Laïcité : le cardinal Barbarin félicite Sarkozy

Fidèle à sa ligne de conduite, il s'est montré nostalgique d'un temps où la chrétienté définissait les valeurs de la société française. Et en toute logique, il apporte son soutien au président de la République.

Lyon Capitale. Dans ce livre, vous parlez aussi de laïcité, une question qui est d'une actualité brûlante. Comment jugez-vous les propos du président de la République, au Vatican ou à Riyad, qui estime que les religions sont aux fondements de toutes les sociétés ?
Cardinal Philippe Barbarin : C'est d'abord un fait historique. La France a 36 000 communes parce qu'elle comptait 36 000 paroisses. Mitterrand ne s'y était pas trompé en centrant sa campagne sur "la force tranquille" et en montrant sur ses affiches un village où l'église garde toutes les maisons d'alentour, comme une poule veille sur ses poussins. Mais on peut dire qu'il y a deux France, celle qui considère la religion comme la source de sa vie, et celle qui veut l'éliminer. C'est un conflit qui existe depuis très longtemps et qui demeure latent. On cite la loi de séparation de l'Eglise et de l'Etat de 1905, mais avant cela, il y a eu 40 ans de violence. Sans oublier la Terreur, au 18e siècle, véritable génocide français où la loi française a décidé de tuer des Français parce qu'ils étaient catholiques. Déjà, sous l'Ancien Régime, ces deux tendances étaient à l'œuvre : celle de Jeanne d'Arc avec son cri de ralliement : "Dieu, premier servi", et celle de Voltaire avec son célèbre : "Ecrasons l'infâme", c'est-à-dire la religion. Ce sont les mêmes courants qui traversent les siècles. On voit aujourd'hui des gens pour lesquels la religion compte et apporte beaucoup. Nicolas Sarkozy le reconnaît, tout comme Gérard Collomb. Le Maire de Lyon est le premier homme politique que j'ai entendu dire, en public, le 7 décembre 2002, juste avant la guerre en Irak : "Quand les juifs, les chrétiens et les musulmans sont profondément croyants, toute la société y gagne, car ils servent la paix". En ce domaine, sa pensée est proche des discours récents de M. Sarkozy. L'un est de gauche, l'autre de droite. Je suis persuadé qu'il y a des hommes politiques de tous bords qui souhaitent qu'aujourd'hui on vive une laïcité apaisée, et non pas une laïcité de combat.

Comment jugez-vous ce discours de Latran, qui remet les catholiques au centre de la société ?
C'est l'une des premières fois qu'un chef d'Etat français dit merci aux catholiques. Il appelle cela "laïcité positive", moi je préfère dire "laïcité de gratitude" : notre Etat est laïque, mais il est bien capable de dire merci aux différents corps qui le constituent et qui apportent beaucoup à la vie de la nation.
Comme Nicolas Sarkozy, pensez-vous que la meilleure garantie de la morale est la foi et que, du coup, l'instituteur ne pourra jamais remplacer le prêtre ?
Je n'aurais pas dit une chose pareille ! De fait, je ne manque pas une occasion de montrer la beauté de l'instituteur dans son métier. Mais si vous supprimez la morale, au bout de trois générations, il ne reste plus rien. Jusqu'en 1880, la morale chrétienne était enseignée dans toutes les écoles. Puis l'école est devenue laïque. Les instituteurs (je pense à la belle figure d'Edouard Bled) ont enseigné la morale républicaine qui avait sa force et sa dignité. Mais trois générations plus tard, les choses ont changé. Quand il n'y a pas une parole supérieure, transcendante pour fonder le bien et le mal, c'est le relativisme qui triomphe. Les lois de la République ne sont pas la Parole de Dieu ; elles changent avec les majorités parlementaires. La démocratie organise la vie commune, fait des choix importants sur la santé, la défense, l'éducation, les transports ... ce qui est une lourde responsabilité. Mais elle n'a pas autorité pour dire une parole ultime sur la vie des hommes. Je souhaite pour notre pays un pouvoir fort, mais qui reste humble.

Qu'attendez-vous des municipales ?
Que la campagne se passe sans violence, que la ville soit bien administrée et que l'on soit attentif aux lieux de pauvreté. Et il y en a beaucoup : les étudiants qui ont un mal fou à se loger, les SDF, les réfugiés politiques, les prostituées... Je sais bien que l'essentiel de la vie d'un maire concerne le rayonnement économique de sa ville, qu'il est entouré d'équipes compétentes pour les transports, les écoles ... mais je souhaite qu'on n'oublie pas les lieux de fragilité.

L'annonce de votre cancer de la prostate a jeté le trouble à Lyon, puisqu'elle intervient après une série de décès de vos prédécesseurs des suites de cancers. Pour un chrétien, il doit être difficile de parler de malédiction...
C'est plutôt une bénédiction ! Pour moi, je considère comme une expérience nouvelle et importante que pendant trois mois, le Seigneur me mette du côté des malades, ce qui ne m'était jamais arrivé. D'habitude, je vais à l'hôpital pour voir quelqu'un ou pour donner le sacrement des malades. Actuellement, même si les médecins disent que je le suis, je ne me sens pas malade : je fais toujours ma prière, mon travail, mon jogging, j'assume mes diverses activités. Mais quand on est archevêque de Lyon, on ne peut pas être malade discrètement. J'ai donc dit la vérité. Avant de me faire opérer, je vais demander l'onction des malades. C'est un sacrement par lequel Dieu aide le malade à puiser force et foi pour aller de l'avant, pour affronter paisiblement une opération. Pour l'instant, j'ai de la chance, Dieu me garde en paix.

"Le rabbin et le cardinal", un dialogue interreligieux avec le rabbin Gilles Bernheim.
C'est à la demande de Gilles Bernheim, qui tenait à faire ce genre de dialogue, que le livre à vu le jour*. Il s'était d'abord adressé au cardinal Lustiger qui lui avait avait conseillé de dialoguer avec quelqu'un de sa génération. Les deux hommes de foi se connaissaient depuis une rencontres de cardinaux et de grands Rabbins en janvier 2004, à New York où ils avaient blagué. Pour ce livre, ils se sont vus 10 fois, en compagnie de Jean-François Mondot qui jouait le rôle d'animateur. "L'objectif était de prendre acte de tout le chemin parcouru dans le rapprochement entre les juifs et les chrétiens, de la profondeur de notre amitié et de nos racines communes. Pour ma part, je vais à la synagogue le jour du Yom Kippour pour demander le pardon de mes péchés. Tout dans la prière des juifs me va très bien, ce qui est assez normal, puisque Jésus était juif. Il n'y a donc, de mon côté, rien d'étonnant à cette attitude. Je suis fidèle à mes racines. Du côté de Gilles Bernheim, en revanche, c'est très méritoire. Un chrétien se doit de lire l'Ancien Testament, mais un juif n'est pas obligé de lire le Nouveau Testament. Il le dit d'ailleurs : la première fois c'était, pour lui, comme une transgression. Dans ce livre nous voulons donner le témoignage que nous obéissons tous les deux au même grand commandement : "Tu aimeras le Seigneur ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit ; tu aimeras ton prochain comme toi-même". Mais ce dialogue nous a conduits évidemment à une pierre d'achoppement considérable : lui ne reconnaît pas en Jésus le Messie, et moi, si !". Le cardinal Barbarin veut concrétiser cette rencontre intellectuelle, rare au demeurant, entre judaïsme et catholicisme, par une action commune : "Si Dieu dit aux juifs et aux chrétiens : "Tu aimeras ton prochain comme toi-même", pourquoi ne pas fonder ensemble, par exemple, un dispensaire pour les sidéens au Gabon ou ailleurs ? "

*"Le Rabbin et le Cardinal", Gilles Bernheim et Philippe Barbarin, éditions Stock., 300 pages

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