Alexandre Vincendet, dans son bureau à la mairie de Rillieux-la-Pape, en 2015 © Tim Douet
Alexandre Vincendet, dans son bureau à la mairie de Rillieux-la-Pape, en 2015 © Tim Douet

Démission de Wauquiez : “On se fourvoie sur un créneau ultraconservateur”

Laurent Wauquiez a annoncé ce dimanche soir sa démission de la présidence du parti Les Républicains après son échec aux élections européennes. Pour le président départemental de ce parti, Alexandre Vincendet, maire de Rillieux-la-Pape, la droite “se fourvoie sur un créneau ultraconservateur” et doit redevenir “gaulliste” en parlant à l’électorat populaire. Entretien.

Lyon Capitale : Comment réagissez-vous à la démission de Laurent Wauquiez ?

Alexandre Vincendet : Premièrement, il faut saluer ce choix. La situation était extrêmement difficile au sein de notre famille politique depuis les européennes, avec double siphonnage sur notre droite et au centre. On n'a pas réussi à devenir un parti d’alternance crédible et la situation était devenue intenable localement, avec le risque qu’un groupe dissident soit créé à l’Assemblée nationale. Donc, il faut saluer la responsabilité de Laurent Wauquiez.

Vous parlez de “double siphonnage”. Comment exister aujourd’hui entre En Marche et le Rassemblement national ?

Aujourd'hui, il faut reconstruire depuis la base, avec les maires issus de la vague des maires de 2014. Il y a les municipales qui se préparent. Notre parti doit redevenir la grande famille politique qui est fondatrice de la Ve République. Pour la démocratie, on ne peut pas se satisfaire de n'avoir que deux partis qui s'affrontent. Macron joue aux apprentis sorciers en installant Marine Le Pen. Il part du constat que, s'il est face à Marine Le Pen, il gagnera à chaque coup. Mais, s’il échoue, on aura les extrêmes au pouvoir en France.

Politiquement, comment cela peut-il se traduire ?

La droite se fourvoie sur un créneau ultraconservateur. Il faut que la famille gaulliste redevienne un parti de gouvernement, en ne laissant personne sur la route. Nous devons être une droite moderne. Il faut parler d'écologie, d'insertion, de réhabilitation du travail, de développement économique. Il faut parler à la jeunesse, parler d'éducation, d'égalité des chances, d’autorité de l’État – qui a été très malmenée par Emmanuel Macron depuis six mois. Ces questions, on les traite localement, mais elles étaient absentes du débat national. Le gaullisme, c'est un parti de gouvernement de droite et de centre-droit, mais aussi un parti qui fait voler les clivages. C'est ce que Chirac et Sarkozy ont réussi à faire. Il ne faut pas se positionner par rapport à tel ou tel. Soyons nous-mêmes.

Ce constat, Laurent Wauquiez n’a pas pu le faire lui-même avant ?

L’élection européenne est un énième rebondissement après la défaite de François Fillon. L'idée [de la campagne, NdlR], c'était de remobiliser un électorat séduit à l'époque par Fillon. Force est de constater que cet électorat est parti chez En marche et au RN. On doit devenir un grand parti populaire. Quand on séduit les classes populaires, on gagne et on rassemble. Les ouvriers avaient voté pour Nicolas Sarkozy et Jacques Chirac. Aujourd'hui, on fait 3 % chez les ouvriers.

Vous êtes vous-même candidat à l’élection métropolitaine à Lyon. Qu’est-ce que ce départ vous oblige à changer ?

Pour les métropolitaines, soit on fait le bal des egos et on dit “moi, moi, moi d’abord”, soit on se pose et on ne s'interdit pas d'être plus humble. Selon moi, il faut se reposer sur les maires et municipaliser l’élection métropolitaine par rapport à des enjeux territoriaux. À mon sens, il faut d'abord investir nos maires et s'appuyer sur eux. On ne peut pas faire comme si de rien n'était. Et je le dis moi-même alors que je suis candidat pour être tête de file. Évitons peut-être de mettre tel ou tel en avant. Peut-être qu’en travaillant plus collectivement, en partant des territoires, on a plus de chance d’y arriver. Moi, je suis prêt à changer nos habitudes.

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