Jean-Pierre Ottaviani, président de la Confédération syndicale des familles du Rhône, est l'invité de 6 minutes chrono / Lyon Capitale.
Des rappels de charges de plusieurs milliers d'euros, parfois accompagnés d'erreurs de calcul : c'est la situation que dénonce la Confédération syndicale des familles (CSF) du Rhône. Invité de l'émission 6 minutes chrono, son président, Jean-Pierre Ottaviani, affirme que certains locataires ont reçu des régularisations difficilement soutenables. "Certains locataires se retrouvent avec des rappels de plus de 2 900 euros. Il y a même une personne pour laquelle le montant dépasse les 25 000 euros. Et cela, c'est une erreur", assure-t-il. Selon lui, la hausse du coût de l'énergie explique en partie l'augmentation des charges, mais elle ne suffit pas à justifier certaines sommes réclamées. "Nous avons des locataires qui ont plus de 2 000 euros d'eau chaude en dépenses sur l'année. Vous vous rendez compte ? Cela représente une fois et demie le SMIC", souligne-t-il.
Une centaine de bâtiments concernés
Pour la CSF, les difficultés proviendraient également de problèmes d'organisation internes chez le bailleur social. Jean-Pierre Ottaviani évoque des départs de salariés, le recours à des prestataires extérieurs pour le calcul des charges et des erreurs dans la répartition des sommes réclamées aux locataires. "Nous avons démontré point par point qu'ils commettaient de nombreuses erreurs", affirme-t-il. Selon l'association, près d'une centaine de bâtiments seraient concernés dans le Rhône et la Loire. Face à ces régularisations tardives, certaines concernant des charges remontant à 2023, de nouveaux collectifs d'habitants se sont constitués. "Nous avons déjà vu plus de quinze nouveaux comités de locataires se créer depuis le début de l'année à cause de cette situation. Les gens ont réellement paniqué devant ces chiffres", estime le président de la CSF, qui appelle à une mobilisation des locataires.
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La retranscription de l'émission :
Bonjour à tous, bienvenue dans l'émission 6 minutes chrono, le rendez-vous quotidien de la rédaction de Lyon Capitale. Aujourd'hui, nous allons parler de logement avec Jean-Pierre Ottaviani, président de la Confédération syndicale des familles du Rhône. Bonjour Jean-Pierre Ottaviani. Merci d'être venu sur notre plateau.
Je le rappelle pour ceux qui ne le connaîtraient pas : votre organisation, la Confédération syndicale des familles du Rhône, dont vous êtes président, est la première association de locataires dans le département. C'est une organisation qui a pour mission la défense des intérêts des familles dans tous les domaines de la vie, dont le logement, et c'est pour cela que nous vous invitons. Vous appelez à une mobilisation le 23 juin en raison d'une régularisation des charges du bailleur Aliade Habitat auprès de ses locataires. Dans cette situation précise, qu'est-ce qui cloche pour vous ? Est-ce que vous pouvez nous expliquer pourquoi il y a un problème ?
Alors, il y a un double problème. Déjà, la régularisation des charges, telle qu'elle est faite, même lorsqu'elle est correctement établie, est très excessive à cause du chauffage. L'eau chaude dépend souvent du chauffage, qu'il s'agisse de chaufferies urbaines ou non urbaines.
Cela fait grimper les prix à des niveaux assez astronomiques. Nous avons des locataires qui ont plus de 2 000 euros d'eau chaude en dépenses sur l'année, régularisation comprise. Vous vous rendez compte ? Cela représente une fois et demie le SMIC.
De l'autre côté, chez Aliade Habitat, il y a eu une multitude de dérapages. Beaucoup de personnes sont parties et, surtout, ils ne communiquent pas au sein de leur propre service. Aliade Habitat bénéficiait d'un très bon tarif juste avant la guerre en Ukraine. C'était un contrat triennal, mais qui ne correspondait pas à une année civile.
Puis, d'un seul coup, cela s'est arrêté en milieu d'année. Ils ont dû renégocier, mais les personnes qui ont négocié n'ont pas communiqué avec celles qui s'occupent de la facturation. Les provisions n'ont donc pas été ajustées et il n'y a pas eu de coordination entre les services.
Résultat : certains locataires se retrouvent avec des rappels de plus de 2 900 euros. Il y a même une personne pour laquelle le montant dépasse les 25 000 euros. Et cela, c'est une erreur.
On parle de retards, de rattrapages en fait. Il y a eu un problème d'organisation logistique et les locataires doivent rattraper plusieurs années avec des régularisations très importantes. Pour certaines situations, vous m'avez montré un document faisant état d'une charge de près de 29 000 euros. Il y a aussi, je crois, des problèmes purement comptables, des lignes comptables qui n'arrivent pas à être corrigées rapidement. Il faut nous l'expliquer.
Là, par exemple, pour la personne à qui l'on demande soi-disant de régler les 29 000 euros, on constate que, dans l'autre colonne, le montant total pour le bâtiment où elle réside est de 15 000 euros. Et pourtant, on lui demande 29 000 euros à elle seule.
Or, la répartition se fait selon les tantièmes. Elle ne devrait donc payer qu'une quote-part. J'ai d'ailleurs, pour le même bâtiment, le même montant demandé au niveau global, puis réparti selon les tantièmes. Même si, pour l'autre personne également, les montants nous paraissent beaucoup trop élevés, il y a là manifestement un problème.
Et pourquoi est-ce qu'Aliade Habitat n'arrive pas à régler des situations qui relèvent finalement d'un problème comptable et qui ne semblent pas insurmontables ? Cela fait combien de temps que cette situation dure, par exemple ?
Cela fait déjà plus de quatre mois et demi. Nous essayons de régler le problème au maximum. Nous avons créé une multitude de comités de locataires, principalement dans le Rhône, mais aussi dans la Loire.
Il faut savoir que, dans la Loire, la situation est identique. Une grande partie du personnel a quitté l'entreprise. Ils ont donc fait appel à une société extérieure pour établir et calculer les factures. Mais cette société n'était absolument pas formée aux droits des locataires.
Elle ne maîtrisait pas la distinction entre les charges récupérables auprès des locataires et celles qui ne le sont pas. Nous avons démontré point par point qu'elle commettait de nombreuses erreurs. Ils ont donc changé de prestataire et en ont pris un autre.
Mais ce n'est toujours pas du personnel d'Aliade Habitat. Il n'y a pas de véritable maîtrise interne. Aujourd'hui, Aliade Habitat subit de nombreuses difficultés. Il y a beaucoup de démissions et ils ne savent plus vraiment comment gérer la situation.
Et derrière, c'est le locataire qui est pénalisé. On parle de combien de situations ? Là où vous avez effectivement plusieurs documents différents, parle-t-on d'une dizaine, d'une cinquantaine, d'une centaine de problématiques ?
Là, il doit y avoir facilement une centaine de bâtiments concernés.
Une centaine de bâtiments, pas de locataires ?
Non, de bâtiments, je dis bien. Certains comptent huit logements, je ne vais pas mentir, mais d'autres en comptent plus de 250.
Nous avons déjà vu plus de quinze nouveaux comités de locataires se créer depuis le début de l'année à cause de cette situation. Les gens ont réellement paniqué devant ces chiffres.
Vous vous rendez compte ? Des rappels de 2 900 euros en moyenne dans le logement social. Bien sûr, il existe différents niveaux de loyers, mais recevoir un rappel moyen de 2 900 euros provoque une véritable panique.
Il existe une possibilité d'échelonner le paiement, mais il faut d'abord vérifier tout ce qui est exact. Il faut également reconnaître qu'une erreur a été commise, puisque nous parlons ici de la régularisation des charges de 2023.
Et pourtant, elle n'arrive qu'en 2026. Pourquoi un tel retard ? Pourquoi avoir attendu aussi longtemps ?
Par ailleurs, nous arrivons à une question que nous considérons comme politique. Nous avons déjà proposé que tous les bailleurs achètent leur énergie en commun avec le Syndicat de gestion des énergies de la région lyonnaise, qui regroupe plus de 58 communes. Seule la Ville de Lyon n'en fait pas partie.
À notre avis, si tous les bailleurs y adhéraient, ils bénéficieraient déjà de tarifs préférentiels. Il faut savoir que, depuis 2016, il n'existe plus de tarif social de l'énergie pour les logements sociaux.
Ah oui, il est aligné sur le tarif du secteur privé ? On arrive à la fin de l'émission. Est-ce que c'est une situation qui touche d'autres bailleurs ?
Oui, cela touche d'autres bailleurs, mais pas avec une ampleur comparable.
Vous entendez parler d'autres situations similaires sur le territoire du Rhône ?
Oui, cela touche d'autres bailleurs, mais pas avec cette ampleur.
D'accord, très bien. Ce sera le mot de la fin. Nous sommes déjà au bout de 6 minutes chrono. Merci d'être venu sur notre plateau pour alerter et mettre en lumière cette situation. Je le rappelle, vous appelez à une mobilisation le 23 juin.
Oui, avenue Jean-Jaurès.
Merci de me le rappeler. Merci d'être venu sur notre plateau. Quant à vous, merci d'avoir suivi cette émission. Plus de détails sur l'actualité du logement et de l'immobilier sur le site Lyon Capitale. Je vous dis à très bientôt.
