La vaine tentative du maire de Lyon pour museler Nora Berra

Traditionnellement, ce dîner se déroulait à la grande mosquée. Mais pas cette année. Kamel Kabtane avait quelques arrières pensées en tête et espérait séduire des financiers pour les convaincre de participer à son projet d'institut français de civilisation musulmane. En dehors du maire du 2e arrondissement, Denis Broliquier, qui a refusé de participer et de cautionner ce dîner (lire l'article de nos confrères de Libélyon), nulle autre polémique n'est venue altérer l'hospitalité républicaine accordée à ce rituel pieux et festif des musulmans. D'ailleurs, outre le maire de Lyon, la République était incarnée par quelques élus du conseil municipal, le gouverneur militaire, le procureur général, Jean-Olivier Viout, et par Nora Berra, secrétaire d'Etat aux Aînés et, à ce titre, représentante du gouvernement. Bref, la République avait mobilisé pour l'occasion tout ce qu'elle peut compter de grade, de sous-grade, d'honneur, de macarons et de strapontins ! Mais la belle unité affichée va bientôt chanceler.

Un coup de fil pas téléphoné !
Mardi, 14h30, coup de fil sur le portable : " Allô ? Bonjour, c'est le cabinet de Nora Berra. Il serait intéressant pour vous d'assister au discours de Madame la ministre ce soir lors du dîner. Ça peut valoir le détour ! ". Elle a des annonces, une déclaration importante à faire ? " Tout ce que je peux vous dire, c'est que ça vaut le coup, vraiment ! ". Nous contactons alors les services de la mairie pour savoir quand auront lieu ces discours. " Euh... Ecoutez, il y aura seulement un toast ". Mais discours ou pas discours ? " Bah... C'est un toast. Donc pas vraiment des discours ". (sic)

A 21h, le grand salon de l'Hôtel de Ville est investi par des centaines de personnes pendant qu'un orchestre oriental logé sur une estrade couvre le brouhaha des conversations. A première vue, aucun dispositif n'est installé pour permettre la tenue de discours. D'ailleurs le repas commence pendant que des attachés de presse de la ville tentent tant bien que mal de répondre à nos questions sur le déroulement des discours et nous répètent cette histoire de " toasts ".

Toast
Pendant que les convives dégustent une chorba, la responsable du protocole s'affaire aux quatre coins de la salle avant de s'entretenir longuement avec Gérard Collomb. Le maire paraît agacé et énervé. Ils semblent régler à la dernière minute des problèmes d'organisation. Puis le moment tant attendu du " toast " arrive. Le recteur de la grande mosquée de Lyon, Kamel Kabtane, prend la parole le premier suivi du maire de Lyon et de l'ambassadeur du Qatar. Le protocole républicain veut qu'un ministre soit toujours le dernier à s'exprimer. Mais après l'allocution de l'ambassadeur, Gérard Collomb lui prend le micro des mains et le tend à la responsable du protocole à ses côtés. " Je vous raccompagne " lance-t-il à l'ambassadeur. Les deux hommes quittent alors la salle sous les applaudissements.

Performatif
Mais ce fameux " je vous raccompagne " possède une tout autre fonction que la simple annonce d'une amabilité ou d'une politesse. La formule marque la fin des discours et clôture le toast. C'est ce que les linguistes appellent le langage performatif, lorsque la parole a le pouvoir d'une action dans des circonstances appropriées ('je vous condamne', 'je vous fais mari et femme', etc). Le " Je vous raccompagne " suivi par la clameur des applaudissements, le départ de l'ambassadeur et l'éclipse du maire feront oublier la présence de Nora Berra. Une de ses collaboratrices nous interpellera : " on a eu des pressions pour nous interdire de parler, mais elle va s'exprimer. Je vous assure, elle va prendre la parole ! ". Des discours étaient bel et bien prévus dans le déroulement du dîner, mais ils ont été subitement annulés pour éviter que Nora Berra ne s'exprime. D'où le coup de fil mystérieux de son cabinet...

Lorsque Collomb revient dans la salle, l'orchestre se remet tranquillement à fredonner ses airs orientaux et les convives leur masticage bruyant et frénétique. Après quelques minutes de flottement, où Nora Berra pensait qu'elle allait récupérer le micro, la ministre, assise en face de Gérard Collomb, se lève et, sans se démonter, se dirige vers l'estrade des musiciens. Elle s'empare du micro du chanteur : " Le protocole républicain veut que les ministres de la République s'expriment. A ce titre, je souhaiterais échanger quelques mots avec vous ". Le ton est calme, sans solennité et presque doux si bien que nombreux sont les convives qui ne se sont absolument pas rendu compte de l'incident. La responsable du protocole fait une moue dépitée et lance quelques sourires résignés aux membres du cabinet du maire présents dans la salle. Le haussement des épaules qui les accompagne trahit une sorte de confidence : " tant pis, on a tenté, on a perdu ". Nora Berra fera un long discours.

Le pire est à venir
Pendant ce temps, les serveurs poursuivront le service des tables sans que l'on sache bien si c'est le protocole qui en a donné l'ordre. Le maire de Lyon, Gérard Collomb, écoutera le discours d'une oreille distraite sans réellement regarder la ministre. Presque indifférent et continuant même à mâchouiller le repas servi. Mais le pire est à venir. Lorsque Nora Berra revient s'asseoir face au maire, l'échange sera terrible et d'une violence rare. " Bravo, Mme la conseillère municipale " lui dira Gérard Collomb d'un ton bien appuyé, rejouant par ces mots un échange resté célèbre dans l'histoire politique du pays. " Et ministre de la République monsieur le Maire ! " rétorquera Mme Berra passablement agacée. Le reste du face-à-face nous échappera, mais il fut vraiment brutal.

Médusés par la scène et ne comprenant pas le bénéfice politique de ce rapport de force tenté par Gérard Collomb, quelques journalistes emploieront une expression virile pour qualifier l'attitude de Nora Berra : " couillue ! ".

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Dimanche, Gérard Collomb expliquait sur Facebook s'être adressé aux casseurs samedi durant la Fête des lumières. Sur une vidéo, on peut voir le maire de Lyon s'adresser à des jeunes en criant "Vous allez lui niquer son oeuvre !"

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