Silicone vallée

Une poupée en silicone à taille humaine vendue comme un quelconque produit de base sur Internet, voilà le quotidien d’une jeune société lyonnaise. Entre innovations technologiques et fantasmes inavouables, femme de substitution ou gadget branché, le débat reste ouvert et le marché porteur.

Le business du sexe connaît rarement la crise. Et la société lyonnaise Doll Story a trouvé une niche porteuse sur un marché de consommateurs relativement réduit à la vue du prix du produit : des poupées en silicone réalistes au squelette articulé avec une entrée de gamme à 5900 euros. “On a lu un article dans Max Magazine qui parlait de l’existence de ces poupées et, après une étude de marché, on s’est rendu compte qu’un européen, pour acheter un modèle, devait commander en direct au Japon ou aux États-Unis, avec toutes les contraintes linguistiques, pratiques et douanières que ça entraîne”, nous explique Siham Ben Mohad, responsable marketing, de la société.

En février 2006, avec un contrat d’exclusivité pour toute l’Europe en poche, Doll Story est constituée et distribue sur le vieux continent des modèles issus de l’unique entreprise japonaise du genre. Aujourd’hui, après un peu plus de deux ans d’exploitation, une poupée est vendue tous les quinze jours par le biais de la société, mais Doll Story ambitionne de rapidement doubler ses ventes. Siham Ben Mohad aime à rappeler que la fabrication de ce produit reste un travail artisanal. Deux poupées par jour sortent des ateliers tokyoïtes et la fabrication d’une seule d’entre elles représente une centaine d’heures de labeur. Un travail d’orfèvre qui connaît des ramifications parisiennes puisque pour 12 000 euros, à l’aide de photographies, des visages sur mesure sont réalisés…

Entre fantasme et art déco

Doll Story s’adresse à tous types de clientèle : des peintres, des sculpteurs, des photographes qui veulent les utiliser en modèle, mais également des couples qui l’utiliseraient en déco ou comme objet sexuel et, bien entendu, des célibataires. “Les gens qui achètent ces poupées ont les moyens. Personne ne prend de crédit pour en avoir une. Pour ceux qui les utilisent sexuellement, ils ont tous conscience que ça reste un plaisir solitaire. C’est de la masturbation évoluée. On n’est pas dans une relation de couple. On est clair avec nos clients”, précise Siham Ben Mohad. “Cela reste un objet, ça ne se substitue pas à une femme. Cela peut-être perçu plutôt comme du fétichisme. Les gens prennent plaisir à les habiller, à les installer, à les positionner. Mais on refuse les demandes farfelues”. La société ne badine pas avec son image, la poupée n’est d’ailleurs pas distribuée en sex-shop. “On ne veut pas qu’elles soient vendues à côté de vulgaires poupées gonflables. Ce n’est pas la même gamme, c’est incomparable !”.

Le mythe de la femme objet ?

Si l’utilisation des sex-toys est entrée dans les mœurs, celle des poupées soulève encore de nombreux tabous et réveille pas mal de velléités en lien avec une certaine image véhiculée de la femme soumise et docile. Mais la responsable marketing de la firme fait la part des choses. “Pour moi, ce n’est pas une femme objet, c’est juste un objet qui est très joli. Je trouve ces poupées élégantes. Chez les concurrents, elles sont souvent vulgaires, de véritables sex-dolls. Là, ça n’a rien à voir, ce n’est pas un objet qu’on cache dans le placard. C’est vraiment un objet de déco qu’on assume.

Certains les mettent dans leur salon pour choquer les invités”. Mais personne n’est dupe. L’utilisation de ces poupées à des fins sexuelles reste une évidence. Les innovations prévues pour 2010 tendent par ailleurs à confirmer que le rapport charnel reste au cœur des préoccupations chez le fabriquant. Leur peau sera chauffée, un léger mouvement de respiration ainsi que quelques gémissements de rigueur viendront apporter un peu plus de réalisme aux poupées, accompagnés d’yeux véritablement mobiles pour suivre les déplacements des convives… Bref, les prémices du parfait androïde à vocation sexuelle.

www.dollstory.eu

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