Edouard Philippe, ancien Premier Ministre du 15 mai 2017 au 3 juillet 2020, et Gilles Boyer, député européen depuis 2019

Edouard Philippe en dédicaces à Lyon : "Tout aurait dû conduire à ce que quelqu'un d'autre que moi soit Premier ministre"

Mardi 15 juin à 18h, l'ancien Premier ministre Edouard Philippe et son conseiller et ami, le député européen Gilles Boyer, étaient présents à Lyon pour une séance d'échanges et de dédicaces à l'occasion de leur nouveau livre, Impressions et lignes claires.

La rencontre était organisée par Decitre au Palais de la Mutualité à Lyon, près de Guillotière, ce mardi 15 juin. Une séance d'échange était prévue de 18h à 18h30, suivie de deux heures de dédicace, jusqu'à 20h30. La salle -en demi-jauge certes- affichait complet.

L'ancien Premier ministre est arrivé avec quelques minutes de retard : en effet, ce n'est pas tous les jours que l'on est fait chevalier de la légion d'honneur (une décoration que tout ancien premier ministre ayant exercé plus de deux ans reçoit, depuis 2008).

De gauche à droite : l'animateur qui posait les questions, Edouard Philippe, et Gilles Boyer pendant la séance d'échanges

L'échange

Loin de s'apparenter à un meeting politique, l'échange se veut littéraire et détendu. Les deux hommes font de l'humour, "merci d'être venus pour me voir", ironise Gilles Boyer, bien conscient que la vedette, du soir, est bien davantage son coéquipier.

Cependant, avant de poser des questions plus spécifiques à Edouard Philippe, l'animateur revient sur le livre : un ouvrage rédigé "à quatre mains", pas leur premier (les deux hommes avaient auparavant publié deux romans, l'Heure de Vérité, en 2007, et Dans l'ombre, en 2011), mais le premier à utiliser le "nous". Le député européen explique : "comme on a vécu ensemble toutes les péripéties politiques, on s'est dit qu'on allait utiliser la première personne du pluriel".

Ce récit ne se veut ni être un essai, ni "tomber dans une espèce d'introspection" un peu trop romantique, à la Chateaubriand ira-t-on, "L'idée c'est plutôt de placer le lecteur dans la situation dans laquelle objectivement on a pris telle ou telle décision", avance Edouard Philippe.

Avant tout, il s'agit du récit d'un président qui, contre tous les pronostics le nomme Premier ministre. "Une vraie surprise pour vous ?" demande l'animateur. Edouard Philippe lui répond "pour moi, oui, et pour les autres, encore plus".


"Tout dans les règles normales de la Ve République auraient dû conduire à ce que quelqu'un d'autre que moi soit nommé Premier ministre".


"En général, [le président] va plutôt chercher dans son camp". "Moi, je n'avais pas fait la campagne d'Emmanuel Macron. Je le connaissais peu, je l'aimais bien, je me retrouvais dans beaucoup de choses qu'il disait". "Il y avait une forme de proximité intellectuelle", mais "rien qui n'imposait qu'il me nomme".

Il explique qu'Emmanuel Macron "voulait absolument fracturer la scène politique et incarner le dépassement politique". 


"C'était d'une audace incroyable. Et c'était d'autant plus audacieux qu'en mai 2017, je ne peux pas dire que je faisais parti des élus les plus connus"


Il admet avoir été alors pris d'une grande angoisse. "On a tous, peut-être, vécu cela dans notre vie, ce moment d'angoisse où on se demande "est-ce que je vais être à la hauteur ?"". Il ajoute, en riant doucement, "moi ça m'a marqué, ça m'a fait perdre 6kg en une semaine".

Il explique ensuite combien il est difficile, et profondément frustrant, d'avoir à composer un gouvernement en seulement 48h.

"Vous pouvez vous dire : "il faut que je trouve le meilleur pour tel et tel poste, et si possible, que [ceux-ci] soient, de un, d'accord avec ce que propose le président de la République, et de deux, qu'ils s'entendent entre eux" "Ce serait super, mais ça ne se passe pas du tout comme ça".

"Tout est une question d'équilibre", et surtout, de contraintes.

Il explique, par exemple qu'"il n'y avait aucune hypothèse qui aurait conduit Gérard Collomb à ne pas être ministre". L'ancien maire de Lyon, par ailleurs présent dans la salle, avait en effet été le le premier élu d'importance à rejoindre Emmanuel Macron. "Je le savais sans que le Président ait besoin de me le dire"


"Au moment où le gouvernement est annoncé, vous vous sentez moins seul" 


Il ajoute que, selon lui, le temps accordé au président entre son élection et sa prise de poste est dérisoire, et prend l'exemple des Etats-Unis, où le président ne rentre en fonction que trois mois après : "peut-être que c'est un peu long, mais entre trois mois et une semaine, il doit y avoir un équilibre". "Il faudrait instantanément muter complètement et passer de la logique de candidat à la logique de Président. C'est théoriquement formidable, mais ce n'est que ça".

L'animateur lui demande ensuite quels évènements ont été les plus difficiles, ou les plus formidables à vivre :


"Les moments difficiles que j'ai vécu n'ont jamais été sur les dossiers les plus difficiles que j'ai traité"


"Les moments les plus durs sont toujours des moments humains", ajoute-t-il, prenant notamment l'exemple de l'accident de bus à Millas, qui avait couté la vie à 6 adolescents en décembre 2017. "C'est dur [...] mais vous devez trouver les mots justes, car vous incarnez la collectivité, la permanence de l'Etat".

Il ajoute malgré tout "qu'il y a des moments qui sont très réjouissants" : "quand vous vous dites que vous arrivez à faire quelque chose" et puis "les rencontres".

La dédicace

Après qu'une foule de journalistes ait posé diverses questions d'actualité à l'ancien Premier ministre, les dédicaces ont débuté. En raison du protocole sanitaire, les spectateurs étaient assignés un numéro pour se faire dédicacer leur livre. Présent sur place, Gérard Collomb, ancien maire de Lyon et surtout ancien ministre d'Edouard Philippe, a été le premier à recevoir une signature des deux hommes.

Gérard Collomb (à gauche), se fait dédicacer Impressions et Lignes claires par Edouard Philippe et Gilles Boyer.
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