Laurent Wauquiez conseil régional région Etienne Blanc
© Tim Douet

"Laurent Wauquiez est la stéréo du FN"

Membre de la majorité LR de Laurent Wauquiez au conseil régional, Philippe Langénieux-Villard, le maire d’Allevard (Isère), a rendu sa carte du parti fin 2017. Il publie ce jeudi Le Dangereux, un livre pour “lancer une alerte” aux électeurs de la droite sur la personnalité, les méthodes et les idées de celui qui l’a “séduit” en 2014 mais qui selon lui “menace de réduire Les Républicains à un parti godillot ne marchant que pour le seul futur triomphe de son chef (…) en banalisant le Front national”. Entretien.

Lyon Capitale : Pourquoi dites-vous que Laurent Wauquiez est dangereux ?

Philippe Langénieux-Villard : Dangereux, c’est un mot fort, mais ça peut être aussi positif. Quand on dit qu’une équipe de foot est dangereuse, ça signifie qu’on la respecte et je respecte Laurent Wauquiez. Mais ça veut aussi dire qu’il faut la craindre. Il a réduit le message de la droite à peau de chagrin, c’est ce que j’essaie d’expliquer dans mon livre. Il n’a pas la personnalité adaptée pour gouverner, parce qu’il ne tolère aucun débat interne. Les réunions de groupe sont des réunions d’applaudissements. Dans le parti, il n’y a plus de courant. Aujourd’hui, le parti, c’est “il y a un chef et en rang par deux”. C’est pour ça que j’ai rendu ma carte. Il a une pratique sectaire du pouvoir, en récompensant les amitiés et en punissant les opposants. Il suffit de faire un rapport entre ce que perçoit Le Puy-en-Velay et ce que perçoit Saint-Étienne pour le comprendre. Il n’y a plus de confiance dans l’autre. Il faut toujours passer par le cabinet, par telle personne, etc. Quand, j’appelle la région pour savoir si je vais avoir telle ou telle subvention, on me répond : “Oui, vous allez l’avoir. Mais ça dépend, le président décidera demain.”

Après deux ans à la région et une campagne des régionales aux côtés de Laurent Wauquiez, pourquoi avoir écrit ce livre ?

J’ai écrit ce bouquin parce que j’ai été extrêmement choqué – et c’est un mot très faible – par l’histoire de la baisse de subvention de la Maison d’Izieu. J’étais dans la commission culture quand ça s’est produit. J’ai vu les rires fendus du FN, qui se disait : “Enfin on a quelqu’un qui fait ce qu’on lui demande.” J’ai aussi vu la gauche folle furieuse et nous, comme des cons, qui étions obligés de nous taire. On a été très surpris ; même la vice-présidente ne savait pas comment répondre. Le danger avec lui, c’est de mettre la droite à l’extrême droite de la réflexion française. Ce n’est pas parce que l’on est jeune que l’on a des idées nouvelles. Il a des méthodes assez médiévales. C’est le fait du prince pour la récompense comme pour la punition. Il a des urgences extrêmement classiques. C’est-à-dire qu’il explique que tous les problèmes viennent de l’insécurité. Quand je regarde les PV des conseils municipaux de la ville d’Alvarde de 1850, il y avait deux sujets : la sécurité, la propreté. Donc, considérer que c’est une vision moderne de la droite, je ne crois pas.

“Wauquiez c’est le FN en stéréo”

C’est sa ligne nationale que vous critiquez ?

Mon ouvrage n’est pas anti-Wauquiez au plan régional, mais plutôt anti-Wauquiez au plan national. C’est un homme qui travaille et qui mène à bien un certain nombre d’engagements. Mais, dans le même temps, il a trahi les valeurs de la droite. Il prône le repli sur soi, ce qui est contraire au gaullisme. Il prône une Europe à six et la volonté de redonner à la Russie le pouvoir sur l’Europe de l’Est. Il flatte la peur, il utilise les frustrations. Il a oublié la dimension sociale du gaullisme. Il n’a pas un mot sur la participation et la répartition entre le capital et le travail. Pas un mot sur l’éducation, la famille. Lors de la campagne pour la présidence des Républicains son objectif a été clair, ça a été de faire de la stéréo du FN.

Pour vous, Wauquiez, c’est le FN ?

Lors de la dernière session budgétaire, le 29 novembre, le Front national lui a dit : “Bienvenue chez nous.” C’est terrible d’entendre ça. Ce soir-là, je l’ai vu. Je lui ai dit : “Tu ne te rends pas compte que maintenant on en est là ?” Il m’a répondu : “Ce n’est pas parce qu’ils le disent que je le suis. Je ne ferai jamais d’accord avec le FN.” D’accord, mais on en arrive là.

Qu’est-ce qui vous a poussé à le soutenir, au début ?

Il y avait d’un côté Michel Barnier et de l’autre Laurent Wauquiez. Et Wauquiez s’y est très bien pris. Il était séduisant, car dynamique et moins clivant. On ne pensait pas que l’on serait les chercheurs d’un futur laboratoire. On pensait que l’on était là pour faire une campagne et que Wauquiez était celui qui pouvait le mieux le faire. J’insiste d’ailleurs sur le fait que dans le bouquin j’écris qu’il y a beaucoup de décisions que j’approuve. La discussion avec la SNCF, le plan Montagne, les économies et d’autres choses. D’ailleurs, j’ai voté les budgets. Mon bouquin n’est pas celui d’un conseiller régional mécontent, mais celui d’un militant du mouvement gaulliste depuis quarante ans qui dit : on va où ?

“En cachette, les élus régionaux vont venir me dire bravo”

Avez-vous eu des retours de la région ?

Officiellement, tous mes collègues de la région vont dire que ce n’est pas bien ce que je fais. Et en cachette, ils vont venir me serrer la main pour me dire bravo. Je me souviens d’une phrase de Max Gallo, qu’il avait incrustée sur son épée d’académicien : “Fais ce que tu crois être le seul à pouvoir faire.” Moi, j’ai 62 ans. J’ai été conseiller régional depuis 1986 et je n’attends plus rien. On m’a fait des propositions. On m’a dit : “Si tu n’écris pas le bouquin, tu pourrais être ceci, ou cela.” Mais moi je dénonce, point. Son arme, c’est le pouvoir, la mienne c’est la plume. J’ai écrit quelque chose de correct. Je ne dévoile aucune révélation sur sa vie privée, ni rien. Il n’y a pas d’affaires dans le livre. Mais je parle de sa ligne politique et de l’histoire de ses mensonges et ses largesses de mémoire qu’il a pu avoir.

Vous êtes toujours dans la majorité régionale, cela va-t-il être tenable d’y rester ?

J’y suis toujours, mais je ne sais pas trop comment on va m’accueillir la prochaine fois. Je n’ai pas encore eu de retours. J’ai juste vu sur Facebook qu’une conseillère régionale demandait que je démissionne. Pour être honnête, quand je suis rentré sur la liste de Laurent Wauquiez, je comptais rester à la région jusqu’en juin 2017. J’étais candidat aux élections législatives et je m’étais dit : Que je gagne ou que je perde, je partirai. Aujourd’hui, si j’y suis encore, c’est parce que j’ai écrit ce livre. Je reste parce que je dois rester vigilant sur ce qu’il se passe au conseil régional. Quand on me dit qu’il faut démissionner, je trouve que c’est les règles du fascisme : “Tu n’es pas d’accord avec moi, alors tu sors.” En politique, il ne faut pas être brutal, mais solide. Qu’il y ait une solidarité de la majorité régionale, c’est logique. Mais il faut voir jusqu’à quel point c’est supportable.

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