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UTMB : l’ultra-trail est-il dangereux pour la santé ?

Tests physiologiques à l'institut régional de médecine et d'ingénierie du sport de Saint-Etienne © DR

Entretien avec Guillaume Millet, physiologiste du sport à l’université de Calgary et ultratrailer, cinq fois dans le top 6 de l’UTMB et 3e au Tor des Géants.

L'ultratrail est-il un bon modèle d'étude du corps humain ?

L'ultra est un genre de laboratoire de physiologie. Il permet d'étudier la capacité du corps humain à se confronter à ses limites physiques et mentales. S’intéresser à ce type d’effort permet de mieux comprendre comment réagit l'organisme humain poussé dans ses retranchements, et comment il récupère. Ainsi par exemple, nous avons mené deux études sur la fatigue et la récupération, pendant l'UTMB. Nous avons constaté que la fatigue était essentiellement localisée au niveau du système nerveux et que la fatigue neuromusculaire, lors d’efforts de très longue durée, semblait atteindre un plateau aux environs de 40 % de perte de nos capacités – avec une grande disparité entre les sujets. La seconde étude a montré qu'à même niveau de performances les femmes étaient moins fatiguées musculairement, c’est-à-dire qu'elles avaient une capacité de résistance à la fatigue supérieure aux hommes sur les efforts très longs. Ou alors puisaient moins dans leur ressources.

Et sur l'aspect récupération ?

Quinze jours après l’UTMB, les coureurs avaient quasiment récupéré l’intégralité de leurs capacités musculaires. Mais il existe un autre type de fatigue, qui dure plus de deux semaines. Par exemple, l entre les battements, qui témoigne de l’état de forme général du corps, Tous les signaux ne sont donc pas au vert après deux semaines de récupération. Courir l'UTMB n'est pas anodin. Cela étant dit, les résultats ont montré que le muscle cardiaque n'était, au final, pas très touché – en tout cas moins que sur des courses plus courtes et plus intenses. En témoigne le peu de conséquences sur la contractilité du myocarde.

Quelles sont les limites du corps humain ?

Il est difficile de répondre à cette question. Une chose est sûre, ce n'est ni la fatigue musculaire ni celle du système nerveux qui empêche quelqu’un de très motivé de continuer à avancer, mais le besoin de dormir. Le sommeil, c'est le paramètre ultime. Les performances cognitives (attention, vigilance, mémoire...) sont altérées par le manque de sommeil. Par exemple, sur le Tor des Géants, j'ai dormi moins de trois heures sur quatre-vingt-sept heures de course [Guillaume Millet est arrivé 3e en 2010, NdlR]. Résultat, j'ai eu des hallucinations : je ne savais plus si je courais réellement ou si je rêvais. C’était assez effrayant. Une des clés de la performance en ultra, c'est de dormir un maximum la semaine avant la course, pour emmagasiner le plus d'heures de sommeil possible. Nous avons publié une étude qui montre que dormir une heure de plus chaque nuit pendant six jours améliore les capacités cognitives et même les performances physiques. Se coucher tôt, faire des siestes, pour éviter d'être en déficit de sommeil. Tant pis pour les réseaux sociaux, ils attendront, c’est trop important d’accumuler du sommeil.

Y a-t-il des profils génétiques plus adaptés que d'autres à ce genre d'épreuve ?

En course à pied, d’une façon générale, il faut être très léger. La masse grasse, même la masse musculaire, étant un handicap – dans les montées, bien sûr, mais aussi dans les descentes : moins il y a de poids à supporter à chaque foulée, moins il y a de dommages musculaires. Toutefois, en ultra, on trouve des profils très variés. Quelqu’un comme Julien Chorier par exemple, avec ses cuisses de cycliste, ne serait qu’un coureur de 10 km modeste, même s’il se préparait pour cela, alors qu’il a été parmi les meilleurs mondiaux en ultratrail. Car être robuste en ultra est utile pour enchaîner les montées et les descentes, c’est une composante de l’endurance. Il faut aussi avoir une VO2 max [consommation maximale d'oxygène] élevée. Si vous n'avez pas les bons gènes, vous avez peu de chances de réaliser de bonnes performances, ce qui ne vous empêchera absolument pas cependant de finir l'UTMB. Quant à l'âge idéal, il n’y en a pas vraiment. En moyenne, le pic est autour de la quarantaine ; mais on a vu qu’on pouvait gagner l’UTMB à 20 ans… et à 60. Et on peut courir en ultra jusqu'à 75 ans et même plus. Quel que soit l’âge auquel on commence, tout le monde a une marge de progression de trois, quatre ans. Ensuite, le niveau stagne quelques années puis redescend doucement.