Véronique Sarselli et Grégory Doucet
Véronique Sarselli (LR, Métropole de Lyon) et Grégory Doucet (Les Ecologistes, Ville de Lyon)

Lyon, enfin obligé

Editorial. Le conflit peut être utile en politique, à condition qu’il accouche de mieux que des postures : de l’intérêt général.

Vingt pages. C’est le document que Grégory Doucet a posé en début d’été sur le bureau de Véronique Sarselli. Une feuille de route. Une liste de courses. Un acte politique. La cohabitation a désormais un visage concret et une réponse cinglante : “Lyon n’est pas le centre du monde !”

On en est là. Six mois après l’alternance à la Métropole, les deux exécutifs ont appris à se regarder en face. Façon chiens de faïence. Ils ont échangé des noms (d’oiseaux parfois), des équipes, des dossiers.

Et maintenant, enfin des priorités. Transports, propreté, Rive droite, métro nocturne, Fête des lumières : le maire écologiste de Lyon a mis par écrit ce qu’il attend de la collectivité qui gère, rappelons-le, la quasi-totalité des grandes compétences urbaines. Et la présidente de droite de la Métropole a répondu qu’elle représentait cinquante-huit communes, pas une seule.

Les deux ont raison. C’est précisément là que ça devient intéressant. Car cette tension, cette friction institutionnelle, visible, nommée, documentée en vingt pages est peut-être la meilleure chose qui pouvait arriver à cette ville. Non pas parce que le conflit est sain en soi.

Mais parce qu’il oblige chacun à justifier ses choix. À les mettre noir sur blanc, à les défendre face à quelqu’un qui ne partage ni sa couleur politique ni sa vision de l’agglomération.

Souvenons-nous. Quand un seul camp tenait à la fois la Ville et la Métropole, les grandes décisions passaient avec une facilité troublante. Place Bellecour, les ombrières (présentées à l’époque comme une avancée thermique urbaine), 1 514 participants à la concertation. Résultat ? La place reste une poêle à frire. Rue Grenette, plus récemment : 17 517 votants, soit à peine 3,5 % des résidents… et le maire s’en félicitait sur Instagram. “Jamais une concertation n’a suscité autant de réponses.” Sérieusement ?

La cohabitation oblige à sortir de cette autosatisfaction. Quand l’un peut ralentir ce que l’autre décide, quand chaque idée doit trouver un accord, les élus sont contraints de construire des arguments solides. Des projets. Mais attention au miroir inversé. La Métropole, elle aussi, devra se souvenir que gérer cinquante-huit communes ne signifie pas ignorer la ville-centre qui concentre l’essentiel des usages, des flux et des fragilités.

Rappeler que “Lyon n’est pas le centre du monde” est une leçon de géographie institutionnelle. Ce n’est pas une politique. Alors, une question simple que l’on voudrait poser aux deux exécutifs : qu’est-ce que l’intérêt général ? Pas la somme des intérêts militants qui répondent aux consultations en ligne. Pas la vision d’une minorité agissante qui veut son gadget urbain au vernis écolo. Pas davantage le réflexe de ceux qui rappellent mécaniquement l’existence des cinquante-sept autres communes dès que Lyon demande quelque chose.

L’intérêt général, c’est ce qui reste quand on a retiré les postures et l’ambition personnelle déguisée en conviction. Les Lyonnais méritent des élus capables de nommer cette ligne-là. Et de s’y tenir, même quand ça dérange leur camp.

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