Liminanas 2018

Concert : Limiñanas, le rock hagard de Perpignan

Encore peu connus, les Limiñanas sont sans doute le meilleur groupe de rock français. Après avoir conquis quelques cœurs à ses débuts aux États-Unis, le couple le plus rock’n’roll de l’Hexagone voit sa réputation croître de disque en disque. Il passe par Lyon ce samedi avec son dernier opus, cafi d’invités prestigieux. Claque scénique garantie.

Dalí disait de la gare de Perpignan qu’elle était le centre du monde. Il se pourrait bien alors que le duo The Limiñanas soit le centre du monde du rock garage. Ou pas loin. Leur concert à l’Épicerie Moderne ce samedi affiche complet, mais ça n’interdit pas de faire leur connaissance ici.

Les US au kilomètre

Comme ils le chantaient à leurs débuts, les Limiñanas ne sont “pas très drogue” mais ils ont cette faculté inégalée à en devenir une. C’est d’ailleurs l’effet que fit dès ses débuts le duo constitué de Jérôme et Marie Limiñana, mari et femme sis à Cabestany (à quelques encablures de Perpignan), à deux labels américains. Jusqu’alors inconnus, les voilà approchés via Myspace, signés, invités à tourner au pays de la bannière étoilée et enjoints de produire au kilomètre. Ce que font les Limiñanas, oscillant entre le yéyé, la surf music, la BO de film (la Nouvelle Vague les inspire autant que le western spaghetti) et bien sûr le rock garage, quelque part ciment de l’ensemble.

Élucubrations, écarts et légendes

Les paroles sont joueuses, absurdes, surréalistes (on n’est pas pour rien dans les environs de Perpignan, fief de Dalí), faites d’énumérations, d’élucubrations, de listes et même d’une berceuse ou d’une recette de cuisine. Elles naissent comme par enchantement de moments saisis au vol ou de phrases jetées en l’air ; c’est par exemple au boss du label Born Bad Records, JB Wizz – du moins à l’un de ses commentaires – que l’on doit l’iconoclaste “Votre côté yéyé m’emmerde”. Mais aussi cette collaboration fondatrice avec le génial laborantin perpignanais Pascal Comelade sur Traité de guitarres triolectiques, qui vaut aux Limiñanas d’être signés sur le label Because (celui de Comelade) et de publier Malamore, l’album qui, en plus de rééditions de leurs disques “américains”, les propulse sur le devant de la scène rock. Et si le groupe se ressemble de plus en plus, pourrait-on dire, resserre les rangs esthétiques, il montre aussi à quel point il est capable de grands écarts, invitant la légendaire basse de Peter Hook, ex de New Order (aucun lien donc).

Répétition, variation

Celui que tous ses fans surnomment Hookie est de retour sur Shadow People, le dernier album en date des Limiñanas, sans doute celui de la consécration (l’unanimité est là, en tout cas) et le bassiste qui ne dédaignait pas jouer les jambes écartées n’est cette fois pas le seul à confirmer le sens du grand écart des Limiñanas – The Gift sonne comme une véritable réminiscence de New Order venue sauter dans la tracklist de l’album, mais ne dépare pas. D’abord, la chose se présente comme un album très personnel relatant les jeunes années du couple Limiñana (l’entrée au lycée sur Le Premier Jour, les virées en bagnole sur Motorizzati Marie), mais il compte de nombreux invités. À commencer par le producteur Anton Newcombe, devenu ange gardien de bon nombre de musiciens après s’être obstiné – peut-être s’était-on obstiné pour lui – dans le rôle de démon. Tombé en amour pour la musique du couple, le leader de Brian Jonestown Massacre l’a invité à enregistrer dans son studio berlinois et n’a pas manqué de mettre sa patte sur l’ensemble : livrant un son compulsif, narcotique, lorgnant vers le Velvet et la pop psychédélique autant que le krautrock, comme aimanté par la batterie de Marie. Cerise sur le gâteau, Newcombe chante Istanbul is sleepy, que l’on croirait échappé de son BJM. Mais il n’est pas le seul à prêter sa voix, l’actrice Emmanuelle Seigner, plus vénéneuse que jamais, vient envoûter Shadow People quand Bertrand Belin – décidément immense chanteur et beaucoup plus que cela – se livre à une performance unique et oulipienne sur Dimanche, magnifique variation textuelle obsessionnelle sur un rythme quasi militaire qui traduit à merveille cet art de la répétition et de la variation qu’est celui des Limiñanas : un art de la variation sur la répétition, fût-il intime. Comme un goût de reviens-y limiñanadélique qui rend très, trop, vite addict. Que l’on soit drogue ou pas.

The Limiñanas – Samedi 24 mars à 20h30 à l’Épicerie Moderne (Feyzin). COMPLET.
1re partie : The Wow Signal

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