Haute résilience groupe Entorse Festival Sens dessus dessous 2016
© Virginie Meigné

Maison de la danse : Sens dessus dessous, mais rien à jeter !

Drôle, jeune, magique, néo-classique, hip-hop, expérimentale, dangereuse, politique, théâtrale, hybride et débridée... La danse est à la fête en ce mois de printemps avec le programme enthousiasmant de la Maison de la danse. Il n’y a rien à jeter ! Après Maguy Marin et les ballets Trockadero, branlebas, c’est le festival.

Vader – Chorégraphie de la Cie Peepging Tom © Herman Sorgeloos

© Herman Sorgeloos
Vader – Cie Peepging Tom.

Pour sa 4e édition, le festival “Sens dessus dessous” reprend sa place avec de jeunes artistes mais aussi de surprenantes ou imposantes créations.

Engagement belge

Si les chorégraphes français actuels sont plutôt avares de sujets sociétaux, les Belges n’hésitent pas à en traiter avec des formes où l’engagement physique côtoie la dérision et le fantasme. Vader (Père), de la compagnie belge Peeping Tom, trouve son ancrage dans la salle des pas perdus d’une maison de retraite dont la seule fenêtre est en hauteur, traçant une ligne entre la vie et la mort sur laquelle danse un vieil homme. Dans un décor au vide abyssal, la figure du père est soumise aux représentations que nous nous en faisons, sans oublier la question du vieillissement, le corps en déclin, avec un personnage qui réussit à extraire de sa sénilité une folie qui sème vie et pagaille dans le groupe.

Haute résilience – Chorégraphie du groupe Entorse © Virginie Meigné

© Virginie Meigné
Haute résilience – Chorégraphie du groupe Entorse.

Samuel Lefeuvre est ce chorégraphe qui secoue d’une manière quasi effrayante en (mal)menant son corps vers des blessures imminentes. Issu d’une certaine mouvance belge (Platel, Peeping Tom), son travail recherche une tension poussée au maximum sur le plateau. Et il va loin, très loin. Considérant son corps comme une matière infinie, pouvant se tordre et s’étirer dans une prise de risque incroyable. Pour lui, un danseur est un amas organique avec à l’intérieur une force qui pousse ce tas de chair à tout faire pour recouvrer sa forme d’origine. Entre force vitale et pulsion de vie, le corps est en résonance avec la puissance de la musique. Accompagné sur scène par la musicienne Raphaëlle Latini, il revient avec Haute résilience, conçu comme un prolongement de sa précédente pièce, Accidens (ce qui arrive), qui expérimente la notion de résilience.

Curiosité lyonnaise

Hippopotomonstrosesquippedaliophobie – Collectif Es © Gilles Aguilar

© Gilles Aguilar
Hippopotomonstrosesquippedaliophobie

Les danseurs du collectif Ès sont lyonnais et le titre à rallonge de leur pièce est à coucher dehors : Hippopotomonstrosesquippedaliophobie (peur des mots trop longs). Ce sont deux filles et un garçon qui ont fait le pari d’être à la fois créateurs et interprètes afin d’explorer le travail collectif. Sur fond de portés, de chutes, de courses, d’enroulements au sol ou à la verticale, ils se mesurent à tout un tas de peurs et d’obsessions qui se transforment en phobies. Le rythme est énergique, rapide, maîtrisé, ponctué d’humour et nous entraîne dans les boucles d’une bande-son qui passe de la musique napolitaine du XVIIe à Dalida !

Noé et le magicien mentaliste

Découvert lors de la dernière Biennale, Noé Soulier fait un peu figure d’ovni au sein de la jeune danse actuelle. Ayant poursuivi à la fois des études de danse (notamment chez PARTS à Bruxelles, l’école créée par Anne Teresa De Keersmaeker) et de philosophie, il expérimente la manière dont les gestes sont perçus et interprétés à travers de multiples dispositifs : chorégraphie, installation, essai théorique et performance. Dans son solo Mouvement sur mouvement, il dansait un passionnant discours sur le mouvement pour éprouver le sens de la présence de ce corps sur scène. Il revient avec Removing, une pièce pour six interprètes qui explorent des mouvements définis par des buts pratiques (frapper, éviter, atteindre) et qui concernent directement le public...

Removing – Chorégraphie de Noé Soulier © Chiara Valle

© Chiara Valle
Removing – Chorégraphie de Noé Soulier.

Après lui, on retrouve le mentaliste Thierry Collet avec Je clique donc je suis, qui questionne le pouvoir exercé par les nouvelles technologies sur nos vies. Et cela promet d’être surprenant car l’artiste fait un parallèle entre ses techniques de mentaliste et le fonctionnement du moteur de recherche Google qui, tout en laissant croire à une forme de liberté, traite et revend des données personnelles. “Internet est un domaine où l’on ne fait pas bien la différence entre ce qu’on croit et ce qu’on sait, dit-il. Je donne l’impression à mes spectateurs que leurs choix sont libres alors qu’ils sont restreints tandis que Google choisit les réponses qu’il donne à nos recherches selon notre “profil”.”

3 femmes en solos

De gauche à droite et de haut en bas : Meytal Blanaru, Jann Gallois et Mélanie Lomoff © Leif Firnhaber / Gilles Vidal / DR (montage LC)

© Leif Firnhaber / Gilles Vidal / DR (montage LC)
De gauche à droite et de haut en bas : Meytal Blanaru, Jann Gallois et Mélanie Lomoff.

Trois femmes sont à l’honneur avec trois solos dans un même programme. De formation d’abord classique, Mélanie Lomoff a un parcours multiple qui l’a conduite à collaborer avec Platel, Karine Saporta ou le duo Hervieu-Montalvo. Sa pièce Three Studies of Flesh (for a Female) s’inspire de l’œuvre de Francis Bacon et des sensations qui s’en dégagent avec ses figures et créatures hybrides. Elle utilise des chaussons de pointe qui évoquent les membres-prothèses chez Bacon et s’en sert comme un élément de contrainte qui façonne la transformation de son corps.

L’Israélienne Meytal Blanaru s’est inspirée d’histoires d’enfants sauvages ayant passé les premières années de leur vie sans aucun contact humain. Avec Aurora, elle se demande quelle est la part la plus importante entre ce qui vient de nous et ce qui vient des normes de la société dans notre construction individuelle.

On découvrira pour finir Jann Gallois, artiste passionnée de hip-hop dont l’écriture s’imprègne aussi de théâtre. Sa pièce P=mg (formule physique du poids) expérimente l’apesanteur avec ce corps aspiré par le bas, vers la terre ; une apesanteur qui nous détourne de nos objectifs ou freine nos avancées dans la vie. Il sera question de corps en résistance, de corps à la force déployée pour se surpasser et vaincre les obstacles que l’on se donne soi-même.

Festival “Sens dessus dessous” – Du 15 au 19 mars, à la Maison de la danse.
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