Cabaret à la Maison de la danse : grandiose et transgressif !


Par Martine Pullara
Publié le 22/11/2017  à 09:19
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Berlin, les années 1930, la vie libérée dans la pénombre d’une boîte de nuit… Trente et un ans après la création lyonnaise de Jérôme Savary sur ce même plateau, Cabaret revient avec une troupe de 25 chanteurs, acteurs, danseurs et musiciens. C’est l’événement de cette fin d’année !

Cabaret – Mise en scène Michel Kacenelenbogen © Marianne Grimont
© Marianne Grimont
Michel Kacenelenbogen / Cabaret.

“Willkommen, bienvenue, welcome !”

Cabaret me hante depuis toujours, dit le metteur en scène belge Michel Kacenelenbogen. À l’adolescence, elle a été pour moi l’œuvre magistrale qui met en scène un hommage à la liberté d’expression. C’est d’ailleurs la vision du film qui a participé à ma décision d’ouvrir un jour un théâtre. Cette œuvre exprime, en corps et en voix, les espoirs et les souffrances, donc le destin, d’une société prise en otage. Elle raconte que, dans un monde où l’expression libre est kidnappée, l’espace de la scène reste l’endroit par lequel on a le droit (et le devoir) de remettre en cause quelque système que ce soit. A fortiori, un système qui prétend être la seule issue possible à la crise.” “Willkommen, bienvenue, welcome.” On se souvient tous de ces mots qui évoquent la célèbre comédie musicale créée à Broadway en 1966, que le metteur en scène Bob Fosse transforma en une version cinématographique en 1972 avec Liza Minnelli dans le rôle de Sally Bowles. En 1986, à Lyon, Jérôme Savary met en scène la première version française de Cabaret, au théâtre du 8e (actuelle Maison de la danse), avec un tel succès qu’elle restera à l’affiche plusieurs semaines. Les cabarets berlinois étaient à l’époque le dernier repaire où l’on pouvait transgresser les règles, chanter tout haut ce qui affolait, choquait et dérangeait l’ordre (le dernier cabaret sera détruit en 1935, pour cause d’immoralité). La pièce se situe ainsi dans le Berlin des années 1930, un contexte violent de guerre, de crise et de décadence. Fraîchement débarqué, le jeune Américain Cliff Bradshaw découvre le Kit Kat Klub, une sulfureuse boîte de nuit où se produit la sensuelle Sally Bowles. Autour d’elle, l’extravagant maître de cérémonie Emcee et sa bande de boys and girls singent et parodient le beau monde. Ils sont les rois du show, du divertissement et de la provocation, retrouvant des espaces de liberté malgré l’oppression extérieure.

De 1930 à aujourd’hui, l’ombre d’un totalitarisme plane toujours

Cabaret – Mise en scène Michel Kacenelenbogen © Bruno Mullenaerts
© Bruno Mullenaerts
Michel Kacenelenbogen / Cabaret.

Pour le metteur en scène, de 1930 à aujourd’hui, la situation n’est pas comparable mais l’ombre d’un totalitarisme plane, l’incitant à prôner une entrée en résistance. Non plus contre le fascisme, comme en 1930 (dont personne à l’époque ne pouvait prévoir à quel excès d’horreur il allait mener), mais contre une machine qui tourne folle et dont la “crise” est le meilleur des instruments. “Cette machine/système qu’on appelle vaguement “mondialisation”, précise le chorégraphe, nous mène de manière de plus en plus certaine au despotisme économique et à sa consœur, l’horreur écologique. Comme à l’époque, on a l’impression que devant l’inéluctable “crise” et son cortège de licenciements, d’austérité, de délocalisations et de chômage inévitable, on se tait et on obéit. Comme à l’époque, les politiques et les citoyens semblent tétanisés, sanglés dans une ceinture mentale dictée par une crise qui fait rideau de fumée et obstrue tout l’espace, nous accoutumant peu à peu à la soumission. Comme à l’époque, nous sentons plus ou moins confusément que le système qui se met en place ne donne plus la priorité aux êtres humains, à leurs corps, à leurs espoirs, à leurs souffrances. Encore moins à leurs destins.” Il y a plus de vingt ans que Michel Kacenelenbogen a créé – à l’encontre de l’ordre établi – le théâtre Le Public, avec un besoin urgent de transgression qu’il considère aujourd’hui encore comme son carburant. Elle est essentielle pour quiconque veut construire un projet, apporter des transformations au monde, changer le paysage ; la transgression comme moteur de création, qu’elle soit artistique, scientifique ou autre. Sa version de Cabaret en est l’exemple !

Cabaret – Mise en scène Michel Kacenelenbogen © Marianne Grimont
© Marianne Grimont
Cabaret.
Michel Kacenelenbogen / Cabaret
Du 23 novembre au 3 décembre, à la Maison de la danse
–> profitez-en pour (re)voir le film de Bob Fosse, à l’institut Lumière le 5 décembre

 

 

 

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