Jimmy Briand à cœur ouvert

Il ne s’en cache pas, s’exprimer face à la presse n’est pas sa tasse de thé. Surtout en face-à-face. Néanmoins, Jimmy Briand a accepté pour Lyon Capitale de revenir sur ses prestations lyonnaises, ses ambitions et son avenir. Confessions (Entretien paru dans le magazine Lyon Capitale du mois d'avril 2011).

Lyon Capitale : Comment jugez-vous vos performances depuis que vous êtes à l’OL ?

Jimmy Briand : À l’image de l’équipe. C’est vrai qu’au début ça a été compliqué, puis j’ai réussi à relever la tête. Je me suis mieux senti et j’ai ainsi pu enchaîner les bonnes performances. Après, le coach a fait des choix et décidé de me mettre un peu sur le banc. Je l’ai vécu tranquillement, sans me prendre la tête, et aujourd’hui j’arrive à avoir davantage de temps de jeu. J’espère faire partie du “money-time”. Je me suis reposé deux, trois mois sur le banc, maintenant je suis en pleine forme (rires).

Justement, comment avez-vous vécu cette période creuse ? Avez-vous, à un moment donné, estimé que votre situation personnelle était injuste ?

On trouve toujours injuste le fait de ne pas jouer. Maintenant, j’ai toujours gardé le sourire, j’ai continué de travailler aux entraînements. C’était un passage à vide, l’entraîneur avait décidé de faire d’autres choix pour le bien de l’équipe. D’ailleurs, on peut lui donner raison, puisque l’équipe est remontée au classement. Comme je vous l’ai dit, mon objectif, c’est d’aider au mieux le groupe.

Sincèrement, vous n’avez jamais douté ?

Non. Parce que ce n’est pas dans mon tempérament. Je n’ai pas été me plaindre à qui que ce soit : ni au coach, ni dans les journaux. J’ai compris assez vite que la seule vérité dans le sport de haut niveau, elle se passe sur le terrain. À un moment donné, il n’y a pas de secret, lorsqu’un entraîneur voit un joueur bon sur le terrain, il est obligé de l’aligner.

“Crier sur les toits que je suis maladroit devant le but, je trouve cela excessif et injuste”

À Lyon, les places sont chères...

Je ne peux pas prétendre le contraire. À Rennes, je faisais partie des anciens, des cadres. À Lyon, il n’y a que des internationaux, donc forcément il faut batailler davantage pour jouer. Ceci dit, ici la concurrence est saine. Aucun passe-droit n’existe. Si on a le bonheur de soulever le titre de champion en mai prochain, chaque joueur du groupe pourra légitiment revendiquer avoir contribué à ce succès.

Vous qui avez évolué durant de nombreuses années à Rennes, qu’est-ce qui vous a le plus impressionné en signant à Lyon ?

De prime abord, ce qui m’a impressionné, c’est l’engouement médiatique autour du club. La moindre petite affaire prend des proportions inimaginables. Ça se transforme vite en polémique. On l’a vu par rapport à ce qui été écrit ou dit sur Licha (Lisandro) et le coach. Ou comment une simple blessure à un entraînement est devenue une affaire d’État. Enfin bon, c’est comme ça. Sinon, il y a bien sûr cette obligation de résultat inhérente à tout grand club. On est attendu de partout. Toutes les équipes, lorsqu’elles jouent contre l’OL, elles se transcendent. Si je suis venu à Lyon, c’est pour vivre ça. Et je ne suis pas déçu.

Notre question va sûrement vous agacer, mais vous êtes souvent critiqué pour pécher dans la finition. On vous reproche une certaine maladresse devant le but. Estimez-vous que cela soit justifié ?

Ça ne m’agace pas du tout (sourire). Dans toutes les équipes où j’ai évolué, j’étais titulaire. Ce n’est pas seulement le fruit du hasard. Coller une étiquette, c’est facile. À la moindre occasion ratée, on va dire : “c’est normal, il est maladroit.” C’est tellement réducteur et caricatural. Je fais avec, cela ne me dérange pas. Main- tenant, je suis conscient de mes lacunes, notamment au niveau de la finition. Mais, de là à crier sur les toits que je suis maladroit devant le but, je trouve cela excessif et injuste.

Vous préférez évoluer à quel poste ?

Mon poste de prédilection, c’est avant-centre. C’est là que je me sens le mieux. Aujourd’hui, je suis amené à jouer sur les côtés. À droite, comme à gauche. J’ai appris à aimer ce poste avec Frédéric Antonetti [actuel entraîneur du Stade Rennais, NDLR]. J’y prends beaucoup de plaisir.

Comment voyez-vous votre avenir ? Souhaitez-vous un jour évoluer à l’étranger ?

J’ai pour habitude de vivre au jour le jour, encore plus après ma grave blessure*. Aujourd’hui, je suis dans le plus grand club français. Le président [Jean-Michel Aulas] répète à l’envi que son objectif est de gagner la Ligue des Champions. C’est un challenge intéressant et excitant. Après, j’ai bien sûr l’ambition d’évoluer un jour dans un club européen.

Par rapport à votre grave blessure, cela a-t-il changé votre regard de footballeur, d’homme ?
Bien évidemment ! On prend énormément de recul. Je me suis souvenu qu’il y a deux ans de ça, j’avais le genou dans le sac, je ne pouvais pas jouer. J’en parle souvent avec Pape (Diakhaté). On était ensemble en rééducation à Saint-Raphaël. Tous les deux, on n’arrivait pas à bouger notre genou. Alors là, pouvoir s’entraîner, jouer... ce n’est que du bonheur !

Quelle est votre relation avec Claude Puel ? En quoi est-elle différente de celle que vous aviez avec Frédéric Antonetti ?

Ce sont deux coachs différents. Claude Puel est un peu moins proche de ses joueurs. Je ne le lui reproche pas, car il a de nombreux internationaux dans son équipe. Il ne peut pas se permettre d’être proche de tous les joueurs, afin de ne pas éveiller des jalousies, etc. C’est un mode de travail différent mais qui convient à tout le monde. Quant à Frédéric Antonetti, c’était complètement différent. On parlait beaucoup. J’allais dans son bureau, regarder des vidéos de matchs.

Aimeriez-vous un jour retravailler avec Antonetti ?

Bien sûr. Je pense que c’est un entraîneur qui sera amené un jour à entraîner un grand club. On a noué une relation particulière. Je trouve que ce qu’il réalise avec Rennes est exceptionnel.

Vous semblez être quelqu’un de plutôt discret, qui n’aime pas spécialement être mis en lumière dans les médias...

Vous m’avez bien cerné (rires). Je n’aime pas être mis en avant, même si ça fait toujours plaisir de recevoir des louanges. En dehors du foot, je suis quelqu’un d’ordinaire, je m’occupe de mes deux enfants comme n’importe quel autre père de famille. Je suis de nature discrète, mais lorsqu’on me connaît bien, je suis quelqu’un de rigolo, qui n’hésite pas à mettre l’ambiance dans le vestiaire.

Une majorité de Français en ont plus qu’assez des dérives comportementales de certains footballeurs...

Ce sont des comportements agaçants mais qui m’indiffèrent. Si on n’a pas la lucidité de savoir d’où on vient, ce qu’on a fait pour en arriver là, je trouve ça dommage. Je suis bien placé pour savoir que l’argent, le strass et les paillettes, ça peut faire tourner les têtes. Mais personnellement, et sans juger quiconque, ce n’est pas mon monde, mon état d’esprit. Jusqu’à l’heure d’aujourd’hui, j’ai les mêmes amis et je peux vous dire qu’ils savent me recadrer lorsqu’ils le jugent nécessaire (rires).

Pensez-vous à l’après-carrière ? Vous comptez faire quoi ?

Je n’ai pas envie d’y penser pour le moment. Ça me fait un peu peur. J’espère que je resterai dans le milieu du foot car c’est ma vie, j’y ai tout consacré. Après, je n’ai pas encore réfléchi à la question. J’espère pouvoir jouer encore dix ans au haut niveau, voire plus. Tant que mes jambes suivront..

L’équipe de France, cela reste-t-il un objectif ?

Lorsqu’on y a goûté, on a forcément envie d’y retourner. Mais je ne suis pas focalisé là-dessus. Par rapport à mon expérience, mon vécu, ma blessure... mon bonheur, c’est de simplement jouer au foot. J’ai l’ambition de retourner chez les Bleus, mais soyons clair : ce n’est pas une obsession.

* Le 25 mars 2009, lors d’un banal entraînement avec l’équipe de France, Jimmy Briand est victime d’une rupture des ligaments croisés du genou gauche et d’une luxation de la rotule à la suite d’un choc avec Cédric Carrasso. Il reviendra huit mois plus tard.

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Jimmy Briand à cœur ouvert

TEASING - Il ne s’en cache pas, s’exprimer face à la presse n’est pas sa tasse de thé. Surtout en face-à-face. Néanmoins, Jimmy Briand a accepté pour Lyon Capitale (daté du mois d'avril) de revenir sur ses prestations lyonnaises, ses ambitions et son avenir. Extraits.

Lyon Capitale : Comment jugez-vous vos performances depuis que vous êtes à l’OL ?

Jimmy Briand : À l’image de l’équipe. C’est vrai qu’au début ça a été compliqué, puis j’ai réussi à relever la tête. Je me suis mieux senti et j’ai ainsi pu enchaîner les bonnes performances. Après, le coach a fait des choix et décidé de me mettre un peu sur le banc. Je l’ai vécu tranquillement, sans me prendre la tête, et aujourd’hui j’arrive à avoir davantage de temps de jeu. J’espère faire partie du “money-time”. Je me suis reposé deux, trois mois sur le banc, maintenant je suis en pleine forme (rires).

Notre question va sûrement vous agacer, mais vous êtes souvent critiqué pour pécher dans la finition. On vous reproche une certaine maladresse devant le but. Estimez-vous que cela soit justifié ?

Ça ne m’agace pas du tout (sourire). Dans toutes les équipes où j’ai évolué, j’étais titulaire. Ce n’est pas seulement le fruit du hasard. Coller une étiquette, c’est facile. À la moindre occasion ratée, on va dire : “c’est normal, il est maladroit.” C’est tellement réducteur et caricatural. Je fais avec, cela ne me dérange pas. Maintenant, je suis conscient de mes lacunes, notamment au niveau de la finition. Mais, de là à crier sur les toits que je suis maladroit devant le but, je trouve cela excessif et injuste.

Quelle est votre relation avec Claude Puel ? En quoi est-elle différente de celle que vous aviez avec Frédéric Antonetti ?

Ce sont deux coachs différents. Claude Puel est un peu moins proche de ses joueurs. Je ne le lui reproche pas, car il a de nombreux internationaux dans son équipe. Il ne peut pas se permettre d’être proche de tous les joueurs, afin de ne pas éveiller des jalousies, etc. C’est un mode de travail différent mais qui convient à tout le monde. Quant à Frédéric Antonetti, c’était complètement différent. On parlait beaucoup. J’allais dans son bureau, regarder des vidéos de matchs.

Aimeriez-vous un jour retravailler avec Antonetti ?

Bien sûr. Je pense que c’est un entraîneur qui sera amené un jour à entraîner un grand club. On a noué une relation particulière. Je trouve que ce qu’il réalise avec Rennes est exceptionnel.

Comment voyez-vous votre avenir ? Souhaitez-vous un jour évoluer à l’étranger ?

J’ai pour habitude de vivre au jour le jour, encore plus après ma grave blessure. Aujourd’hui, je suis dans le plus grand club français. Le président [Jean-Michel Aulas] répète à l’envi que son objectif est de gagner la Ligue des Champions. C’est un challenge intéressant et excitant. Après, j’ai bien sûr l’ambition d’évoluer un jour dans un club européen.

Jimmy Briand à cœur ouvert, un entretien (2 pages) à lire dans Lyon Capitale, en vente actuellement chez votre marchand de journaux ou sur lekiosque.fr.

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