Municipales : combien de villes pour le FN en 2014 ?

Ce week-end, le Front national a organisé en fanfare son université d’été à Marseille. Face à la crise et aux faits divers récents, tous les indicateurs sont au vert pour le parti de Marine Le Pen. L’ambition : conquérir une dizaine de mairies et faire élire des centaines de conseillers municipaux.

“Bienvenue à Marseille, capitale européenne de la culture, du cannabis, de la kalachnikov et du clientélisme politique.” C’est par ces mots que le local, Stéphane Ravier, candidat FN à la mairie de Marseille, a accueilli des centaines d’adhérents à l’université du Front national. Entre les affaires de corruption et les derniers homicides à Marseille, le candidat frontiste est crédité de 25 % dans les sondages, juste derrière le maire sortant, Jean-Claude Gaudin (UMP). À six mois des municipales, les cadres du Front national étaient donc tout sourire ce week-end, dans les allées du palais des Événements de Marseille. “Nous avons un double objectif : des maires, mais surtout des conseillers municipaux”, explique Nicolas Bay, délégué national aux élections. “Notre ambition, c’est de conquérir le pouvoir”, renchérit Florian Philippot, vice-président du FN.

Le modèle : une zone périurbaine entre 20 000 et 50 000 habitants

Pour la première fois depuis 1995, où le Front national avait conquis quatre villes importantes (Toulon, Orange, Vitrolles, Marignane), le parti se sent pousser des ailes : 623 candidats investis, dont 515 dans des villes de plus de 3 500 habitants. En interne, les dirigeants frontistes ont ciblé une dizaine de villes potentiellement prenables. En dehors de Marseille, où le FN pourrait ravir une mairie de secteur, les grandes villes avec leurs électorats urbains hostiles au Front paraissent compromises. “Le modèle de la ville gagnable est situé en zone périurbaine, et compte entre 20 000 et 50 000 habitants”, confie Nicolas Bay.

Des villes moyennes, où le FN a réalisé ses meilleurs scores aux présidentielles et aux législatives, situées principalement dans le sud de la France. On retrouve Saint-Gilles, Beaucaire et Vauvert dans le Gard. Dans le Vaucluse, on peut citer Carpentras, Cavaillon et Sorgues. Mais le FN mise également sur Fréjus dans le Var, ou sur Istres et Tarascon dans les Bouches-du-Rhône. Dans le reste de la France, deux autres villes se dégagent nettement : Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais) et Forbach (Moselle). En Rhône-Alpes, le FN ne devrait pas faire ses meilleurs scores. “Mais Corbas et Saint-Priest pourraient être de bonnes surprises”, estime Christophe Boudot, candidat du Front à Lyon.

Plusieurs personnalités ont déjà annoncé leurs candidatures. Le numéro deux, Florian Philippot, ira à Forbach. Steeve Briois, déjà ancré dans le Nord-Pas-de-Calais, succédera à Marine Le Pen à Hénin-Beaumont. Dans le Sud, Julien Sanchez, 29 ans, secrétaire national chargé de la communication numérique au Front, annoncera sa candidature très prochainement à Beaucaire. Le trublion médiatique, l’avocat Gilbert Collard, ira mener bataille à Saint-Gilles. À Carpentras, Hervé de Lépinau, cofondateur de la Ligue du Sud (avec Jacques Bompard, maire d’Orange), sera soutenu par la députée Marion Maréchal-Le Pen. Quant à Bruno Gollnisch, il présente aujourd’hui son local de campagne à Hyères (Var), avec Marine Le Pen. Mais il n’a, a priori, aucune chance de victoire. À 63 ans, le Lyonnais, ancien numéro deux du Front, semble fatigué. “C’est vraisemblable que je me représente aux européennes dans le Sud-Est en 2014, mais j’ai été un peu épuisé par les joies du Parlement européen”, confie le professeur de civilisation japonaise à la retraite.

Des conseillers municipaux, plus que des maires

La “vague brune”, qui risque de toucher le sud de la France aux municipales de 2014, commence à séduire d’autres partis. La charte des alliances, annoncée par Marine Le Pen la semaine dernière, va dans le sens du rassemblement à la droite de la droite, en proposant des valeurs communes : défense des petits commerçants, refus d’une hausse de la fiscalité, transparence sur les logements sociaux. Selon les comptes du FN, sur les 623 candidats investis par le Front, une quarantaine viendraient de l’UMP ou de l’UDI, et une vingtaine de Debout la République (DLR), le parti souverainiste de Nicolas Dupont-Aignan. À Béziers, l’ancien président de Reporters sans frontières (RSF), Robert Ménard, monte une liste avec le soutien de Marine Le Pen. “Le Front, c’est un tiers de notre équipe de campagne à Béziers”, confie un membre du FN, collaborateur de Robert Ménard.

Mais, pour partir à la conquête du pouvoir, le FN mise avant tout sur la formation et le recrutement des cadres. En juillet, un appel a été lancé aux fonctionnaires de catégorie A pour assurer la gestion administrative d’une municipalité. “En 1995, on n’avait pas anticipé ça. L’objectif, c’est de prouver que nous pouvons gouverner, et ça commence par les mairies”, avoue Steeve Briois. Conscients du fossé qu’il reste à combler, et plus que quelques villes gagnables, les cadres frontistes misent surtout sur des centaines de sièges de conseilleurs municipaux en 2014. “Le mandat de conseiller municipal, c’est un super terrain de formation. Le coup d’après, ils sont maires !” sourit Florian Philippot.

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