Sans-abris à Lyon : "Les droits fondamentaux ne sont pas respectés"


Par Luna Ghelab
Publié le 11/11/2017  à 12:30
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Payer deux nuits pour en offrir une à une personne sans-abri : tel est le principe de l'opération Nuits suspendues, lancée par l'association lyonnaise L'ouvre-porte. Alors que le froid arrive et que les structures d’accueil sont débordées, cette association compte sur la solidarité citoyenne pour héberger des sans-abris. Aurélie Levine, bénévole à L'ouvre-porte nous en dit plus.

Réfugiés albanais dans un gymnase lyonnais, plan Grand Froid, janvier 2017 © Tim Douet
© Tim Douet

Qu'est ce que l'opération Nuits suspendues ?

Cette opération se fait pour l'instant en partenariat avec l'auberge de jeunesse Alter-Hostel de Lyon, nous espérons dans le futur trouver d'autres partenaires. Le principe est le même que celui du café suspendu [on paie un café sans le consommer, pour qu'il soit offert à une personne démunie - NDLR]. Les clients de l'Alter-Hostel ont la possibilité de payer un peu plus cher leur nuit, ou de faire un don, pour que les sans-abris pris en charge par L'ouvre-porte puissent passer une ou plusieurs nuits à l'auberge.

Visuel de la campgane Nuits suspendues
Association L'ouvre-porte
Visuel de la campgane Nuits suspendues

Pouvez-vous nous en dire plus sur l'association L'ouvre-porte ?

C'est une jeune association, créée à Lyon il y a environ un an. Elle rassemble des citoyens qui veulent agir pour ouvrir leurs portes aux sans-abris. Nous travaillons en partenariat avec le RESF (Réseau éducation sans frontières), la Cimade ou d'autres organisations, qui nous adressent les personnes pour qui elles ne trouvent pas de solution d'hébergement. Nous mettons alors ces personnes en relation avec des citoyens qui sont prêts à les accueillir. A partir du moment où nous prenons une personne en charge, nous mettons en place un réseau de plusieurs familles pour qu'elle soit hébergée, jusqu'à ce qu'elle trouve une place dans une structure. Le but n'est pas de lui offrir un toit quelques jours avant de la renvoyer dans la rue.

Il peut y avoir une certaine anxiété à accueillir chez soi un inconnu : avez-vous des difficultés à trouver des bénévoles ?

Il y a quand même beaucoup de personnes qui ressentent le besoin d'agir par rapport à cette situation, qui leur semble difficile à accepter. Notre réseau d’accueillants est constitué d'une cinquantaine de familles. Cela fonctionne par imitation : le fait de voir comment les choses se passent chez un participant donne aux autres l'envie de s'impliquer à leur tour. Chacun donne ce qu'il peut : certains confient leur clés, d'autres non, certains dépannent seulement pour quelques nuits tandis que d'autres accueillent plus durablement. Les médiateurs de l'association, qui font le lien entre les personnes accueillies et les familles, permettent de vérifier que tout se passe bien et sont là pour répondre aux questions que peuvent se poser les accueillants.

Vous lancez aussi un financement participatif, avec un objectif de 10 000 euros. Pensez-vous réussir à rassembler une telle somme ?

Cela dépend de notre efficacité à communiquer. Beaucoup de personnes ont envie d'agir et se sentent concernées par la situation des sans-abris, mais n'ont pas forcément le temps d'accueillir chez eux. C'est une autre façon de s'investir. Cette somme, si l'on parvient à la rassembler, permettrait de financer 500 nuits à 20 euros !

L'ouvre-porte travaille aussi sur un plaidoyer auprès des pouvoirs publics pour de meilleures conditions d’accueil.

Les droits fondamentaux ne sont tout simplement pas respectés. Dans le cas des mineurs isolés, par exemple, le droit de l'enfance n'est pas respecté. De même pour le droit au logement, le droit à la prise en charge des réfugiés... Nous voulons faire prendre conscience au pouvoirs publics qu'il n'est pas normal que les citoyens agissent à leur place.

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