La propriété de la Sablière, à Caluire
La propriété de la Sablière, à Caluire, « le petit parc de la Tête d’Or »

L'image du mois à Lyon

La Sablière, "le petit parc de la Tête-d’Or", un trésor patrimonial en attente de reconnaissance.

Perchée sur la colline de Caluire-et-Cuire, aux portes de la Croix-Rousse, la propriété de la Sablière est l’un de ces lieux qui semblent avoir traversé le temps sans que le temps les ait tout à fait rattrapés. Ses archives remontent au XIVe siècle, et l’on peut y suivre le fil de sept générations qui ont façonné, enrichi et transmis ce lieu hors du commun, maison des champs puis maison de soyeux.

C’est Didier Petit de Meurville (1793-1873), patron d’une manufacture d’ornements d’églises, qui fait construire la maison bourgeoise actuelle et aménage les premiers jardins à l’italienne, recevant entre ses murs des personnalités comme le duc de Montmorency-Laval. En 1849, Jean-Barthélémy Chazottier, riche négociant en velours parti de rien, remodèle entièrement la propriété. Son gendre, Jules Micol, peintre et l’un des premiers photographes lyonnais, y trouve son inspiration et prend depuis les terrasses, dès les années 1850, des vues saisissantes du parc de la Tête-d’Or en construction. Puis Louis Grognot, ingénieur chimiste et botaniste passionné, transforme les jardins en un parc exotique d’acclimatation, contenant plus de cinq cents espèces botaniques. Aujourd’hui, sa fille Michèle Dehan-Grognot entretient cet héritage tandis que son petit-fils, Maxime Dehan, se bat pour le protéger.

Propriété de La Sabière
Propriété de La Sabière, un dragonnier du jardin qui recense 500 espèces

Lettre à la ministre de la Culture

Parmi les trésors du site, une serre des années 1850, plus ancienne que celles du parc de la Tête-d’Or, a conservé ses rangées pour les plantes, ses carreaux au sol, ses ouvertures à poulies d’origine. “Elle mériterait à elle seule un classement en plus de l’inscription des jardins”, estime Maxime Dehan. Un avis que n’avait pas partagé, il y a quelques années, la commission régionale du patrimoine et de l’architecture qui a jugé l’intérêt “faible au regard des monuments historiques, sans même se déplacer pour visiter les lieux”.

L’ironie est cruelle : le ministère de la Culture a lui-même retenu la Sablière parmi les jardins mis en avant au niveau national à l’occasion des Rendez-vous aux jardins 2022 et 2026.
“Pourquoi un tel domaine historique, avec ses jardins décrits comme le ‘petit parc de la Tête-d’Or’, étudié scientifiquement, ouvert au public, soutenu par des élus, parlementaires, chercheurs, historiens de l’art et spécialistes du patrimoine, ne bénéficie encore d’aucune protection patrimoniale ou urbanistique ?”, résume Maxime Dehan pour Lyon Capitale.

L’Association de sauvegarde des jardins de la Sablière a constitué un dossier de demande d’inscription au titre des monuments historiques. La lettre collective adressée à la ministre de la Culture rassemble des soutiens de plus en plus nombreux : des historiens, des universitaires, des scientifiques, un ethnobotaniste qui saluent “un patrimoine d’exception, véritable témoin de l’histoire locale qui contribue pleinement à l’identité et au rayonnement culturel du territoire”. Certains patrimoines ne se jugent pas que sur un dossier.

Propriété de La Sabière : intérieur de la serre des années 1850
Le hall de la Sablière. 1892-1893

Laisser un commentaire

réseaux sociaux
X Facebook youtube Linkedin Instagram Tiktok
d'heure en heure
d'heure en heure
Faire défiler vers le haut