Lyon Capitale n°160
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Il y a 20 ans : Accro de basket, Dacoury décroche

IL Y A 20 ANS DANS LYON CAPITALE – Il est parmi les sportifs français les plus titrés, et il rend les baskets en 1998. Richard Dacoury, joueur de basket-ball professionnel, laisse alors derrière lui une carrière pavée de médailles, et de souvenirs lyonnais.

Lyon Capitale n°160 du 03/03/1998, © Lyon Capitale

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Lyon Capitale n°160 du 03/03/1998, © Lyon Capitale

Il a pourtant fait la quasi-totalité de sa carrière au CSP Limoges. Sur ses 20 titres, il en a remporté 19 avec ce dernier. Pourtant, c'est bien à Lyon que la légende a débuté. En 1976, Richard Dacoury joue son premier match de Nationale 1 dans la capitale des Gaules. C'est une mauvaise blessure qui tire un trait sur la carrière du sportif, qui à 39 ans décide de tout arrêter. 197 matchs, 9 titres de champion de France, 3 de la coupe de Fédération… L'homme laisse une trace indélébile dans le monde du basket français, et ne l'a jamais vraiment quitté. Il se reconverti dans le consulting, commente les matchs de la NBA pour Orange Sport, et intervient sporadiquement chez France 2, France 3, ou l'Equipe 21.

Lyon Capitale n°160, 25 février 1998, p. 16 © Lyon Capitale

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Un article publié dans Lyon Capitale n°160 du mercredi 25 février 1998, signé par Stéphane Marteau.

Accro de basket, Dacoury décroche

Contraint à L'inactivité depuis deux mois en raison d'une rupture partielle du tendon d'Achille, Richard Dacoury (39 ans) a décidé de mettre un terme à sa carrière. Au cours de ses vingt et un ans de professionnalisme, ce basketteur d'exception s'est bâti le plus glorieux palmarès de club qu'ait conquis un sportif français : vingt titres dont dix-neuf remportés avec le CSP Limoges. Mais c'est à la CR0 Lyon, en 1976, que le "Dac" a disputé son premier match en Nationale 1...
Lyon Capitale : Richard, vous venez de mettre un terme à votre carrière. C'est une décision inéluctable ?
Richard Dacoury : Oui, car j'avais atteint le point de non-retour. Désormais, il n'est plus question pour moi de courir et encore moins de sauter.' Après deux mois d'arrêt, je marche encore en boitant. Il est donc temps de prendre le taureau par les cornes et de faire tout ce qu'il faut poix que j'ai une chance de guérir définitivement. J'aurais préféré mettre fin à ma carrière autrement, mais il me fallait peut-être cette blessure pour me sevrer de cette drogue qu'est le basket.
Pourquoi ne pas avoir tiré votre révérence en mai dernier après avoir conquis le titre de champion de France avec le PSG Racing ?
Si je m'étais arrêté l'année dernière alors que j'étais encore en pleine forme j'aurais forcément eu des regrets. J'avais tellement envie de terminer ma carrière après avoir disputé l'Euroligue, la compétition reine dans notre sport, que j'ai peut-être poussé le bouchon un peu trop loin. Mais je ne regrette absolument rien. J'avais envie de le faire, je l'ai fait. Malheureusement, ça n'a pas tenu.
Qu'allez-vous faire désormais ?
Je me fais opérer cette semaine. Ensuite, il faudra que je détermine quelles sont mes envies et les possibilités qui se présentent à moi. Mais dans un premier temps on me verra encore autour des terrains, soit en équipier modèle, soit en commentateur télé pour Canal + ou Eurosport.
Et coach, c'est une expérience qui vous tente ?
Ça fait partie des pistes qu'il faudra que j'explore mais c'est un métier très difficile. On ne s'improvise pas coach du jour au lendemain.
Comment avez-vous découvert le basket ?
A l'école, lorsque j'étais à Reims. Mais à l'époque, je jouais en dilettante. C'est à Lyon, où j'ai suivi ma mère pour raison professionnelle, que j'ai mis le doigt dans l'engrenage et que j'ai été totalement happé.
Quels souvenirs gardez-vous de vos quatre saisons passées à la CRO de Lyon ?
Que de bonnes choses. Cela n'avait rien à voir avec ce que j'ai pu vivre ces dernières années. C'était un autre monde, un autre basket. Mais ce n'est pas pour autant que je n'ai pas apprécié. Il y avait des gars super (lui m'ont beaucoup apporté comme Evans, Alain Durand, Michel Le Ray, sans oublier Maurice Buffière. C'était le rêve. J'étais un gamin, je jouais en première division avec des mecs aussi forts les uns que les autres et j'en prenais plein les yeux.
Pourquoi êtes-vous parti de Lyon ?
Pour connaître autre chose. La CR0 venait de descendre en deuxième division et deux clubs de première division m'avaient contacté Limoges et Avignon. J'ai choisi Limoges parce que j'avais rencontré ses dirigeants en premier. Je leur avais donné mon accord verbal et j'ai voulu le respecter. Mais Limoges n'était pas un choix délibéré. Un autre club m'aurait contacté en premier je serais parti ailleurs. Mais à l'époque, les clubs ne se battaient pas au portillon pour m'engager...
Vous n'avez jamais envisagé de revenir dans la région, notamment à l'ASVEL ?
Non, jamais. J'étais très bien à Limoges. J'avais tout ce qui me fallait pour m'exprimer et pour gagner. Et puis, ayant joué à la CRO, l'ASVEL était le club ennemi (rires).
Selon vous, pourquoi n'y a-t-il jamais eu une grande équipe de basket à Lyon ?
Parce que Villeurbanne a plus ou moins phagocyté ou étouffé les clubs qui essayaient de sortir la tête de l'eau. De par ses structures et ses résultats, l'ASVEL a toujours su attirer les meilleurs joueurs. La réussite d'un club est souvent due à la bonne volonté et à la pugnacité de certaines personnes. Ce fut le cas dans les années 60 et 70 avec Raphaél De Barras et depuis quelques années avec le président Lefeee et Greg Beugnot qui ont permis à l'ASVEL de redresser la barre et de redevenir un club phare en France.
Quels sont les meilleurs souvenirs que vous garderez de vos 21 saisons professionnelles ?
If est évident que le titre de champion d'Europe en 1993 est important. Mais mon premier titre avec Limoges m'a procuré un immense bonheur tout comme celui décroché l'an dernier avec le PSG Racing car c'était un énorme challenge que nous sommes parvenus à relever. C'est difficile de faire ressortir un titre plutôt qu'un autre car j'ai eu une carrière tellement riche. Tout ce que je peux dire, c'est que je ne me suis pas ennuyé pendant ces vingt et un ans. Car outre les trophées et les distinctions, j'ai également eu la chance de jouer et de rencontrer de grands joueurs.
Comme Michael Jordan en octobre dernier à Paris lors du McDonald's Championship ?
Oui, même si j'ai été un peu déçu par le comportement des joueurs de Chicago. Je les ai trouvés un peu hautains et distants vis-à-vis du public. Ceci dit, ils sont tellement sollicités que je les comprends. Mais ça reste néanmoins un bon souvenir. Jouer contre les Bulls, c'est un événement marquant dans une carrière. Je pourrai dire que j'ai joué contre Jordan. Peut-être que Jordan dira qu'il a joué contre Dacoury, car dans l'histoire c'est quand même moi l'aîné (rires).
Vous n'avez jamais envisagé de tenter l'expérience américaine ?
J'aurais éventuellement pu faire des camps d'entraînement mais j'ai rapidement écarté l'idée. Probablement parce que je ne m'en sentais pas la force ou l'envie mais aussi parce que j'aime beaucoup la France. Je ne sais pas, si c'est un manque d'ambition, mais je préférais éventuellement être une "star" en Europe que cirer le banc en NBA. Et puis, j'ai eu la chance d'avoir des enfants très tôt. J'ai toujours voulu les protéger des risques que ma vie comportait, notamment des déménagements perpétuels.
Est-ce que vous avez le sentiment que le basket a beaucoup changé depuis vingt ans ?
Physiquement et techniquement, le basket a considérablement évolué. Il y a vingt -ans. On était des touristes. On s'entraînait une fois par jour, la musculation n'était pas encore de mise, c'était tranquille. Il n'y avait pas la même rigueur, la même discipline et pas autant d'argent. Aujourd'hui, le basket est un sport professionnel mais qui demande encore à grandir et à se développer. Bien que ce soit un sport pratiqué par beaucoup de jeunes, on ne parvient pas à intéresser les médias de la même manière que le foot, le tennis ou le rugby. Il faut donc à tout prix qu'on se fédère derrière un objectif bien défini pour y arriver.
Cet objectif c'est l'Euro 99 qu'organise la France ?
Si la France venait à bien se comporter, cela pourrait peut-être permettre au basket de voir enfin le jour. Mais avec des si...
Ne pas avoir réussi avec l'équipe de France ça fait partie de vos regrets ?
Ça reste effectivement un gros trou dans mon palmarès. Mais on n'avait peut-être pas les moyens de faire mieux. A l'époque, le basket français n'était peut-être pas encore assez mature. Mais je pense que les choses vont changer avec la nouvelle mentalité des joueurs français et la volonté de la fédération de réussir quelque chose de grand pour les prochains championnats d'Europe en 1999.
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