Piscine du Rhône (centre nautique Tony-Bertrand) © Tim Douet

"Première ville saine" : quand Lyon se réjouit d'une étude publicitaire

Selon une étude commandée par une plateforme de logement, Lyon serait la ville de France la plus saine, devant Marseille, Paris et Lille. Néanmoins, la méthodologie employée manque parfois de précision.

La tendance est durable depuis plusieurs années. Les marques en manque de communication financent des études qui sont ensuite reprises par les médias parfois sans nuance, et s'offrent ainsi de la publicité à moindre coût. La dernière en date commandée par une plateforme de logement, distingue Lyon comme "ville de France la plus saine". Dans un communiqué de presse, la Métropole de Lyon s'est réjouie de ce titre, la cité se hissant au 27e rang mondial. Pour David Kimelfeld, président de la Métropole : "Ce classement récompense la politique que nous menons pour construire une métropole équilibrée, à la fois dynamique sur le plan économique, mais pleinement engagée dans la lutte contre le réchauffement climatique et désireuse d’offrir à ses habitants un cadre de vie agréable". L'élu en profite pour dérouler "une stratégie santé-environnement" avec "pour objectif de développer la connaissance, réduire les sources de pollution et les facteurs environnementaux altérants la santé des habitants et accompagner les changements de comportements".

Une méthodologie assez large

Arrivant juste après un épisode d'alerte pollution à l'ozone à Lyon, l'étude et cette réaction politique ont pourtant de quoi faire tousser. La méthodologie employée est parfois large. La plateforme a choisi de retenir dix critères : la qualité des salles de sport, en se basant sur les notes moyennes sur Google de 60 salles de sport choisies au hasard, les heures d'ensoleillement annuelles, l'équilibre entre vie professionnelle et personnelle, l'espérance de vie à la naissance, les congés payés annuels, le nombre d'espaces verts, le nombre de restaurants identifiés "fast food" pour 100 000 citoyens sur TripAdvisor, le nombre d'adultes en surpoids, la qualité de l'air et de l'eau, ainsi que le nombre de bornes de recharge de voiture électrique. Plusieurs critères ne sont pas propres à chaque ville, mais restent nationaux. De fait, les villes Françaises ont toutes les mêmes notes pour l'espérance de vie, l'obésité, et l'équilibre entre vie professionnelle et personnelle. En ce qui concerne la qualité de l'air et celle de l'eau, qui sont mélangées, les données sont issues de la plateforme Numbeo.com. Ce site est alimenté par les internautes et recense les données de l'OMS sur les particules fines ainsi que "les perceptions des visiteurs du site depuis les trois dernières années". Ces derniers sont encouragés à remplir des sondages qui font évoluer les classements du site (et pourront ensuite être repris par des études plus ou moins sérieuses, les données de Numbeo étant publiques). Par ailleurs, ce n'est pas le nombre d'espaces verts qui a été retenu dans la méthodologie, mais là encore, la perception des visiteurs sur numbeo.com.

Un beau coup de communication

Dès lors, en réagissant à cette étude sans ce soucier des détails, David Kimelfeld en profite pour préparer l'avenir : "Dans un contexte où Lyon pourrait avoir, à la fin du siècle, la température moyenne de Madrid ou d’Alger selon les scénarios de réchauffement climatique, les arbres, mais aussi l’eau sont des alliés précieux pour rafraîchir les habitants. Ainsi, l’urbanisme s’adapte progressivement aux évolutions du climat et la Métropole profite de chaque projet urbain pour construire une ville plus perméable aux eaux de pluie, plus végétale, et aux revêtements plus clairs pour limiter l’échauffement". Le président de la Métropole a donc décidé de voir le verre à moitié plein, quitte sacrifier l'impact de certaines idées sur l'autel de la promotion. Qu'importe quelle est la ville la plus saine, c'est bien la plateforme de location qui s'offre le plus beau coup de communication.

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