Pédophilie: La parole libérée fustige l'attitude du diocèse de Lyon


Par Benjamin Roure
Publié le 14/10/2017  à 17:08
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L'association lyonnaise, qui a révélé les agissements du père Preynat, a mené une campagne de "testing" des cellules d'écoute des victimes d'actes pédophiles. Celle de Lyon n'a pas répondu.

Page d'accueil du site de l'association "La parole libérée"
Capture d'écran
Page d'accueil du site de l'association "La parole libérée"

C'est un document de plus de 30 pages que l'association La parole libérée a mis en ligne sur son site, intitulé "Projet de réforme de l'Eglise sur la prise en charge des victimes d'actes de pédophilie commis par des clercs". Dans celui-ci, elle pointe d'abord l'inefficacité des dispositifs mis en place par certains diocèses, suite aux révélations sur les agissements du prêtre pédophile Bernard Preynat et le silence de sa hiérarchie. Ensuite, elle propose de mettre en oeuvre de dispositifs d'indemnisation des victimes d'actes pédophiles, à l'image de ce qui se pratique dans d'autres pays.

Suite à l'affaire Preynat, qui a conduit à un procès canonique et poussé le cardinal Barbarin devant la justice pour non dénonciation, l'Église de France a pris des mesures "dans la précipitation", note l'association, qui "ne participent pas d'une réforme en profondeur sur cette question". Surtout La parole libérée dénonce une mise à l'écart des victimes par une institution qui ne cherche qu'à se protéger elle-même.

À Lyon, pas de réponse

Concrètement, La parole libérée a voulu voir si les cellules d'écoute des victimes d'actes pédophiles par des membres de l'Église, mises en place après le scandale Preynat, était effectives. Pour ce faire, elle a lancé une campagne de "testing", en envoyant un mail aux adresses des cellules de chaque diocèse. Le mail évoquait l'existence d'une victime, son âge au moment des faits, la date des faits, la qualité de prêtre de l'auteur. Puis l'association a compilé et décortiqué les réponses.

Au total, 28 diocèses ont répondu, dont 22 en moins de 72 heures. Cinq n'ont pas répondu, "dont notamment le diocèse de Lyon pourtant largement alerté sur la situation des victimes d'acte de pédophilie", déplore l'association pour qui cette attitude est "inexplicable". Pire encore, s'insurge La parole libérée, "seuls 2 diocèses sur les 33 testés vont respecter leurs obligations légales en la matière et alerter le Procureur de la République conformément aux dispositions des articles 434-1 et 434-3 du code pénal".

Une confusion des genres

La Conférence des évêques de France a ouvert un site dédié à la lutte contre la pédophilie
DR
Capture d'écran du site de la Conférence des évêques de France

Si elle note que souvent les réponses sont chaleureuses et rapides, elle regrette que "la confusion manifeste entre cellule d'écoute et les responsables diocésains (50%) [ne soit] pas le gage d'une franche neutralité dans la gestion des dossiers". Ainsi l'association s'étonne du fait que le message écrit via le formulaire du site dédié mis en place par la Conférence des évêques de France soit "remis uniquement à l’évêque du diocèse qui est désigné comme le seul interlocuteur". Pour le diocèse de Lyon, la formule d'explication est la suivante : "Vous-même ou l’un de vos proches avez été victime d’actes de pédophilie commis par un prêtre dans le Diocèse de Lyon. Nous vous invitons à prendre contact avec Mgr Philippe Barbarin Cardinal archevêque du Diocèse de Lyon à l’aide du formulaire ci-dessous … Votre message sera transmis à Mgr Philippe Barbarin en toute confidentialité."

Ce qui amène l'association à s'interroger : "Comment dans ce contexte orienter les victimes au mieux de leurs intérêts et non ceux de l'institution catholique ? Comment éviter la captation des informations ? Comment juger un prêtre que l'on connaît nécessairement bien car appartenant à son propre diocèse ?" Elle préconise donc de créer des structures indépendantes du diocèse, qui reçoit les plaintes, enquête, saisit la justice, à l'image de celles qui existent en Allemagne.

Pour un fonds d'indemnisation et une reconnaissance des droits des victimes

Autre demande, après analyse des dispositifs belge ou suisse : celle d'une indemnisation des victimes d'actes pédophiles. "Car il n'est pas possible de reconnaître une victime si dans le même temps on nie sa responsabilité à l'égard des préjudices qu'elle subit. La reconnaissance des souffrances des victimes passe nécessairement par l'indemnisation de leurs préjudices. Il est donc nécessaire et indispensable de créer un fonds d'indemnisation pour les victimes d'agressions sexuelles sur mineurs commises par des prêtres."

Plus globalement, La parole libérée appelle l'Église à revoir toute sa procédure de droit canonique, pour mettre les victimes au coeur du dispositif de protection. Elle rappelle que dans le cadre du procès canonique du prêtre Bernard Preynat, "les victimes ont été totalement livrées à elles-même", sans "aucune information préalable sur le choix et le déroulement de la procédure", ni sur l'évolution de celle-ci, ni sur "les droits dont elles disposent (elles n'ont même pas le droit de disposer d'une copie de leur procès verbal d'audition)". Plus jamais ça, semble hurler La parole libérée.

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Vos réactions
1 commentaire

"on nie sa responsabilité" encore faut-il qu'elle soit établie par la justice, non ?

Signaler un abus | le 14/10/2017  à 18:05 | Posté par  Myrelingues  
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