Le retour des skinheads à Lyon

De quoi s'inquiéter ?

Doc Martens 14 ou 20 trous, jean sta press ou avec ourlet au niveau des mollets, bretelles tombantes, polo style Fred Perry ou Lonsdale, bomber ou harrington sur les épaules, cheveux coupés courts, les skins sont de retour en ville.

Depuis quelques semaines, on en voit traîner ici et là, en Presqu'Ile, vers la place des Terreaux, la place Maréchal Lyautey ou dans les rues des Pentes. Jamais en grand nombre, souvent à deux ou trois. Première réaction immédiate : les fachos s'affichent. Et là, ça fait causer. D'autant que samedi 17 mai, dans le 6e arrondissement, en marge d'un rassemblement de la fédération du Rhône du Front National pour rendre hommage à Jeanne d'Arc, des antifascistes se sont fait charger par une vingtaine de militants d'extrême droite. Résultat, un nez cassé et surtout l'angoisse d'une renaissance du mouvement skinhead, dans son acception d'extrême-droite.

Redskins et boneheads
Car si du mouvement skinhead, les médias et, corrolaire, le citoyen lambda, n'ont gardé que l'image de brutes racistes adeptes des "3B" (bière, baise, baston), la réalité veut qu'il se partage en plusieurs branches. Les redskins de gauche (communistes, libertaires, CNT...), antifascistes, les boneheads (" têtes d'os "), racistes et/ou nazis, dénommés ainsi par les premiers pour leur inintelligence, et les apolitiques, auxquels les redskins reprochent parfois leurs connivences douteuses avec la droite et ses extrêmes. Au départ, fin des années 60, les skinheads sont la réunion des blancs des quartiers prolétaires anglais issus du groupe des mods et des rude boys, immigrés antillais, notamment jamaïcains, autour de leur même goût pour la musique noire américaine et jamaïcaine. Les skins fachos ne sont arrivés que bien plus tard. La presse avec. A Lyon, les Renseignements généraux ont un " spécialiste " skinhead qui "suit de très près" le milieu, mouvance qui "fait partie des priorités". Il faut dire que la ville digère encore mal ses quelques réminiscences fascistes. En 2004, Eric Monnier, étudiant en physique et fils d'un haut fonctionnaire, s'est fait condamner à deux ans de prison avec sursis pour avoir été l'instigateur de la revue W.O.T.A.N. (Will Of the Aryan Nation), bulletin mensuel de "rééducation" du groupe nazi CHS (Charlemagne Hammer Skin*), édité à Londres. Un magasin, à deux pas de la place des Terreaux, vend d'ailleurs des tee-shirts siglés Thor Steinar, une marque allemande créée par un activiste nationaliste membre du NPD, le parti le plus radical de l'extrême-droite allemand et portée par les néonazis e.

Une vingtaine de skins nazis à Lyon
De source policière, il ne resterait, aujourd'hui, qu'une vingtaine de boneheads en ville. " Il paraîtrait même qu'il y aurait encore des concerts de Oi ! (ndlr : la musique par excellence des skinheads) nazis dans des apparts et dans des caves " croit savoir Thomas, un ancien skin de gauche. Où ? S'il y a dix ans, les naziskins lyonnais avaient leur QG dans le quartier de Perrache, aujourd'hui, il semblerait qu'ils soient plus " dans l'Ouest lyonnais, où il y a une forte culture de campagne nationaliste " raconte Guillaume, auteur d'un mémoire sur l'Emergence du mouvement skinhead. Surtout, ils se cachent et, pour la très grande majorité, sont lookés plus casual. " Le crâne rasé, les bombers, c'est fini, explique un policier. Maintenant, ils sont plus passe-partout, style casquette, petit blouson cintré, baskets ". Essentiellement dans les virages (nord et sud) du stade de Gerland. La scène redskins et apolitiques, quant à elle, compte un peu moins de 100 membres, principalement sur les pentes de la Croix-Rousse et à la Guillotière, deux quartiers historiquement prolétaires. Les skins de retour en centre-ville, possible donc. Mais ce ne sont certainement pas ceux auxquels on pense.

* Charlemagne évoque le nom de la 33e division Waffen SS regroupant les Français qui endossaient l'uniforme nazi.

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