Lyon Capitale n°160 du 03/03/1998
@Lyon Capitale

Il y a 20 ans : Marie-Madeleine et le péché de gourmandise

IL Y A 20 ANS DANS LYON CAPITALE – L’expression “cadeau empoisonné” prend soudainement tout son sens ! Une octogénaire est accusée d’avoir surdosé des éclairs au chocolats, fraichement offerts à ses voisins de palier, de tranquillisants. De quoi laisser un arrière-gout aigre-doux en bouche…

Lyon Capitale n°160 du 03/03/1998, © Lyon Capitale

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Lyon Capitale n°160 du 03/03/1998, © Lyon Capitale

On nous aurait menti pendant tout ce temps, Mamie gâteau n’est pas le messie de la gourmandise, mais plutôt une veuve noire… Nouvel an 96, Marie-Madelaine Perrin, quasi-octogénaire, pensait devenir Mamie hosto en empoisonnant des éclairs au chocolat offerts à ses voisins de palier. Car, s’ils pensaient fêter le bonne année une pâtisserie en bouche, Réné Michaud et ses colocataires finiront, malgré eux, à la case urgences. La petite histoire emmènera la poignée de protagonistes devant le tribunal correctionnel de Lyon où Marie-Madeleine est jugée pour avoir intoxiqué ses pairs. Petit hic toutefois, la vieille dame dit aimer monsieur Michaud “comme son mari”. Vient alors une théorie d’autant plus croustillante que les faits, celle de la jalousie maladive…

Lyon Capitale n°160 du 03/03/1998, p. 3 © Lyon Capitale

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Lyon Capitale n°160 du 03/03/1998, p. 3 © Lyon Capitale
Un article de Lyon Capitale n°160, paru le 3 mars 1998, signé par Sandrine Boucher

Marie-Madeleine et le péché de gourmandise

Mamie gâteau, mais pas gâteuse, la Croix-Roussienne Marie-Madeleine Perrin, 79 ans, a-t-elle tenté d'empoisonner son voisin avec des éclairs au chocolat bourrés de tranquillisants ? Les faits sont aussi têtus que la vieille dame qui damait son innocence vendredi dernier, devant le tribunal correctionnel de Lyon.
L’affaire présentée vendredi dernier devant le tribunal correctionnel de Lyon a de quoi nourrir un croustillant petit polar. Voici, en guise de décors, un huis clos de palier dans un immeuble croix-roussien, 11, rue de l'Alma. Dans le rôle de l'accusée, Marie-Madeleine Nenny, veuve Perrin, une vieille dame à l'aimable visage rond et à la vivacité intacte malgré ses 79 printemps. Dans celui des victimes, René Michaud, voisin de palier tétraplégique de la mamie, de 7 ans son cadet, et son infirmière, Simone Blanc. Enfin, dans celui de l'arme du crime, deux innocents éclairs au chocolat gentiment déposés devant la porte de monsieur Michaud le soir du 31 décembre 1996 et additionnés préalablement d'une dose de tranquillisant qui, ce soir-là et le lendemain, envoie les gourmands fêter la nouvelle année à l'hôpital. L'incident est d'autant plus étrange qu'en mars 1996, le malheureux voisin tombe déjà malade après avoir absorbé une dose massive du même produit. Mais ce n'est qu'après cette seconde et double intoxication qu'une enquête a lieu. Les soupçons se dirigent alors rapidement du côté de Maryse Guillet, l'auxiliaire de vie qui s'est mise bénévolement au service de l'invalide. En guise de remerciement pour ces soins quotidiens, René Michaud lui a cédé son appartement en viager et vient de souscrire à son bénéfice une assurance-vie. Un mobile en or. Maryse Guillet se retrouve en garde à vue alors que journalistes et enquêteurs trouvent en la personne de la "vieille dame d'à côté" une interlocutrice de choix qui a beaucoup de choses à dire... Trop certainement. Une fois que l'auxiliaire de vie, qui possède un alibi en béton, a été innocentée, on s'intéresse de près à la bavarde.

7 boîtes de tranquillisants

Celle qui ouvre si facilement son cœur à la presse se révèle beaucoup plus coriace quand il s'agit d'ouvrir sa porte aux policiers venus perquisitionner. Et pour cause : ils trouvent dans un tiroir de sa commode 7 boîtes du tranquillisant. Prescrit à qui ? Et qui aurait mangé ces fameux éclairs ? À l'audience, la prévenue, incarcérée à Montluc depuis un peu plus d'un an, multiplie les digressions dans lesquelles "Maryse" revient souvent et change de version à chaque fois qu'on lui démontre que ce qu'elle avance ne résiste pas à la logique. Elle ne perd pourtant jamais son assurance cocasse, et, sur le ton de l'évidence, se pose même en donneuse de leçons : "Comment peut-on introduire une dose massive de cachets dans un éclair au chocolat et que cela passe inaperçu ? Ce n'est plus du chocolat, c'est du plâtre ! rétorque-t-elle aux questions du président du tribunal. "Je ne vois pas du tout ce que cela pourrait me rapporter que monsieur Michaud soit malade. L'est très gentil cet homme, très croyant, très intelligent..." Elle l'aime donc bien son voisin, au point de parler de lui comme son "mari" aux visiteurs de passage, de venir le voir en combinaison transparente et d'avoir peut-être du mal à supporter le monopole affectif dont bénéficiait sa "rivale" Maryse. C'est en tout cas ce qu'avance l'accusation, qui s'appuie notamment sur une expertise psychiatrique décrivant l'énergique petite dame comme "une personnalité narcissique" avec une propension à "l'érotomanie et à la jalousie", pour envisager un passage à l'acte passionnel et requérir cinq ans de prison, dont trois, avec sursis. "Est-on capable d'empoisonner quelqu'un qu'on aime pour vouloir embêter quelqu'un que l'on n'aime pas ?", rétorque l'avocat de la mamie gâteau qui a plaidé la relaxe. Réponse le 27 février.

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