Fishbach 2
© Yann Morrison

Concert : Fishbach à la Comédie-Odéon dimanche

La Comédie-Odéon a lancé cet automne une programmation régulière de concerts : French Connexion. Un dimanche par mois consacré à la scène francophone. Ce 28 janvier, l’invitée dominicale est Fishbach.

Fille de l’Est

Si elle est née en Normandie, c’est à Charleville-Mézières que Fishbach, véritable météore de la pop française de ces deux dernières années, a passé son adolescence et s’est construite. Dans une de ces zones grises de la France post-industrielle du Grand-Est qui ont souvent engendré en musique un son froid, porteur d’une certaine noirceur, celle des gueules noires et de l’atmosphère un peu lourde qui en émane depuis Rimbaud, lui aussi enfant de Charleville ; de ces “choses glauques qui peuvent être extrêmement belles” et qui nourrissent les œuvres comme le caractère. Pour Flora Fischbach, devenue Fishbach (avec un “c” de moins), l’un des déclics a été un concert de Patti Smith, qui, en fervente admiratrice, venait d’acheter la maison de Rimbaud. Ainsi que la proposition d’un ami de fonder un duo punk dans lequel Flora s’époumonera un temps, découvrant au passage les possibilités d’une voix qu’elle a toujours su singulière : “Quand j’étais pré-ado, j’ai mué comme un mec, confie-t-elle. C’était un peu déroutant de s’apercevoir qu’on a un peu de testostérone en soi. Il a fallu s’en accommoder…” Fishbach le fait d’autant plus facilement que, comme Patti Smith, dont elle serait une déclinaison ardennaise, elle a toujours, sans renier sa féminité, entretenu une androgynie qui fait aujourd’hui le sel d’un personnage insaisissable bien au-delà de cette seule notion.

Sur un fil

Fishbach marche sur un fil, celui d’un chant à la fois martial et doux à la voix fêlée, qu’elle filtre comme un instrument, de chansons à la fois sombres comme l’hiver ardennais et dansantes, entre pop de discothèque et cold wave glacée. On pourrait croire à une formule, c’est simplement le résultat d’une éducation. Celle d’une génération “avale-tout” aux influences dispersées et disparates, puisées au robinet d’Internet sans hiérarchie ni distinction : “Avec l’arrivée d’Internet, dit-elle, on s’est mis à découvrir des choses qui étaient soit de mauvais goût, soit qu’on avait oubliées. On a pu s’approprier tout ça, sans l’influence des grands frères qui étaient là pour dire “bien” ou “pas bien”. On s’est un petit peu émancipé de ça, parce qu’on découvre la musique par nous-mêmes, sans avoir besoin des autres.” De fait, Fishbach, nouvelles technologies obligent, n’a eu besoin de personne pour se mettre à “bidouiller des morceaux dans [sa] chambre”. Des morceaux qui l’ont rapidement fait connaître et ont provoqué les acclamations scéniques comme les louanges vouées à son album, baptisé À ta merci. Comme une manière de dire qu’en dépit de son indépendance d’esprit elle ne maîtrise rien, que “ce sont les gens qui décident”. Et que si les choses venaient à s’arrêter, elle n’en ferait pas une maladie, mais une autre vie, simple, où la musique serait toujours présente, même si autrement. Dans l’Est, on en a vu d’autres.

French Connexion / Fishbach + Melba
Dimanche 28 janvier à 19h à la Comédie-Odéon
L’article ci-dessus étant consacré à Fishbach, voici un aperçu vidéo de Melba.
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