Danse : les combats des danseurs d’Afrique du Sud

Politisés, joyeux, inventifs (et souvent pauvres), les danseurs et chorégraphes d’Afrique du Sud débarquent à Lyon pour deux semaines. À découvrir !

Tandis que la danse d’Afrique du Sud est à l’honneur sur les scènes internationales, la Maison de la danse invite trois compagnies, organisant par la même occasion plusieurs rendez-vous (conférences, ateliers, vidéos...) afin de découvrir la dynamique mais aussi les difficultés de cette mouvance chorégraphique.

Une danse “très politique”

Pour Dominique Hervieu, directrice de la Maison, le pari d’un tel événement est double. Il s’agit d’abord de révéler la qualité et l’inventivité de ces artistes mais aussi de montrer à quel point ils se différencient de chorégraphes d’Afrique qui ont tendance à imiter des formes et des esthétiques européennes dans lesquelles ils se perdent. “Les Sud-Africains, dit-elle, sont restés ancrés dans leur réalité et leur histoire, sans se couper de leurs traditions et de la fonction de la danse dans la société. Ils parlent de leur quotidien, de leurs combats et, de fait, leur danse est très politique, portée par l’idée qu’elle peut changer la société, tournée vers l’avenir alors qu’elle se développe dans des conditions précaires, avec des aides quasi inexistantes.”

Un programme lyonnais sous le signe de la femme !

Deux des trois spectacles présentés sont chorégraphiés par une femme, et le troisième, celui des Via Katlehong Dance, intègre pour la première fois des danseuses. “C’est vrai, dit Dominique Hervieu, j’avais aussi cette idée de l’angle des femmes car, en Afrique du Sud, elles ont du mal à se faire entendre, elles sont minoritaires partout, elles sont tout le temps dans le combat, y compris dans la danse. Pour un homme, danser, cela va de soi, pas pour une femme. On dit qu’il y a plus de filles qui ont été violées que de filles qui savent lire, le viol est très courant et il est utilisé même pour les punir. Originaire de Soweto, Mamela Nyamza a connu dans sa famille cette violence-là, et son travail de performeuse ne cesse de dénoncer la condition de la femme. Dans sa pièce Mamela Nyamza et Kids de Soweto, elle danse avec des jeunes issus des townships et questionne la difficulté de cette génération post-apartheid, moins politisée, à communiquer avec une femme, la reconnaître et la respecter.”

À ses côtés, on retrouvera Dada Masilo et son Swan Lake black et gay. Outre le détournement qu’elle fait de la forme même du ballet, en intégrant l’énergie et la gestuelle de danses tribales, elle se positionne et libère une parole de femme sur l’homosexualité et le sida. Dans Via Sophiatown, les jeunes de Via Katlehong mettront à l’épreuve leur virilité avec des danses de couples tels le tsaba-tsaba ou le kofifi. Le spectacle de Mamela Nyamza nous permettra de découvrir une danse urbaine apparue depuis peu dans les ghettos, l’ishbuja. Elle n’a rien à voir avec le pantsula ni avec le hip-hop et cherche à reprendre les gestes du quotidien pour les styliser et leur donner de la classe. Tout un programme !

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Danses d’Afrique du Sud. Du 5 au 18 novembre, à la Maison de la danse (Lyon 8e). Programme détaillé sur le site Internet de la Maison.

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Cet article est extrait de Lyon Capitale n°727 (novembre 2013).

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A lire sur notre site : la critique de Via Sophiatown

 

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