Bob Dylan et Manu Chao : "Musiques du beau monde"

A l'inverse, il a déjà été beaucoup reproché à Manu Chao d'opérer un grand écart entre le fait d'être millionnaire (si ce n'est en euros, du moins en disques vendus) et de dénoncer les injustices du monde. : "Si j'avais le portefeuille de Manu Chao, j'partirais en vacances au moins jusqu'au Congo..." chantaient les Wampas. Avec Clandestino en 1998, l'ancien Mano Negra devint une sorte de José Bové chantant. Il reproduira d'ailleurs la recette, accidentelle (Clandestino devait être un album électro), sur ses disques suivants. Et cultivera, consciemment ou non, une image folklorique (maillot de foot sud-américain, jogging élimé, casquettes de guérillero) en vogue chez lez étudiants et les bobos. Certes Chao s'est souvent défendu d'être le porte-parole de qui que ce soit. Mais son statut d'icône, partagé avec José Bové (la moustache, la pipe) ou le sous-commandant Marcos (la cagoule, la pipe), dont il insère des extraits de discours dans certaines chansons, parle pour lui. Et le rend aussi repérable au rayon chanson équitable qu'un paquet de café Max Havelaar. Profit d'un système qui permet de batailler contre la globalisation économique tout en produisant des albums finalement très standardisés qui le perpétuent. Ironiquement on appelle d'ailleurs world music ce chant des particularismes.

Masters of War
Le sens de la chanson des Wampas, dont le chanteur, salarié de la RATP, a toujours refusé la professionnalisation, c'est qu'il y a toujours un moment où le discours, l'image, fussent-il louables, sont brouillés par des parasites matériels. C'est ce qui effraya très tôt Bob Dylan : accédant à une vie sur-bourgeoise de millionnaire starisé, il n'était plus le jeune vagabond de ses jeunes années en prise avec la réalité de la rue. Refusant de continuer de dire à son public ce qu'il voulait entendre, il se coupa de la jeunesse beatnik. Mais c'est paradoxalement là que son œuvre, ne représentant que lui-même, prit une toute autre dimension. Et quand en 1991, en pleine guerre du Golfe, il dégaina pendant la cérémonie des Grammy Awards une version apocalyptique (et pas du tout prévue au programme) de son vieux Masters of War, évidemment dédiée à Bush Sr., personne ne songea un instant qu'il s'agissait là d'une pose.

KM

Manu Chao le jeudi 19 juin au Théâtre Antique de Vienne (Complet).

Bob Dylan le jeudi 19 juin au Palais des Sports de Grenoble.

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