les terrains de foot, à la télé ou dans la vie, Laurent Paganelli a toujours été capable de tout. Il le prouve une fois de plus dans ce livre-abécédaire totalement décalé. Visage, voix et accent incontournables des matchs télévisés, occupant une place unique dans le PAF (Paysage Audiovisuel du Football), Laurent Paganelli revient sur son parcours étonnant et jette un regard " d'expert-tinent " sur le football d'hier et d'aujourd'hui.
Dans ce zapping de l'univers du foot, " Paga ", l'électron libre de Canal +, retrace les moments forts de sa carrière. Un livre décontracté, vif et passionné comme son auteur.
PAGA A NU séduira tous les mordus de foot... et même les autres !

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