Jean-Pierre Jeunet et Marc Caro nous font entrer dans leur univers.

Musée miniature et cinéma à Lyon : l’univers de Caro et Jeunet à découvrir

La nouvelle exposition temporaire accueillie par le musée Miniature et Cinéma de Lyon replonge le visiteur dans l’univers poétique du “Fabuleux Destin d’Amélie Poulain”, mais aussi dans celui du fantastique “Alien – La résurrection”.

Le nain de jardin d’Amélie Poulain, les costumes d’Un long dimanche de fiançailles, Irvin de La Cité des enfants perdus, le costume d’Alien – La résurrection, l’enseigne-cochon de Delicatessen. Ces objets des films réalisés par Marc Caro et Jean-Pierre Jeunet témoignent de l’importance qu’ils accordent à chaque détail. Leurs univers graphiques, issus de la bande dessinée pour l’un et des films d’animation pour l’autre, revivent à travers une exposition au musée Miniature et Cinéma de Lyon. Ces curiosités cinématographiques et des planches de storyboard sont à découvrir jusqu’au mois de mai prochain.


Entretien avec Marc Caro et Jean-Pierre Jeunet


Lyon Capitale : Comment cette exposition est-elle sortie de terre ?

Jean-Pierre Jeunet : Comme je garde beaucoup d’objets, il y en avait pas mal dans mon bureau. Je voyais la tête des gens quand ils venaient et je trouvais dommage de ne pas partager. J’ai eu l’idée d’en faire une exposition, mais cela a pris deux ans et demi pour retrouver plein d’autres choses et convaincre les gens de nous les prêter. Une première exposition s’est déroulée à la halle Saint-Pierre à Paris. Elle a rencontré un grand succès. Puis Dan Ohlmann, le patron du musée Miniature et Cinéma, m’a proposé de restaurer mon Alien, qui tombait en ruine, et de poursuivre l’exposition ici. C’était un double cadeau pour moi !

La restauration de cet objet était-elle importante pour vous ?

JP Jeunet : C’était purement pratique. Mais j’étais content de venir dans ce musée, aux côtés de toutes les miniatures. J’ai moi-même des boîtes de scénaristes miniaturistes – Charles Matton, Ronan-Jim Sévellec – et une boîte que j’ai achetée à Laurie Courbier. Et c’est elle qui a fait la mise en situation de cette exposition. Donc tout ça se rejoint !

Les objets deviennent des personnages dans les films de Jean-Pierre Jeunet, à l'image du nain de jardin dans “Le Fabuleux Destin d'Amélie Poulain” © Flora Chaduc

Exposer ces objets, est-ce une façon de témoigner de ce qu’ils représentent dans vos univers ?

JP Jeunet : Il y a très peu d’expositions de cinéma où il n’y a pas besoin d’explications. C’est Thierry Frémaux, le directeur du festival Lumière, qui disait ça : très peu de cinéastes peuvent se targuer de proposer un cinéma suffisamment visuel pour qu’une exposition se contente des objets représentatifs. C’est la pantoufle de verre, les bottes de sept lieues... Ce sont des personnages, pas seulement des décors.

Marc Caro : C’est Excalibur que l’on sort de l’enclume. En France, on n’est pas nombreux à tout storyboarder dans nos films. Même au niveau mondial, ce sont seulement quelques séquences qui sont dessinées. Nous, toutes les séquences, tous les plans, passent au storyboard. Il y a une vision très graphique du cinéma dans nos films. D’abord parce que l’on vient de l’animation et de la bande dessinée, ensuite parce que l’on aime le cinéma visuel. Nos références, ce sont Sergio Leone ou Stanley Kubrick.

Lors du tournage, chaque objet avait-il été pensé avec une fonction ?

M. Caro : Ils font partie de l’histoire. Il y en a, ce sont carrément des personnages. C’est comme pour les comédiens : le costume, les coiffures, le décor, l’environnement, les accessoires qu’ils utilisent, etc., tout ça fait partie du film. Quand le spectateur commence à s’attacher à “la lumière était belle”, “ils jouaient bien”… c’est que l’on a raté un peu son coup. Alors que lorsque le spectateur ne sait plus quoi dire, cela signifie que c’est un univers qui a été présenté.

JP Jeunet : Lors de l’exposition à Paris, les visiteurs disaient “Quel travail ça représente !” De voir les objets, ils se rendaient compte qu’il avait fallu les fabriquer, les penser, les dessiner… C’est tellement d’étapes !

Parmi les objets exposés, Irvin, de “La Cité des enfants perdus” © Flora Chaduc

Aujourd’hui, beaucoup de décors sont créés en images de synthèse…

JP Jeunet : C’est l’intérêt d’un musée comme celui-ci, et de cette expo. Il y aura de moins en moins d’objets réalisés de cette façon. On n’a aucun mépris pour les images de synthèse, puisque l’on a été les précurseurs avec La Cité des enfants perdus. Des logiciels ont été développés pour nous, pour ce film. Mais après, il ne reste que des images, il n’y a rien à exposer.

M. Caro : C’est vrai que l’on a eu l’immense chance de faire l’un des derniers grands films de studio avec La Cité des enfants perdus. Le décor était absolument incroyable, ça n’existera plus jamais. En France, je ne vois pas comment il serait possible de refaire un tel film dans ces dimensions-là. Ce sera fait en numérique. À un moment, on ne pouvait faire les choses que d’une seule manière, en construisant. Aujourd’hui, on peut réaliser des choses avec un degré de réalisme fort. On ira vers ce qui coûte le moins cher.

En ressortant ces objets, cela vous rappelle-t-il tout le travail derrière chaque film ?

JP Jeunet : Bien sûr ! Dans cette exposition, on fait un tour de nos travaux, avec un détour par Hollywood pour les décors d’Alien. C’est marrant. Et à la halle Saint-Pierre à Paris, c’était central. Je faisais un tour sur moi-même et en quelques secondes je voyais quarante ans de boulot. Donc c’est émouvant. À Paris, la première fois que j’ai vu l’exposition, j’étais à la recherche de ce qui n’allait pas (rires). Ici aussi d’ailleurs, mais il n’y avait que quelques petites bricoles. Ici, c’est bien chiadé. À l’image de Dan, qui réalise des miniatures, car cela demande d’être minutieux.

M. Caro : Je trouve ça super. Il y a une différence avec l’exposition à Paris, qui était dans une autre ambiance. Ici, c’est un petit écrin qui se place vraiment bien dans toute l’architecture du lieu. Je ne connaissais pas du tout le musée, je le découvre et je découvre Dan. Je vois la cohérence qui s’est faite entre ses miniatures et nos travaux. C’est normal que ce soit ici.

Jean-Pierre Jeunet et Marc Caro au musée Miniature et Cinéma (Lyon 5e) © Flora Chaduc

Avoir une exposition qui retrace vos travaux, est-ce flatteur ?

JP Jeunet : Il y a un petit côté “maintenant on est au musée” ! Non, mais on espère quand même réussir à faire un ou deux autres films…

M. Caro : C’est aussi ce que disait Claude Lelouch [présent au festival Lumière 2018, pendant lequel a eu lieu notre entretien avec JP Jeunet et M. Caro] : le vrai juge, c’est le temps. Le premier long-métrage, on l’a fait il y a vingt-sept ans. Et se dire que ça marche encore, que les gens se marrent aux conneries que l’on a mises sur la pellicule, c’est sûr que ça fait plaisir. Il y a tellement de films qui sont oubliés… Quand on les a tournés, on les a faits du mieux possible. Quand, en plus, cela a un vrai impact sur les gens, qu’ils se les approprient... forcément, c’est gratifiant.

L’exposition permet-elle de prolonger l’histoire de ces films finalement ?

M. Caro : On se dit qu’il y a peut-être des gens à qui l’exposition donnera envie de voir les films. Il y a plein de gens qui n’étaient pas nés lorsqu’ils sont sortis. Ce sont des vieux films. Et peut-être qu’en voyant des objets, cela peut être une découverte, peut leur donner envie de les regarder.

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