Le journal d'une baby-sitter

Le journal d'une baby-sitter **
De Robert Pulcini et Shari Springer Berman. Avec Scarlett Johansson, Laura Linney, Paul Giamatti...
Comédie dramatique.
Etats-Unis. 1h44.

Annie Braddock est une jeune femme d'origine modeste, tout juste sortie du collège et passionnée d'anthropologie. Pressée par sa mère d'entrer dans la vie active, elle obtient un poste de nounou dans une famille huppée de l'Uppet East Side New-Yorkais, les X. Un monde insoupçonné s'ouvre alors à elle, exotique et déroutant, semé de pièges et d'embûches.

Le journal d'une babysitter, c'est Mary Poppins dans le monde impitoyable et superficiel du Diable s'habille en Prada. C'est aussi un peu les ch'tis à l'envers : on y suit en effet une jeune femme du New Jersey (l'équivalent du purgatoire pour tout New-yorkais) perdue dans la jungle hostile et sauvage de l'hyper-bourgeoisie de l'Upper East Side de Manhattan (le Neuilly de la Grosse Pomme). Pour cette jeune femme d'origine modeste le choc culturel est à peu près le même qu'il le serait pour un indien d'Amazonie lâché à Ibiza. C'est du moins ce qu'essaie d'avancer le film. Pas assez, malheureusement, car si l'idée est de nous présenter, à travers les yeux d'Annie, la haute société new-yorkaise comme soumise à une étude anthropologique (le film, qui cite Margaret Mead, débute au Musée d'Histoire Naturelle et présente la grande bourgeoise new-yorkaise comme un produit de l'évolution), il ne va pas au bout de son idée. Et tout en caricaturant ses personnages (la copine black toujours de bon conseil, le mari businessman, le voisin séduisant au charme hygiénique), finit par céder aux facilités de la comédie romantique téléphonée. Comme à la morale familiale hypocrite à l'américaine (l'argent ne fait pas le bonheur, manger du beurre de cacahuète avec ses enfants, si). Le prétexte du film d'abord, est pour le moins improbable : Annie accepte un emploi de nounou parce qu'elle ne sait pas qui elle est. Soit. L'ensemble n'est certes pas déplaisant : Scarlett Johansson se démène comme un beau diable en Anne Hathaway bis (l'héroïne du Diable s'habille en Prada) et serait de toute façon craquante dans le rôle d'un verre à dents. Mais si on ajoute Laura Linney et un Paul Giamatti sous-utilisé on se dit que ce film use beaucoup de talents pour pas grand-chose. Car la satire sociale échoue sans surprise à nous dévoiler sa " thèse " anthropologique, résumée en quelques clichés à l'entame du film. Au final, donc, Le journal d'une baby-sitter n'est jamais aussi poétique que Mary Poppins, ni aussi mordant que Le Diable s'habille en Prada. Et reste dans le ventre mou d'un nouveau genre cinématographique, la comédie new-yorkaise, qui cherche à ce point à saisir l'air du temps qu'il finit bien souvent par brasser du vent.

Kevin Muscat

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