Evaluations nationales : l'école résignée

Par Lauriane Rialhe
Posté le 20/01/2011  à 10:12 |  lu 2289 fois |  Réagissez|
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Finie la résistance, en 2011, tout le monde rentre dans le rang. Les évaluations nationales ont commencé lundi dernier et s'étendent jusqu'à vendredi. Plusieurs fédérations et organisations syndicales ont appelé à ne pas faire passer ces tests aux élèves de CM2, ou ne pas transmettre les résultats au ministère. Pourtant, après une longue polémique, le Rhône semble s'être résigné.

Début février, les résultats des 19 exercices de français (60 questions) et des 19 exercices de mathématiques (40 questions) que passent les élèves de CM2, devront être transmis au ministère de l'Education nationale, avant leur mise en ligne anonyme en mars. En mai, ce sera le tour des CE1. Objectif affiché : mesurer les acquis à deux moments clés de leur scolarité et disposer d'indicateurs fiables pour mieux piloter le système éducatif et favoriser l'égalité des chances. Indéfendable pour Résistance pédagogique qui appelle à ne pas transmettre les résultats par le biais du fichier informatisé du ministère, et à les réserver aux parents et au conseil des maîtres. Idem pour la FCPE, la première fédération de parents d’élèves : les notes ne doivent pas sortir de la classe, afin de ne pas rentrer dans ce système compétitif. Depuis 2009, les enseignants montent au créneau, mais à Lyon, pas question de se rebeller.

"Enseignants désobéisseurs" au rapport !

"En 2009, maître de CM2, je ne les ai pas fait passer du tout. L'année suivante, je suis passé directeur, et on s'est concerté avec mon équipe pour savoir ce qu'il fallait faire. Deux semaines avant la date de centralisation des données, j'ai été appelé tous les jours, par l'inspection académique, et même par son service informatique !" En 2011, Benjamin Grandener, directeur de l'école Langevin à Vaulx-en-Velin, s'est plié aux instructions du ministère. Les évaluations seront passées, et les résultats transmis comme il se doit. Syndicaliste auprès du SNUipp (Syndicat national unitaire des instituteurs professeurs des écoles et Pegc) du Rhône, il continue toutefois de demander la remise à plat du dispositif.

Les derniers résistants de l'école Louis Armand à Villeurbanne se sont exécutés eux aussi, pour la première fois cette année. Pourtant, 37 parents des 72 élèves ont émis leur souhait de ne pas voir leurs enfants passer ces tests. Mais face aux "vraies sanctions" infligées aux "enseignants désobéisseurs", pas le choix. Certains irréductibles ont vu les années précédentes, leur note, attribuée par l'inspection académique, se réduire, d'après une directrice d'école. L'inspection académique, en revanche, ne communique pas au sujet des "enseignants désobéisseurs".

La culture de l’évaluation dès le plus jeune âge

Le plus aberrant pour les enseignants, c’est que leurs élèves soient évalués au mois de janvier. Trop tôt, trop tard, le programme n’est pas terminé, chacun organisant son année scolaire comme il l’entend. Que veut-on noter ? A cela, l'inspection académique répond que les tests portent sur le parcours de l'élève depuis le cours préparatoire et qu'il s'agit donc d'évaluer les acquis et objectifs du cycle 3. Le mois de janvier est choisi afin d'éviter de donner un caractère de passage en sixième à l'examen. Pour Rosario Elia du syndicat FSU, "cela n’a ni queue ni tête : une évaluation n’a de sens que pour remédier, pas pour constater". Or, les difficultés de ses élèves, l’instituteur les décèle dès les premières semaines de septembre.

D’ailleurs, selon Pascale, enseignante en CM2 à Romans, les résultats sont bien à l’image de ce qu’elle connaît de sa classe. "Alors pourquoi on nous fait faire ça ?" Pour effectuer une comparaison puis un classement des écoles en France, par région, par département ? C’est en tout cas ce que la plupart des instituteurs craignent. "On confond évaluation et diagnostic. C’est une logique d’entreprise : on veut rentrer la culture du résultat à l’école, avec une mise en concurrence des établissements, c’est un non-sens", déplore Hugues Leenhardt, maître en CP dans les Bouches-du-Rhône, et membre de Résistance pédagogique, un syndicat d’éducation nationale.

Il reste encore des irréductibles

Stress, angoisse, et bachotage : chaque exercice se fait en temps limité. "Mais si un enfant ne répond pas en deux mais en trois minutes, cela ne signifie pas qu’il ne sait pas. Difficile de se plier à certaines mesures", explique le syndicat FSU. C’est aussi un état de stress non contestable pour les enfants, peu habitués à ce système auquel certains enseignants refusent donc de céder. Seul le système de notation a changé cette année, unique critique entendue par le ministère de l’Education nationale semblerait-il. Les deux années précédentes, il était binaire : 1-juste, 0-absence de réponse. Cette année, il a été affiné pour certains items : réponse attendue, réussite partielle sans erreur, réussite partielle avec erreur, autres réponses, absence de réponse. A quand le test de lecture avant l’entrée en cours préparatoire ?         
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Des évaluations dans la logique des réformes de l’Education nationale

Avant, les évaluations nationales se faisaient en début de CM1 et de sixième. Une manière de jauger les connaissances acquises par les élèves en cours élémentaire et en fin d’école primaire, et ainsi d’adapter apprentissage et révisions au cours de l’année. Finalement, le nouveau temps des évaluations nationales semble correspondre à la logique des réformes impulsées il y a trois ans par le ministre de l’Education nationale (à l’époque, Xavier Darcos) sur le soutien et l’aide personnalisée : depuis le printemps 2008, des stages sont mis en place durant les congés de printemps et d'été pour les élèves volontaires de CM1 et CM2. Le reste de l'année, les instituteurs doivent effectuer leurs 24 heures hebdomadaires, plus deux heures d'aide personnalisée aux côtés d'un élève ou d'un groupe d'élèves en difficulté. Alors que 3 000 postes d’enseignants des Réseaux d’aide spécialisée aux élèves en difficulté (Rased) ont parallèlement été supprimés, dans le projet de budget 2009, et continuent de disparaître progressivement, seuls 280 des 8.000 enseignants du Rhône sont identifiés comme réseau d'aide et 80 comme psychologues scolaires.

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