Dossier Foot : Le tabou du dopage

Si l’on s’en tient aux chiffres, le football est l’un des sports les plus préservés par le dopage compte tenu de sa force de frappe financière et médiatique. Si les contrôles n’étaient pas quasi inexistants, il s’agirait d’un grand mérite.

Le football est le sport le plus attractif, le plus riche et le plus médiatique de la planète et pourtant, il reste relativement épargné par des cas de dopage. Cette simple constatation en forme d’étonnement suffit à éveiller le soupçon. “Il y a des clubs qui dopent des joueurs à leur insu. Le club peut dire au joueur qu’on lui injecte des vitamines et celui-ci ne saura pas forcément qu’il s’agit d’autre chose. Le dopage est un problème dans tous les sports de haut niveau. Je ne dirais pas que c’est un problème majeur dans le football, mais je ne dirais pas que cela n’existe pas”. Cette déclaration du manager d’Arsenal, Arsène Wenger, alertait sur la possibilité que le dopage dans le football n’apparaisse plus seulement comme un acte isolé, mais comme une pratique organisée. Wenger décrit des joueurs présentant les symptômes d’une prise d’EPO dont la spécificité est d’accroître l’endurance. En réponse, le président de la FIFA, Joseph Blatter, a déclaré à un journal allemand qu’il n’y a pas d’EPO dans le football.

Rareté des contrôles

Si l’on ne retient que les chiffres, le nombre de cas positifs reste résiduel. Mais cherche-t-on vraiment ? Sur les 25 000 contrôles pratiqués en 2005 par la FIFA, seuls 78 ont été déclarés positifs et sanctionnés, soit 0,37 %. En France, l’Agence Française de Lutte contre le Dopage (AFLD) a réalisé 8600 contrôles en 2007 dans 56 sports. Le football représente 5,8 % des contrôles et arrive à la huitième place des sports les plus contrôlés derrière des sports aux enjeux financiers bien plus modestes comme le handball, le basket, le rugby et même le volley-ball. Sur les trois premiers trimestres de 2008, l’AFLD dénombre cinq contrôles positifs à des produits dopants dans le football. Or les contrôles de l’agence concernent l’ensemble des licenciés de la Fédération Française de Football. En clair les amateurs. Les professionnels français restent très peu contrôlés.

Lors du deuxième trimestre de l’année 2008, au moment où le championnat se termine et où les enjeux deviennent importants pour les clubs, l’AFLD n’a réalisé que 94 contrôles dans le football et n’a fait qu’une opération spéciale chez les professionnels lors de la finale de la coupe de France qui a opposé Lyon au PSG. Dans la même période, le rugby était contrôlé 246 fois avec 3 opérations spéciales dans le monde professionnel. Juninho s’insurgera même en 2006 dans le magazine So Foot contre ce manque de contrôles : “Peut-être qu’il y a des produits qui ne restent pas longtemps, que tu prends en début de semaine pour être prêt le samedi et qui disparaissent vite. (…) Mais ce n’est pas possible de ne faire des tests que deux fois par saison”. Claude Puel trouvera quand même le moyen de s’emporter contre un contrôle antidopage des joueurs de l’OL après la rencontre face au PSG au Parc des Princes alors même que ces contrôles sont assez rares.

En France, les grands scandales de dopage remontent à 1997 avec l’affaire de la nandrolone, un stéroïde anabolisant permettant d’augmenter la capacité musculaire. David Garcion (Lille), Vincent Guérin (PSG), Dominique Arribagé (Toulouse), Antoine Sibierski (Auxerre), Cyrille Pouget (Le Havre) sont déclarés positifs. Christophe Dugarry, champion du monde avec les Bleus en 1998, sera également contrôlé positif. La justice établira que, pour certains, les prélèvements étant défectueux, le dopage ne pouvait être avéré.

L’enseignement de ces affaires de dopage dans le football français, c’est qu’elles ont éclaté alors que Marie-George Buffet occupait le fauteuil de ministre des Sports où elle a laissé le souvenir d’une lutte acharnée contre le dopage. Les plus grands scandales sortiront cependant à l’étranger, et notamment en Italie.

L’affaire des “veuves du calcio” éclate dans les années 1990 à la suite d’une enquête épidémiologique qui révèlera des cancers deux fois supérieurs à la moyenne nationale chez 24 000 joueurs du championnat italien. Début 2000 apparaît le scandale de la “pharmacie” de la Juventus de Turin où l’on trouvait 281 médicaments différents ce qui correspondait à la capacité d’un petit hôpital. Le procès mettra en évidence l’administration d’EPO par le médecin du club, Riccardo Agriccola.

Médecins de la performance

Aujourd’hui, le monde du football est frappé par un autre scandale largement sous-médiatisé. La colère des médecins de clubs qui refusent le rôle de médecins de la performance. Le docteur Jean-Pierre Paclet, médecin de l’équipe de France, a mis fin à ses fonctions après avoir été publiquement mis en cause par Patrick Vieira après de soit-disant mauvais diagnostics à la cuisse. En réalité, le staff médical des Bleus se serait opposé à ce que Vieira prenne de l’Actovégin, un produit qui n’est pas prohibé par l’AMA, mais dont la vente est interdite en France. Fabrice Bryand était le médecin du FC Nantes depuis près de 21 ans avant de mettre fin à ses fonctions après avoir eu la confirmation que sa direction incitait les joueurs à consulter en dehors du club. Dans Le Quotidien du médecin, Michel Rieu, conseiller scientifique de l’AFLD, estime que les staffs techniques des clubs “n’ont de cesse de réduire les médecins qu’ils considèrent comme des gêneurs”. La tendance est à la montée des préparateurs physiques qui évoluent dans une stricte logique de performance et en dehors de cadre déontologique. “Le foot devient un spectacle. On fonce dans le mur. On met le foot en danger. Si on ne peut plus répondre au rythme infernal des compétitions par l’entraînement et la récupération, le risque est de faire appel au dopage”. C’est la voix d’un préparateur physique qui a tenu ces propos en mars 2007 dans les colonnes du journal Le Monde, celui de l’OL : Robert Duverne.

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