Grippe mortelle à Lyon: Korian répond sur la vaccination


Par Benjamin Roure
Publié le 08/01/2017  à 14:55
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Après le décès de 13 résidents en deux semaines dans une maison de retraite lyonnaise, Paul-Emile Haÿ, directeur médical des Ehpad du groupe Korian, gestionnaire de l'établissement, explique pourquoi la campagne de vaccination n'a pas sauvé la vie de ces personnes âgées.

Photo d'illustration
©DENIS CHARLET / AFP
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Quel était le taux de vaccination contre la grippe chez les résidents de Korian Berthelot ?

Plus que de taux, je préfère commencer par parler de chiffres. 41 personnes ont été vaccinées, sur les 102 présentes dans l'établissement qui compte au total 110 places. 13 personnes ou leur famille ont refusé le vaccin. D'autres n'ont pas été vaccinées car souffrant de déficiences immunitaires ou de pathologies ou d'une fragilité empêchant la vaccination. Donc, s'il faut un taux, c'est 46% de résidents non opposés au vaccin qui ont reçu une injection. Parmi les personnes décédées, six avaient été vaccinées.

"La campagne de vaccination a été stoppée le 21 décembre"

Est-ce normal, le 8 janvier, d'avoir moins d'un résident sur deux vacciné ?

Dès le 3 octobre, nous avons lancé une campagne sur les mesures d'hygiène et la vaccination dans notre réseau d'établissements pour personnes âgées dépendantes. Chaque Ehpad est ensuite chargé de mettre en oeuvre cette campagne. Quand nous nous sommes aperçus que le seuil épidémique approchait, nous avons demandé une accélération de la vaccination. Mais dès lors que l'épidémie a été avérée à Korian Berthelot, la campagne de vaccination a été stoppée car elle n'est plus efficiente dans ces conditions : il faut 15 jours pour que le vaccin soit actif. D'ordinaire, nous atteignons le taux de 80% de vaccinés en fin de campagne, c'est-à-dire fin janvier.

Quand l'épidémie s'est-elle déclarée ?

Nous avons déclaré l'épidémie à l'Agence régionale de santé le 21 décembre, quand cinq cas groupés ont été enregistrés dans l'Ehpad. Le diagnostic n'a pas toujours été simple. Car au départ, ce sont des symptômes d'infection respiratoire qui se déclenchent. Et les personnes âgées ont des profils de grippe parfois atypiques : peu de fièvre ou peu longtemps, toux peu prononcée, pas de sensation de grande fatigue... Et ce sont des personnes fragiles, qui ont souffrent parfois d'autres pathologies.

"39% du personnel étaient vaccinés"

Quid de la vaccination des personnels ?

Nous sommes très proactifs envers nos personnels, en appuyant le message d'altruisme: "faites-le pour les autres." Nous leur offrons la vaccination gratuite dans nos établissements. Mais, comme dans la population globale, nous nous heurtons souvent à des refus, des craintes. À Korian Berthelot, 39% du personnel étaient vaccinés, ce qui est légèrement supérieur à la moyenne dans les établissements de soins.

Quelles mesures ont été prises une fois l'épidémie déclarée ?

D'abord une plus large information sur la prévention : éviter de venir en visite quand on est soi-même malade, porter un masque si besoin, ne pas passer d'une chambre à l'autre... Environ 2000 masques ont été utilisés en moins de deux semaines, et plus de 100 litres de solution hydroalcoolique. Les équipes sur place ont reçu des renforts quand le besoin s'est fait sentir.

"Aucun nouveau cas depuis 3 jours"

Comment expliquez-vous alors cette forte mortalité dans l'établissement ?

C'est un événement assez exceptionnel par son ampleur et il est le résultat de facteurs cumulés. D'abord, l'épidémie a été très précoce, interrompant la campagne de vaccination. Ensuite, à Korian Berthelot, les personnes sont plus âgées que dans d'autres établissements : 91,5 ans pour les personnes décédées, alors que l'âge moyen dans nos Ehpad est plus proche de 84 ans. Elles sont parfois présentes depuis longtemps, se connaissent, circulent beaucoup dans l'établissement... La grippe tue chaque année plusieurs milliers de personnes, hélas. Et chaque semaine, dans les Ehpad de France, on dénombre des victimes. Parfois, l'épidémie est plus virulente, comme en 2015, où l'on a comptabilisé 16000 décès dans nos établissements. Ce qui n'est pas le cas cette année.

Comment se portent les six personnes hospitalisées ?

Quatre d'entre elles vont mieux et doivent rentrer bientôt dans l'établissement. Deux sont dans un état stable et non inquiétant, et gardées encore quelques jours pour une surveillance. Mais la bonne nouvelle est que Korian Berthelot n'a noté aucun nouveau cas de grippe depuis 3 jours. Compte tenu du temps d'incubation, à partir de 7 jours sans nouveau cas, on pourra dire que l'épidémie est terminée.

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1 commentaire

13 décès de grippe et 6 hospitalisations pour grippe dans un EHPAD de 102 résidents.
13 avaient refusé la vaccination. 41 ont été vaccinés, soit 40,2 % de vaccinés sur 102.
6 personnes décédées étaient vaccinées.
L’épisode de grippe n’est pas terminé, mais on peut essayer d’estimer l’efficacité de la vaccination.
6 personnes vaccinées sur 41 sont décédées : soit un taux de décès de grippe parmi les vaccinés de 14,6 %.
7 décès parmi 61 non-vaccinés, soit un taux de décès parmi les non-vaccinés de 11,5 %.
Malgré le faible échantillon et la variété des âges, pathologies, dates de vaccination, etc., on peut être tenté de conclure une nouvelle fois qu’IL N’Y A PAS D’AVANTAGE À ÊTRE VACCINÉ ! Voire que, pour une exposition identique au risque de grippe, le vaccin accroît le risque d’en décéder.

Signaler un abus | le 09/01/2017  à 16:45 | Posté par  hugh  

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