Rencontre : Melody Gardot, le jazz à fleur de peau

Double disque d’or, six fois disque de platine, la chanteuse de jazz américaine fait, à 28 ans, l’unanimité chez les critiques et le public. Celle qui préfère les lumières tamisées sera aux Nuits de Fourvière le 26 juillet. Lyon Capitale l'a rencontrée.

Des notes de piano s’esquissent derrière la porte. Mélody fait ses gammes. Très accueillante, elle ne laisse pas le choix à ses invités : elle leur fait la bise. Vêtue d’une veste en cuir, cachée par ses traditionnelles grandes lunettes noires et son éternelle canne à la main, l’artiste demande à être proche de la fenêtre. Plus près du soleil. “Après avoir vécu au Brésil et au Portugal, on finit par s’attacher au soleil, tu vois.” La voix, très douce, efface le tutoiement immédiat.

À peine assise, la jeune femme évoque ses voyages, la beauté de la ville de Lyon, son amour pour la France et le français. Difficile de l’interrompre, car elle répond déjà sans le vouloir aux questions. Une simplicité telle qu’il est facile d’oublier que la jeune Américaine est déjà, à 28 ans, double disque d’or, six fois disque de platine et qu’elle a fait une tournée mondiale à 25 ans. Et qu’elle parle couramment français.

Sauvée par la musique

Pourtant, sa vie aurait pu être complètement différente. À 19 ans, elle frôle la mort de très près. Une camionnette qui brûle un feu rouge la heurte de plein fouet alors qu’elle roule à bicyclette. Elle s’en sort miraculeusement, mais reste alitée pendant un an. “J’ai dû tout réapprendre : à parler, à manger, à me brosser les dents.” Un accident qui donne une sensibilité extrême à ses yeux et à ses oreilles. La seule musique qu’elle pouvait écouter à cette époque, c’était le mythique album de Stan Getz et Carlos Jobim, The Bossa Nova Years. Tout le reste, trop fort, ne convenait pas à ses oreilles trop sensibles. Aujourd’hui, elle se déplace toujours avec sa canne et ses lunettes.

La jeune chanteuse a gardé une sensibilité à la lumière et au bruit, ce qui donne de fait une ambiance particulière à ses concerts, où douceur et lumières tamisées sont de rigueur. Celle que l’on compare souvent à Diana Krall ou Billie Holiday ne se décourage pas. Ses douleurs au dos l’empêchent de jouer au piano qu’elle a pratiqué durant de longues années ? Coincée sur son lit, elle apprend la guitare. Worrisome Heart, son premier album, remporte un succès critique et public étonnant. Mais c’est My One and Only Thrill qui la mettra définitivement sous les feux des projecteurs, confirmant un succès critique et populaire de plus en plus rare aujourd’hui. Surtout dans un monde aussi élitiste que le jazz.

“En France, je me suis sentie chez moi”

Le secret de sa réussite et de cette aura envoûtante que beaucoup lui prêtent ? D’interminables voyages dans différentes parties du monde, selon elle, et un intérêt particulier pour toutes les religions qu’elle a pu côtoyer. Avec une préférence marquée pour le bouddhisme. “Quand tu regardes toutes les religions et leur fond, il y a une chose qui est la même partout : aimer son prochain et prendre soin de lui. Les gens l’oublient trop souvent. Chaque religion a ses particularités, mais elles ont toutes un message commun, universel.” Celle qui se dit citoyenne du monde reste persuadée que le fait d’être ouverte à ces différentes spiritualités lui a permis d’avoir un regard autre sur le monde et une musicalité unique. Que l’on retrouvera sans doute sur son quatrième album, déjà en route, qui devrait sortir cette année.

Cela fait trois ans que l’artiste n’a plus de chez elle et passe d’hôtel en hôtel. Quelle sera sa prochaine destination ? “Tu sais, la première fois que je suis venue en France, je me suis sentie chez moi. Je l’ai senti dans mon cœur, au plus profond de moi-même. Les odeurs, les gens, la gastronomie… Si j’ai un endroit où j’aimerais vivre définitivement, c’est ici.” C’est le pire qu’on puisse souhaiter à la France.

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Melody Gardot. Le 4 avril, à 20h, Salle 3000 (Cité internationale). Et le 26 juillet, dans le cadre des Nuits de Fourvière.

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2 commentaires
  1. jpd01 - 28 mars 2013

    J'aurais bien aime la voir et surtout l'entendre mais a 42€ la place...

  2. Janus - 29 mars 2013

    Pour jpd01:sur le site de Jazz Radio il y a des places de spectacles à gagner dont Melody Gardot. Bonne chance.http://www.jazzradio.fr/news/concours

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