Haïti: les associations lyonnaises restent mobilisées après l'élection


Par Florian Espalieu
Publié le 10/01/2017  à 16:39
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Le président d’Haïti a enfin été désigné ce mardi 3 janvier : Jovenel Moïse. Un espoir de stabilité politique pour les Haïtiens, et les associations lyonnaises qui les aident. Parmi elles, la très médiatique Handicap international, mais aussi de plus modestes qui œuvrent pour redresser ce pays durement touché par l’ouragan Matthew en octobre dernier.

L’ouragan Matthew a dévasté Haïti
©afp
L’ouragan Matthew a dévasté Haïti

Il aura donc fallu attendre plus d’un an : après un premier scrutin annulé en octobre 2015, puis un second longtemps contesté en novembre 2016, Jovenel Moïse a été désigné président d’Haïti ce mardi 3 janvier. Ce contexte politique instable a longtemps paralysé ce pays, parmi les plus pauvres du monde. Malgré cet état de fait, de nombreuses associations lyonnaises ont continué d’aider à la reconstruction après le séisme de 2010 puis l’ouragan Matthew en 2016.

"L’instabilité est un frein" pour Handicap international

Handicap international est notamment présent au travers d’une mission d’action d’urgence qui a démarré mi-octobre après l’ouragan et devait initialement s’achever fin janvier. D’après Hélène Robin, responsable de l’action d’urgence pour Haïti, "ce contexte politique d’instabilité est un frein qui s’ajoute à ceux de la logistique, et au fait que nous sommes aujourd’hui en situation de sous-financement : les mouvements de la société civile peuvent entraîner le rapatriement des équipes sur Port-au-Prince et leur confinement pour éviter tout risque, ce qui retarde les actions. Nous nous attendons donc à une prolongation de la mission, sans surcoût pour le moment."

Il est à noter qu’il s’agit là d’une mission d’un million d’euros de budget, dont 15 000 € viennent de la région Auvergne-Rhône-Alpes et 15 000 € de la métropole Grand Lyon. Sur place, ce sont une centaine d’Haïtiens et dix expatriés qui travaillent dans le Sud du pays à des missions de santé, de reconstruction et d’appui logistique auprès de l’ONU. A Lyon, une équipe d’une dizaine de personnes "en miroir" servent de référents techniques pour des expatriés aguerris à l’aide d’urgence, mais qui passent parfois d’une mission à l’autre, sans connaître nécessairement tout le contexte.

"Une inertie" pour Entrepreneurs du monde

Entrepreneurs du monde, basé à Vaulx-en-Velin, est également une association présente en Haïti, depuis 1998. Elle réalise notamment des projets de micro-crédit et de l’aide à la création d’entreprise, avec plusieurs expatriés. Hélène Mauduit est l’une d’eux, arrivée sur place après le séisme de 2010 : "le résultat de l’élection ne va finalement pas changer grand-chose. Non pas que les Haïtiens ne s’intéressent pas à la politique. Mais il y a comme une désillusion, qui se traduit dans les taux de participation : 30 % lors du premier scrutin de 2015, et 20 % seulement pour celui de novembre. Ce n’est pas tant qu’il y a de l’insécurité, puisque nous vivons comme les gens en Haïti vivent, en appliquant des règles de bon sens. Mais cette instabilité politique a créé une inertie : aucune loi n’était votée, et pour nous, les bailleurs restaient en attente."

En effet, l’association dépend beaucoup de dons et a besoin de bailleurs pour ces aides à la création de très petites entreprises (de 2 à 10 personnes) : "sur des entreprises jeunes, il y a un certain risque, qui fait que, malgré nos évaluations de viabilité, 30 à 40 % disparaissent. L’appel à des bailleurs permet de compenser ces pertes. Sur le micro-crédit, en revanche, nous arrivons à des taux de remboursement de 95 %."

"Peu d’influence" pour le Cefrepade

Pour les plus petites associations comme le Cefrepade (Centre Francophone de Recherche Partenariale sur l’Assainissement, les Déchets et l’Environnement), la problématique est quelque peu différente : n’ayant pas le budget suffisant pour employer des salariés à temps plein, ils travaillent plutôt avec des initiatives locales et peu avec les structures d’État. C’est ce que souligne Pascale Naquin, directrice de l’association : "L’instabilité liée au résultat des élections a peu d’influence sur notre action. C’est un choix : le niveau de corruption étant encore important, il y a beaucoup de perte en ligne si nous passons par en haut. Notre travail va donc plutôt consister à bien cibler nos interlocuteurs et à accompagner ces acteurs locaux fiables sur leurs initiatives, en les aidant à trouver des financements et à les réaliser. Cela nous évite aussi de réfléchir à leur place."

La ligne directrice de l’action du Cefrepade va se situer au niveau du traitement des déchets, en accompagnant par exemple la petite commune de Gros-Morne à organiser la gestion des "fatras" pour remplacer les dépôts sauvages par du compost, utile pour les sols, et recycler le plastique.

"La solution ne pourra pas venir que d’en haut" pour Lyon-Haïti partenariats

L’association Lyon-Haïti Partenariats travaille elle aussi en partenariat local, notamment avec l’association des paysans de Vallue, au Sud de Port-au-Prince. Elle œuvre sur place entre autres dans les écoles au travers de jardins scolaires, afin de revaloriser le travail de la terre auprès des enfants qui, une fois instruits, ont tendance à partir vers les villes. Et pour sa présidente, Marguerite Vermande, le constat est sensiblement le même : "Ce sont ces associations paysannes qui sont le ferment pour le renouveau d’Haïti. Quel que soit le résultat de l’élection, la solution ne pourra forcément pas venir que d’en haut."

Une raison d’espérer donc, mais de continuer à rester mobilisé pour ces associations lyonnaises, car les besoins sur place restent considérables. Ce que Jean-Marc Ayrault lui-même soulignait en Haïti au mois de décembre : "La France veut, avec Haïti, à la fois assumer notre histoire commune mais aussi, surtout, regarder vers l'avenir."

Lire aussi : La région débloque 50 000 euros pour l'aide humanitaire en Haïti

Quelques associations lyonnaises en Haïti :

L’intervention de Handicap international en Haïti entre dans le cadre de l’aide d’urgence suite à l’ouragan Matthew. Elle mène des actions de santé autour des Cayes (Sud) et de Jérémie (Grand’Anse) pour prendre en charge les blessés, pour prévenir et limiter les handicaps et favoriser la rééducation dans les hôpitaux. Elle offre également un appui psychologique aux victimes et aux familles par la mise en place de groupes de parole afin d’éviter les résurgences de traumatismes déjà existants depuis le séisme de 2010. Elle participe enfin à la reconstruction d’abris autour de Miragoâne (Nippes).

L’aide au développement d’Entrepreneurs du monde peut prendre la forme de micro-crédits pour, par exemple, favoriser l’investissement dans des réchauds à gaz plutôt que dans ceux à charbons qui contribuent à la déforestation. Elle propose aussi un appui à la création de très petites entreprises (de 2 à 10 personnes) : dans ce cadre, elle a contribué à former des artisans à un modèle de construction para-sinistre élaboré avec un laboratoire de recherche et à fédérer ces artisans en associations afin de développer leur activité.

  • Cefrepade – INSA de Lyon, 9 rue de la Physique, 69621 Villeurbanne cedex

Le Cefrepade (Centre Francophone de Recherche Partenariale sur l’Assainissement, les Déchets et l’Environnement) accompagne les initiatives locales sur les thématiques de l’assainissement et de la gestion des déchets. Elle va ainsi aider ses partenaires à trouver des financements et à réaliser leurs projets, dans le but de les rendre autonomes : par exemple, l’Association des Originaires de Grande Plaine (AOG), association paysanne locale de la petite commune de Gros-Morne, dans des actions de ramassage des déchets et de reboisement.

L’association Lyon-Haïti partenariats vient en soutien au monde rural haïtien. Elle œuvre essentiellement au travers de partenariats forts tel que celui établi avec l’Association des paysans de Vallue. Dans le domaine économique, ce dernier a notamment vu la création d’une confiturerie, d’une chocolaterie et d’une laiterie et des emplois locaux associés. Au niveau de l’éducation, elle est à l’origine de jardins scolaires, ce qui permet à la fois un travail pédagogique et alimentaire auprès des enfants, tout en revalorisant le travail de la terre afin d’éviter le départ des personnes instruites vers les villes.

Mais aussi :

Soutien au monde rural (65% de la population) et ses productions traditionnelles telles que le lait, en partenariat avec Veterimed, ONG haïtienne.

Représentation permanente en Haïti pour le suivi de maladies infectieuses (tuberculose, VIH…) et soutien aux structures et aux laboratoires de santé.

Organisme d’envoi de volontaires pour des missions longues durées (6 mois à 2 ans) sur des projets de développement, de coopération et de solidarité internationale.

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