Quand Cendrillon se fait poignarder par l'homme qu'elle aime

L'un a tenté de faire exécuter sa femme en octobre 2005 à Lyon. Le second a organisé le meurtre et le troisième est passé à l'acte.

Excellent procès d'Assises cette semaine à Lyon qui a contribué a faire émerger la vérité dans une affaire de moeurs particulièrement sordide.

L'histoire d'une famille presque idyllique, 'un conte de fée qui s'est terminé en film d'horreur' a résumé maître Jakubowicz, avocat de la partie civile. A la tête de la famille, il y a Susanne* et Géraud, mari et femme. Tous deux d'origine savoyarde, nés 'avec une cuillère d'argent dans la bouche', selon le procureur de la République, Jean-Olivier Viout. Tous deux se sont rencontrés pendant leurs études au lycée Ampère à Lyon.

Lui, poursuit en prépa HEC, elle est à l'Institut d'Etudes Politiques (IEP) de Lyon. Elle trouve ensuite un emploi dans une banque à Nevers où ils s'installent ensemble. Puis ils reviennent à Lyon.

Lui, comme commercial chez IBM, elle, chasseuse de tête. Un couple brillant, plein d'avenir, en apparence seulement. Entre temps, Susanne et Géraud se marient, font deux enfants. Mais déjà le couple commence à rencontrer des difficultés. 'On ne s'entendait plus sexuellement, explique Géraud au procès. Ni sur l'éducation des enfants'. Mais plutôt que de prendre leurs problèmes à bras le corps, mari et femme laissent couler et les problèmes s'installent.

Les problèmes du couple s'accumulent

En 2001, Géraud a évolué professionnellement, il se fait licencier 'pour incompatibilité d'humeur'. Avant de quitter son entreprise, il négocie plusieurs centaines de milliers de francs d'indemnités.

Le couple s'offre alors une parenthèse dorée. Six mois de break à l'île Maurice avec les enfants. La cuillère d'argent toujours bien coincée entre les dents.

Mais rien ne sera jamais plus comme avant. En rentrant à Lyon, les problèmes s'accumulent. Susanne se sent délaissée, humiliée, 'comme un crampon' attaché à un mari qui ne veut plus d'elle.

Géraud lui a fondé une nouvelle société à Annecy. Il a entamé une vie adultère et fini par rencontrer Jennifer, une très jolie jeune femme en instance de divorce, mère de trois enfants. A Annecy, il passe ses soirées chez elle et à Lyon, il rentre chez sa femme.

Susanne, soumise, qui continue à lui repasser ses chemises. 'Elle assure l'intendance', comme le regrette Jean Olivier Viout, procureur général. Géraud ne dit rien à sa femme sur sa nouvelle liaison, mais il met enceinte sa nouvelle compagne au bout de quelques mois. Ce qu'il ignore, c'est que sa femme également attend un nouvel enfant de lui. Lorsqu'elle le lui annonce, il lui demande d'avorter.

Elle refuse. Début 2004, Géraud annonce à Susanne qu'il la quitte. Il plie bagages et s'installe en Savoie chez sa maîtresse. Il quitte le domicile conjugal, sans dire où il va, le lendemain de l'anniversaire de sa fille aînée. Mais Susanne, découvre bientôt le pot aux roses et demande le divorce pour faute.

L'événement déclencheur

A partir de ce moment là, les deux filles du couple se rendent un week-end sur deux chez leur père. Mais un beau jour de juillet 2004, celui-ci pète un plomb. Il demande à sa fille aînée de choisir entre sa mère et lui.

Elle refuse. Géraud, fou de rage, la renvoit alors immédiatement chez sa mère. Dans la voiture, sur le chemin du retour, il lui dit qu'il a honte 'que son sang coule dans [les] veines' de sa fille. Il ne veut plus la revoir pendant cinq ans. Elle le prend au mot.

Entre temps, Géraud de plus en plus délirant, et devenu ami avec son voisin en Savoie. Un homme dans le besoin financièrement, à qui il expose son projet de tuer sa femme pour récupérer la garde de leurs enfants. Le même soir, il signe à ce voisin un chèque de 500 euros pour l'aider à payer son loyer. Il le met sous sa coupe.

Et puis tout s'enchaîne. le voisin lui trouve un homme de main pour agir. Kevin, ancien videur de boîte de nuit qui vit en Ardèche dans 'une mansarde digne d'un roman de Zola'. Circonstance atténuante, selon le procureur général. Et en effet, Géraud lui promet 20 000 euros. 10 000 euros avant le meurtre et 10 000 euros après, si Géraud n'est pas embêté.

Au final, c'est Jennifer qui pousse les hommes au crime. La nouvelle compagne de Géraud, accusée de complicité au procès, lui demande d'agir 'maintenant ou jamais'. Cette histoire la rend malade, elle veut en finir. Le père tout puissant pose alors trois conditions, que le crime se passe à l'intérieur de l'appartement de sa femme à Lyon, quand les enfants ne sont pas là et à l'arme blanche.

Les deux hommes de main passent à l'acte

Le 20 octobre 2005, Susanne sort de l'ascenseur de son immeuble 154 rue Moncey à Lyon.

Elle tient avec elle son dernier né, le fils de Géraud dans une poussette.

Tapi dans un coin, Kevin lui saute dessus et lui porte entre vingt et trente coups de couteaux, selon le légiste. L'agresseur utilise un couteau de cuisine avec une lame de 31 centimètres.

L'un des coups de couteaux passe à deux ou trois centimètres du coeur. Pendant son agression, elle se défend bec et ongles, hurle.

Mais sous le poids des coups, elle fini par s'affaisser à terre, en position de foetus, près de la poussette de son fils. kevin la laisse pour morte et il s'enfuit.

Mais Susanne trouve la force de se traîner jusqu'à la porte de l'immeuble, sort un bras ensanglanté par la porte. Une passante crie, un jeune homme porte secours à la mère de famille, s'agenouille sur elle et lui fait un garrot avec son tee-shirt, il lui sauve la vie.

Les médecins et une volonté de fer font le reste. Kevin, en fuite, sera arrêté un an plus tard, sur dénonciation d'une amie de Jennifer.

La compagne de Géraud a tout raconté. Géraud et le voisin seront arrêtés quelques mois plus tard fin 2006.

Près de quatre ans après les faits, le ministère public a requis 20 à 22 ans de prison à l'encontre du père de famille à la personnalité perverse. Entre treize et seize ans de prison à l'encontre de ses deux hommes de main. Et un an de prison avec sursis à l'encontre de Jennifer, mère de quatre enfants.

(*) Tous les prénoms des personnes citées, prévenus et parties civiles, ont été changés par souci d'anonymat des personnes.

Sur le même sujet : L'ex-videur du Macumba jouait au tueur à gages

à lire également
Dessin de presse © Enef
Les pressions sur la presse changent de nature. Droits de réponse et procès en diffamation laissent place à de nouvelles procédures, aux enjeux financiers parfois considérables. Entre un monde économique qui a du temps et de l’argent et une presse financièrement souffreteuse, le bras de fer juridique semble de plus en plus inégal.

Les commentaires sont fermés

d'heure en heure
d'heure en heure

derniers commentaires
Faire défiler vers le haut