© Antoine Merlet

Édito : le masque, baromètre de notre intolérance

Édito du magazine de septembre 2020. En kiosque dès le vendredi 4 septembre ou dès aujourd'hui sur notre boutique


Depuis le 1er septembre, le masque est devenu obligatoire dans tout l’espace public lyonnais, une décision prise afin de ralentir la progression des contaminations constatée cet été. En réalité, ce masque chirurgical n’est plus seulement un simple objet hygiénique, qui nous protège d’une transmission de virus ou des particules polluantes de l’atmosphère. Il est devenu, avec cette crise sanitaire sans précédent, un objet qui déchaîne toutes les passions.

On le brûle à Berlin, on le piétine à Londres, on le déchire à Paris, dans de grandes manifestations afin de dénoncer une supposée “tyrannie médicale”. Celle exercée par les gouvernements pour tenter d’endiguer une épidémie dont on sait déjà qu’elle sera responsable de plus d’un million de victimes cette année.

Comment cet objet, utilisé quotidiennement par des infirmiers et médecins, des ouvriers du bâtiment et de l’industrie ou des laborantins, peut-il susciter autant de rejet ? Comment ce masque, porté sans renâcler depuis longtemps par des millions d’habitants des mégapoles d’Asie, peut-il provoquer en Europe et en Amérique des scènes qui confinent à l’hystérie collective ? Dans les commerces, les transports, dans la rue et même dans les entreprises, aux invectives verbales devenues tristement banales et quotidiennes, s’est ajoutée la violence physique. Les faits divers de cet été ont cruellement révélé à quel point ce masque peut cristalliser les frustrations de notre société.

“Les règles communes du vivre-ensemble sont vécues comme une soumission insupportable”, constate le pédopsychiatre Maurice Berger dans ce numéro de Lyon Capitale à propos de “l’ensauvagement” de la société. Ce constat peut aussi s’appliquer à cette crise sanitaire qui voit une partie de nos citoyens vouloir régler des comptes avec nos gouvernants, ou alors nos policiers, nos patrons, nos enseignants, nos voisins… Rejeter ce masque est malheureusement devenu un acte de défiance vis-à-vis de tout ce qui est perçu comme une oppression.

Ce masque s’est transformé en instrument de mesure du seuil de tolérance de notre époque. Et on peut constater que le baromètre est au plus bas…

Refuser de le porter va bien plus loin que contester la gravité de cette crise sanitaire. Tout comme l’accepter ne fait pas forcément de nous des moutons avalant toutes crues les vérités officielles. Bon nombre de personnes qui doutent de la gravité de l’épidémie ou qui en relativisent les conséquences médicales acceptent de porter sans sourciller le masque en public. À raison. Par principe de précaution, vis-à-vis des plus fragiles ou tout simplement par civisme.

Nous traversons un moment crucial de notre histoire. Une séquence inédite dont on imaginait encore il y a quelques mois sortir plus fort, en tirant des leçons permettant de réinventer l’avenir. De ce monde d’après, il n’en sera probablement rien. Ce récit commun s’est lézardé au gré d’un confinement qui nous a fragilisés, moralement, socialement et économiquement.

Mais cette situation mérite mieux que d’être instrumentalisée par des soi-disant victimes à qui on impose un masque. Ceux qui dénoncent une dictature sanitaire, abandonnent l’idée que nous sommes capables de faire corps face à une menace extérieure. D’autres fléaux viendront : climatiques, démographiques, économiques. La liste est longue des restrictions - en ressources vitales notamment - qui se profilent dans les prochaines décennies. Et celles-ci nécessiteront une capacité de résilience bien plus forte que celle requise pour dépasser la gêne occasionnée par ce petit bout de tissu sur notre visage.


Au sommaire de ce numéro

Offert avec ce numéro, un supplément sur la nouvelle saison culturelle (52 pages)

Actualité
• L’essentiel de l’actualité
par Justin Boche

La grande gueule
• Anne Soupa, théologienne : “Célèbre-t-on l’Eucharistie parce qu’on a un pénis ou parce qu’on en a la vocation ?”
par Guillaume Lamy

Dossier Covid-19
• Économie : Le spectre d’une seconde vague plane sur la reprise
• Une rentrée sous haute surveillance
• Culture : une rentrée en ordre dispersée
par Paul Terra

Santé
• Covid-19, où en est l’essai Discovery ?
par Antoine Sillières

Urbanisme
• Superblocks, Lyon peut-il importer le modèle de Barcelone ?
par Guillaume Lamy

Politique
• Interview avec Bruno Bernard, président de la Métropole
par Paul Terra

Enquête
• Quartier Grôlée, l’étrange bazardage des Docks Lyonnais par la banque UBS
par Guillaume Lamy

Immobilier
• Un nouvel équilibre pour l’immobilier lyonnais
par Antoine Sillières

Sport
• Interview avec Vincent Ponsot, directeur général du football de l’OL
par Razik Brikh

Débats & Opinions
• Entretien avec Maurice Berger, pédopsychiatre : “La violence n’est pas due à la ghettoïsation, elle est liée à une histoire individuelle”
par Guillaume Lamy

CULTURE
Théâtre
• True Copy, un spectacle inimitable
• Peter Brook au TNP
par Caïn Marchenoir

Classique
• Ambronay sauve les meubles
par Guillaume Médioni

Danse
• Interview avec Julie Guibert, nouvelle directrice du ballet de l’Opéra de Lyon
par Aurélie Mathieu

Musique
• IAM, la voix du samouraï
par Kevin Muscat

Expos
• Sélection
par Aurélie Mathieu

Livres
• Sélection
par Kevin Muscat et Caïn Marchenoir

MAGAZINE
Éducation
• Mon enfant est stressé par les évaluations, comment l’aider ?
par Céline Rapinat

Gastronomie
• Bocuse d’Or, dans les coulisses de l’équipe de France
• Le restaurant du mois : Le Cercle Rouge
• Les grandes recettes lyonnaises : la cervelle de canut
par Guillaume Lamy

Consommation
• Shopping spécial VAE
par Florent Deligia

• Quoi de neuf ?
par Céline Rapinat

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