Crazy Night : Fol ennui pour une nuit folle

Prometteuse sur le papier, la comédie Crazy Night gâche le potentiel de l'alléchant couple comique Steve Carrell/Tina Fey. Pas si folle, la nuit...

A New-york, ce printemps, on pouvait voir, non loin du Madison Square Garden, une affiche de Crazy Night recouvrant un immeuble entier, avec en produits d'appel un Steve Carrell et une Tina Fey échevelés et harassés, têtes de chiens battus en bandoulière. Une affiche dont la taille excessive résumait sans doute l'attente générée par un film réunissant sans doute les deux acteurs comiques les plus en vue du moment en Amérique. Steve Carrell d'abord, que l'on a appris à connaître via notamment The Office, 40 ans toujours puceau ou Little Miss Sunshine. Souvent dans la peau du clown blanc passablement essoré par la vie. Tina Fey ensuite, la star féminine du Saturday Night Live, passée à la postérité durant la campagne présidentielle américaine pour son effarante imitation de Sarah Palin. La rencontre Carrell/Fey, dont c'est le premier grand rôle au cinéma, se devait donc d'être explosive. Un Choc des Titans comiques, qui aux USA n'a d'ailleurs pas tardé à concurrencer les conquérants Dieux grecs au box office.

After Hours light

Le pitch du film s'avérait lui aussi plutôt prometteur et propice au déluge de gags : un couple banal du New Jersey à la vie ennuyeuse comme un jour sans pain, réalise que la routine est en train de tuer leur couple. D'où l'idée, simpliste, de le sauver en allant dîner tendance dans un restaurant, trop branché pour eux, de Manhattan. Usurpant la réservation d'un autre couple, les Foster, c'est leur nom, se retrouvent catapultés en plein quiproquo criminel, sujets aux assauts de flic ripoux, d'un mafieux italien et d'un procureur faussement vertueux. Ce qui s'ensuit a quelque chose du After Hours (version light) de Scorcese, dans cet enchaînement d'avanies qui, au finale, permettra aux Foster de se retrouver. Pour autant, Crazy Night a comme un goût d'inachevé.

En manque de rythme, défaut fatal pour une comédie, le réalisateur Shawn Levy (La Nuit au Musée) ne parvient pas à laisser ses deux Rolls Royce s'épanouir sur ce terrain propice. Si bien que les deux se trouvent souvent en sur-régime pour tenter d'instiller cette folie promise dans le titre. D'autant qu'ils ne sont guère aidés par des seconds rôles en roue libre (Mark Wahlberg en détective high-tech et torse-poil, Ray Liotta en pâle copie de mafieux à la De Niro) et un scénario sans surprise qui compense en vitesse ce qui lui fait défaut en originalité (le film n'est ni plus ni moins qu'une course poursuite cartoonesque).

Comiques-nés

Pourtant, au gré de quelques scènes poilantes, Crazy Night laisse à voir l'esquisse de ce qu'il aurait pu être : l'une de ces belles comédies transgressives dynamiteuses de carcan comme les Etats-Unis nous en offrent depuis la Judd-Appatowisation du genre. Par exemple, quand Phil et Claire sont contraints d'effectuer une danse lascive censée exciter un procureur libidineux (lequel ne se sépare jamais de son balai, symbole de sa volonté hypocrite de nettoyer la ville des criminels et clin d'oeil appuyé au Gouverneur Schwarzenegger). Là enfin, ces corps de comiques-nés peuvent enfin s'exprimer sans retenue. Mais tels leurs personnages engoncés dans leur normalité, se trouvent eux-mêmes inhibés par la soudaineté de cette liberté à prendre.

Finalement, la scène qui résume sans doute le mieux, et avec une savoureuse ironie, l'échec du film est celle où Phil et Claire tentent de semer leurs dangereux poursuivants dans Central Park aux commandes d'un bateau à moteur qui s'avère défectueux : au lieu de filer à fond la caisse comme prévu, le couple s'échappe à deux à l'heure. Ce qui au-delà du comique de situation symbolise celle de deux comédiens qui, tels des pilotes de Formule 1 au volant d'une voiture à pédale, voient leurs intentions contrariées par la réalité d'une comédie dépourvue de réelle puissance comique. Du film espéré ne reste donc que cette affiche démesurée affichée dans New York, celle de deux immenses comique bien à l'étroit dans une comédie trop peu ambitieuse.

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