Bockel : "Collomb a pigé un certain nombre de choses" en matière de sécurité

Par Dalya Daoud
Posté le 16/11/2010  à 16:53 |  lu 2604 fois |  Réagissez|
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Interview - Evincé du gouvernement à la suite du remaniement ministériel, ex-transfuge socialiste et représentant de l'"ouverture" de Nicolas Sarkozy, Jean-Marie Bockel s'affiche désormais plus proche que jamais de Jean-Louis Borloo. Ménageant son aile droite comme son aile gauche, il ne renie pas pour autant l'attachement de son parti la Gauche Moderne à la majorité. Une "démarche de loyauté", selon Jean-Marie Bockel, qui n'aura toutefois pas porté ses fruits. Son rapport sur la prévention de la délinquance juvénile rendu à la veille du remaniement n'a pas trouvé d'écho.

Lyon Capitale : Comment vous réagissez à votre mise à l'écart du nouveau gouvernement Fillon ? Et que pensez-vous de sa composition ?

Jean-Marie Bockel : Sur le moment, j'ai été naturellement déçu car j'aurais aimé pouvoir continuer à incarner une aile gauche de la majorité à travers mon parti politique, la Gauche moderne. Quand j'ai vu ensuite la composition du gouvernement, j'ai mieux compris que je n'y avais pas ma place et qu'on avait à faire à une autre séquence. Je dis ça sans amertume, je suis encore très reconnaissant au président de la République de m'avoir laissé pendant trois ans et demi faire des choses passionnantes, même si parfois j'ai eu le sentiment d'être sous-employé. J'ai peut-être un regret, celui d'avoir été trop discret au niveau de la Gauche Moderne. J'étais dans une démarche de loyauté, je l'ai toujours, un peu dans l'état d'esprit "un ministre ça ferme sa gueule ou ça démissionne". Aujourd'hui, je recouvre une certaine liberté de parole, on pourra être plus facilement critique quand cela sera nécessaire, avoir des propositions plus iconoclastes et moins prudentes. J'inscris cette démarche bien sûr au sein de la majorité, car il y a bien un regret que je n'ai pas, c'est celui d'avoir quitté le parti socialiste : son évolution depuis trois ans ne me donne pas envie d'y retourner.

Sur l'échiquier politique, où va désormais se situer votre parti la Gauche Moderne ? Plutôt à droite par rapport à Bayrou, par exemple ?

Je ne raisonne pas comme ça, moi je suis dans la majorité, si être dans la majorité c'est forcément être à droite, alors oui, ça c'est vous qui le jugez. Mais disons qu'il peut aussi y avoir une aile gauche de la majorité. En ce moment, la gauche française ne laisse pas sa place à une pensée sociale libérale qu'on trouve un peu partout en Europe. Il n'est pas anormal qu'on puisse être partie prenante d'une majorité où on trouve sa place. Jean-Louis Borloo incarne autre chose au sein de la majorité, lui n'est pas de gauche, il n'est pas non plus de droite, au sens classique du terme. Nous allons renforcer notre présence dans la confédération des centres autour de lui, car il faut équilibrer la majorité dont le message est aujourd'hui incomplet.

Étiez-vous un des soutiens de Borloo pour le poste de premier ministre ?

Je suis présent dans toutes les réunions de Borloo depuis celle de Lyon en septembre. Je n'ai attendu ni qu'il soit premier-ministrable, ni qu'il soit évincé pour le fréquenter. J'ai une continuité qui ne remet pas en cause ma loyauté envers le président de la République, nous allons travailler ensemble. Mais je ne vais pas me fondre dans un parti centriste qui n'existe pas.

Dans l'hypothèse d'un Jean-Louis Borloo candidat à la présidence de la République en 2012, derrière qui vous rangeriez-vous ?

Je vais peut-être vous décevoir, mais c'est dans dix-huit mois. La question des candidatures viendra assez vite mais elle n'est pas encore venue. Pour le moment, la question est de savoir quelles vont être les priorités du gouvernement, on le saura ce soir.

Vous avez rendu votre rapport sur la prévention de la délinquance juvénile il y a quelques jours, avez-vous eu un retour de la part du chef de l'Etat en dépit du remaniement ministériel ?

J'ai eu une marque d'intérêt de la part du président, il m'a dit qu'il reprendrait ces idées tout de suite après la séquence politique du remaniement. Attendons son discours de ce mardi soir, il n'est pas exclu qu'il évoque ce sujet, et je vais évidemment dans mes nouvelles fonctions de parlementaire continuer à travailler sur cette question qui me tient très à cœur.

Il y a plusieurs points de votre rapport qui ont fait polémique, et notamment le lien que vous faîtes entre d'éventuels "ennemis de la laïcité" et la délinquance...

Je me suis fait assassiner là-dessus. J'ai pesé chaque mot, en tant que maire de Mulhouse, les problématiques d'intégration et d'Islam de France, j'étais dedans. Dans une démarche assez similaire à celle du maire de Lyon d'ailleurs, je ne suis pas dans une démarche de stigmatisation.

Mais pourquoi faire le lien entre Islam et délinquance ?

Mon rapport n'est pas cela ! Il reprend mot pour mot la thématique du sociologue Lagrange, dans son livre "Le Déni des cultures". Hugues Lagrange est un sociologue de gauche, qui critique le gouvernement, mais qui ose poser ces questions, parce qu'il dit que ne pas parler de ces difficultés d'intégration, d'éducation d'enfants dans ces familles, avec un schéma culturel et sociologique que l'on connaît, ce n'est sûrement pas aider à les résoudre. En ne parlant pas de questions aussi graves, aussi prégnantes, on fait le lit des extrêmes qui, eux, en parlent, mais à leur manière. Je suis dans l'esprit du rapport Lagrange et dans l'esprit des maires, spécialement de gauche, que j'ai rencontrés sur le terrain, que ce soit Valls (maire d'Evry, NDLR), Puponni (maire de Sarcelles, NDLR). Ils ont connu les mêmes problématiques que j'ai eues comme maire socialiste de Mulhouse. Tout ce que je dis sur la problématique de l'immigration, ou sur les risques de communautarisme, c'est qu'il faut prendre en compte ces réalités. Il n'y a rien qui flirte avec une quelconque ligne jaune ou ligne rouge dans ce rapport ! Je suis totalement dans l'esprit républicain et intégrateur des cultures de chacun.
 
Vous avez évoqué Gérard Collomb. Vous le connaissez sûrement un peu. Par ailleurs et plus globalement vous souhaitez replacer le maire au cœur des dispositifs anti-délinquance...

Je le connais très bien, quand on était tous les deux au parti socialiste, on avait souvent des convergences. Je ne porterai pas un jugement sur lui, car je ne connais pas le quotidien de la réalité lyonnaise. Je dis simplement que sur les problèmes de société, et sur les problèmes de sécurité, Collomb est très certainement un des maires socialistes qui a pigé depuis longtemps un certain nombre de choses.

Gérard Collomb a parfois choqué autour de lui, en ne s'opposant pas, en tant que socialiste, systématiquement à certains points de la politique de Nicolas Sarkozy...

Oui, c'est comme moi, en tant que maire ou que président des maires de France, j'ai eu des convergences avec le ministre de l'Intérieur de l'époque (Nicolas Sarkozy, NDLR). C'est vrai que l'expérience de maire permet de parler autrement d'un certains nombre de questions que quand on est uniquement dans la théorie, dans la polémique ou dans la politisation constante.

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