Lyon : l'idée d'une alliance entre Collomb et la droite sème la pagaille dans les rangs

Gérard Collomb va-t-il s'allier avec la droite lors des élections municipales et métropolitaines à Lyon pour "faire barrage aux verts alliés à l'extrême gauche" ? Si la perspective de cette idée se fait de plus en plus forte, elle commence aussi à semer la pagaille dans les deux camps. 

"Fébrilité", c'est le mot qui revient le plus souvent depuis près d'une semaine à Lyon lorsque sont évoquées les réelles discussions entre Gérard Collomb (LREM) et la droite pour tenter de trouver un accord dans le cadre des élections municipales et métropolitaines.

L'annonce de la date possible du second tour, le 28 juin, a déclenché les envies de faire "barrage aux verts alliés à l'extrême gauche" chez Gérard Collomb comme François-Noël Buffet (LR). Les deux se sont envoyés des messages par médias interposés tout en amorçant les discussions.

S'ils voyaient l'actuel président de la métropole de Lyon rejoindre une telle alliance contre ce qu'ils présentent comme un péril vert, David Kimelfeld (sans étiquette) leur a opposé un refus net. "Ce n'est pas l'extrême droite dont on parle là. On ne va pas faire de barrage républicain contre un projet avec lequel nous avons des points communs", n'a cessé de répéter David Kimelfeld. Ce dernier, qui souhaite privilégier des alliances locales au cas par cas, espère toujours s'imposer comme "le troisième homme" lors du 3e tour, avec l'idée d'un large rassemblement pour faire face à la crise. Il en a même déjà posé les bases à travers son "Comité Métropolitain de Relance", où siège actuellement la gauche comme la droite, ainsi que des membres de la société civile.

Une perspective qui sème la pagaille chez Collomb...

Sans David Kimelfeld, Collomb et la droite ont donc amorcé ces derniers jours des rapprochements qui n'ont pas manqué de semer la pagaille dans les deux camps. Du côté des soutiens de Gérard Collomb, c'est surtout la présence d'Étienne Blanc, actuelle tête de liste à Lyon pour la droite, qui fait grincer des dents. En 1998, il est vice-président à la région d'un Charles Millon, élu avec les voix du Front national. À l'époque, la gauche est vent debout contre cette alliance et certains proches de Gérard Collomb ont battu le pavé lors de manifestation pour s'y opposer. Parmi eux, Romain Blachier qui n'hésite pas aujourd'hui à parler "d'alliances condamnables". 

D'autres sur la même ligne, ont commencé à faire savoir qu'ils ne rentreraient pas dans le jeu du barrage contre les Verts. "Nous parlons de gens avec qui nous avons travaillé pendant des années, certains qui sont arrivés en politique aux côtés de Gérard Collomb. Maintenant qu'ils se sont émancipés, qu'ils peuvent gagner sans nous, ils deviendraient toxiques ?", martèle un candidat en colère contre les tractations. 

"Si je pouvais remonter dans le temps, je ne me serai jamais mis dans une telle galère", confie un autre dans le 3e arrondissement. "On a la sensation de personnes qui veulent tout faire pour garder leur place. Ce n'est pas une question d'intérêts communs, c'est une question d'intérêts personnels", fulmine-t-il. Même au sein du cabinet de l'actuel maire de Lyon, les perspectives d'une telle alliance auraient engendré des tensions. 

... et à droite

Si Buffet se montrerait favorable, les autres ténors du parti que sont Philippe Cochet et Alexandre Vincendet le seraient beaucoup moins. Pour ce dernier, une victoire des Verts ou de Kimelfeld lui permettrait de construire un projet pour tenter de s'imposer dans six ans. Une nouvelle défaite de Buffet lui offrirait un nouvel espace... tout comme une alliance avec Collomb qui ne manquerait pas de déclencher quelques remous, au national, comme en local.

"Vous imaginez Les Républicains venir au secours de la République En Marche en local ?", s'amuse une personnalité de droite, "Prenez Stéphane Guilland, il vient de passer les trois dernières années à chercher toutes les failles du système Collomb et à l'interroger régulièrement sur l'aide qu'il aurait pu apporter à Macron pour le faire élire. Je ne vois pas ces personnes venir secourir Collomb pour lui offrir un dernier mandat après la claque du premier tour". 

Pour ajouter au bruit ambiant, Le maire de Lyon et Laurent Wauquiez se rencontrent cette semaine. Officiellement l'ordre du jour sera dédié à une discussion sur les modalités de distribution des masques de la région et des aides économiques. Le président d'Auvergne-Rhône-Alpes sort d'une forte séquence, marquée par ces deux questions. Avec des élections régionales qui se profilent dans un an, s'associer à une alliance au destin incertain, toutes comme ses conséquences, resteraient risquées pour lui (encore plus sur un territoire très urbain qui lui a toujours été moins favorable). 

Se pose également la question historique d'un vote de droite qui à Lyon s'est aussi construit contre Collomb pendant près de 20 ans, avec la possibilité de voir une partie de l'électorat ne pas se déplacer pour cette raison, mais aussi à cause de l'épidémie. "Les scores ne s'additionneront pas, il y aura une forte déperdition de notre côté comme du leur", confie un proche de Collomb pourtant favorable à cette alliance. Les listes devront être déposées avant le 2 juin. À elles seules, elles seront déjà un marqueur important pour une campagne du deuxième tour totalement inédite.

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