Même village sicilien, Serradifalco. Même ville d’adoption, Lyon. Mais deux visions radicalement différentes de la conquête. Les Morreale et les Lonobile, piliers de la restauration italienne lyonnaise, incarnent à eux seuls toute la richesse et toute la diversité de la dolce vita à la lyonnaise.
Les Lonobile, la Sicile “comme on la connaît”
Tout part d’une conversation entre frères. Un jour, Jean Lonobile se tourne vers Pierre et lui lance : “On monte quand ce projet ? On ouvre quand un vrai restaurant sicilien à Lyon ?” L’idée germait depuis longtemps, depuis qu’un cousin, enseignant, homme de culture, l’avait cristallisée. Sur le pas de la porte de Jean, il lui avait simplement dit : “Vendez-nous la Sicile comme vous la connaissez, comme elle le mérite.” Car il y avait des clichés à combattre. Lyon mangeait italien comme elle mangeait partout : des pizzas, des carbonaras, une Italie de carte postale. Leur Sicile à eux, c’est autre chose. C’est “une cuisine de famille, de mémoire, de terroir. Tout fait maison. Tout pensé dans les règles de l’authenticité”.

En 2014, Casa Nobile ouvre face au Grand Hôtel-Dieu. Le succès est immédiat, foudroyant même. On voit, pour la première fois à Lyon, des files d’attente devant un restaurant. Ce qui accroche les Lyonnais dès le premier soir ? Les antipasti maison. De simples entrées préparées “comme on le fait à Serradifalco depuis toujours”. Pierre ne verra pas la suite de l’histoire. Il disparaît un mardi de décembre 2022, en plein service à Casa Nobile, là où tout avait commencé. Mais l’aventure continue, portée par la génération suivante avec la même exigence, dans un nouveau lieu de 900 m2, en lieu et place de l’hôtel des ventes de Lyon Presqu’île.

Les Morreale : de la mine de sel à la conquête de Lyon
Tout commence bien avant Lyon. Avant même la France. Antonio Morreale naît à Serradifalco dans une Sicile d’après-guerre où les hommes descendent dans les mines de soufre à 14 ans et où le sel ronge les vêtements et la peau. 14 kilomètres à vélo chaque matin pour rejoindre les mines de sel. Une vie qu’il faut fuir. Il émigre en Belgique, épouse Antonina et trois fils naissent : Nicolo puis Franco et Vito. Son frère a d’autres horizons. Vincenzo part dans l’État de New York, à Lewiston, y ouvre une pizzeria. Le rêve américain. Antonio veut le rejoindre. Mais son père tombe malade, il rentre en Sicile, construit une maison. Et repart travailler dans les mines de sel.
Franco et Vito, eux, choisissent la France. Ils se forment à Saint-Étienne, aux côtés de leur oncle Raimondo et de sa pizzeria, le premier restaurant Morreale en France. En 1966, un cousin de la famille ouvre une pizzeria rue Franklin, dans le 2e arrondissement de Lyon. Quinze ans plus tard, Nicolo et Franco prennent la relève. Le père Antonio les rejoint, après trente ans de mine.
Depuis la famille n’a cessé de s’étendre, de se ramifier et de se réinventer. Vito ouvre Casa Vito. Les fils de Nicolo, Anthony et Fabio, lancent La Scala Siciliana puis Famosa. Et les fils de Franco, Antonio et Marco, tous deux diplômés de l’institut Paul-Bocuse (Lyfe aujourd’hui) transforment l’héritage en véritable entreprise : 18 points de vente (une trattoria de trois étages et 290 couverts est prévue à Tassin), 250 salariés et 20 millions d’euros de chiffre d’affaires. Avec, dans un coin de leur tête, l’ambition des 100 adresses en France


Ce que Lyon doit à l’Italie