Mediator : “Si Jean-Michel Alexandre et Eric Abadie sont mis en examen, c’est grâce à nous” se félicite Michèle Rivasi


Par Guillaume Lamy
Publié le 06/03/2013  à 07:09
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Jointe par téléphone au Mali, la députée européenne (Europe Écologie-Les Verts) Michèle Rivasi s’est félicitée de la mise en examen de deux anciens cadres de l’Agence nationale de sécurité du médicament.

Mediator © DR

C’est un tournant judiciaire important qui a été pris ces derniers jours dans l’affaire du Mediator, ce médicament officieusement utilisé comme coupe-faim mais officiellement répertorié comme antidiabétique, qui a causé entre 500 et 2 000 décès en un peu plus de trente ans.

Cinq personnes ont récemment été mises en examen dans le cadre de l’enquête sur les conflits d’intérêts avec le laboratoire Servier, qui a commercialisé le médicament.

Il s’agit de Christian Bazantay, secrétaire général du laboratoire et bras droit de Jacques Servier (grand patron du laboratoire éponyme), de Marlène Garnier, une ancienne salariée de Servier qui a créé une société de conseil et consulting, de Jean-Michel Alexandre, professeur de pharmacologie, du diabétologue Éric Abadie et de son épouse, l’avocate Marie-Ève Abadie, spécialisée dans les litiges commerciaux.

Des hauts fonctionnaires…

Jean-Michel Alexandre et Éric Abadie sont deux anciens cadres de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM), un établissement public qui a pour mission d’évaluer les risques sanitaires des médicaments – et de tous les produits de santé à usage humain – et de garantir leur sécurité.

Le premier a été l’un des hommes les plus influents de France en matière de médicament. Il a successivement été président de la commission d’autorisation de mise sur le marché à l’Agence du médicament (1985-1993), directeur de l’évaluation des médicaments (1993-2000) et président du comité des médicaments de l’Agence européenne du médicament (1995 à 2000). Dans le même temps, il était consultant pour l’industrie pharmaceutique, notamment pour Servier.

Éric Abadie a quant à lui travaillé pendant huit ans au sein du Syndicat national de l’industrie pharmaceutique, puis à l’Agence du médicament, avant de présider, dès 2007, le comité d’évaluation des médicaments à usage humain à l’Agence européenne du médicament, tout en étant conseiller auprès du directeur général de l’Agence du médicament (alors appelée Afssaps).

Jean-Michel Alexandre est poursuivi pour “participation illégale d’un fonctionnaire dans une entreprise précédemment contrôlée”, Éric Abadie pour “prise illégale d’intérêt”. À ce stade de la procédure, ils sont naturellement présumés innocents.

… déjà connus des services antifraude

Dès février 2011, la députée européenne (EELV) Michèle Rivasi, adjointe au maire de Valence (Drôme), et sa collègue Éva Joly, ancienne juge d’instruction au pôle financier du palais de justice de Paris, avaient alerté l’Office européen de lutte antifraude (Olaf).

Les deux députées avaient demandé à l’Olaf d’enquêter sur d’éventuels conflits d’intérêts nationaux ayant pu présider à des décisions ou manques de décision avantageant le laboratoire Servier. “Les représentants de l’Afssaps au sein de l’EMA [Agence européenne du médicament] ont-ils usé de leur influence pour éviter de nuire au laboratoire Servier ? Faut-il parler de complaisance ? De collusion ? De corruption ? De prise illégale d’intérêts ?” s’interrogeaient-elles.

Rivasi et Joly font accélérer l’enquête

C’était il y a deux ans. L’Office européen de lutte antifraude, chargé des affaires de corruption au sein des institutions européennes, avait ouvert une enquête en juillet de la même année. “L’influence de ces représentants français de l’Afssaps au sein de l’EMA, dans la gestion de la pharmacovigilance du Mediator a toujours été flagrante, déclarent les députées. Pourquoi avoir attendu si longtemps pour retirer ce médicament du marché, alors même que des cas de valvulopathies cardiaques étaient signalés ? Éric Abadie devait également diligenter une étude, dont les résultats ont été fournis très tard… Alors que le médicament coupe-faim est retiré du marché espagnol en 2003 et italien en 2004, la France est l’un des derniers pays à l’avoir interdit, en novembre 2009. Nous avions à l’époque demandé la démission d’Éric Abadie, car on ne peut pas crédiblement continuer à diriger un comité d’évaluation des médicaments à usage humain en étant aussi peu indépendant du lobby pharmaceutique…”

Et Michèle Rivasi, jointe par téléphone au Mali, de se féliciter : “Sans fausse modestie, si Jean-Michel Alexandre et Éric Abadie sont aujourd’hui mis en examen, c’est grâce à nous. Si nous n’avions pas saisi l’Olaf, il n’y aurait jamais eu l’implication de l’Europe. Or, l’impact de l’Olaf a été très fort. Ça a permis de faire avancer l’Agence européeenne du médicament sur les conflits d’intérêts.”

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