Lyon Renaissance montage
© G. Bernasconi

La Renaissance au musée des Beaux-Arts : Lyon l’humaniste

Guillaume Leroy – La Rencontre de Pierre Sala avec François Ier au pied de l’Antiquaille, vers 1523, enluminure sur parchemin © BNF

© BNF
G. Leroy, Rencontre de Pierre Sala avec François Ier au pied de l’Antiquaille.

Le musée des Beaux-Arts propose une exposition de 300 pièces (tableaux, manuscrits et objets précieux) issues de la production artistique du XVIe siècle notamment à Lyon.

Ex-capitale des Gaules, Lyon fut lors de cette période un incontestable centre culturel, économique et artistique européen. Des bâtiments (tel l’hôtel Gadagne de l’alors tout neuf Vieux-Lyon), des rues portent encore le nom de figures marquantes. Ainsi les poètes et écrivains Rabelais, Louise Labé la belle cordière (dont on va célébrer en 2016 le 450e anniversaire de la mort), Maurice Scève, Pierre Sala, les imprimeurs passeurs de connaissances Sébastien Gryphe, Jean de Tournes, Étienne Dolet (également écrivain), les peintres et/ou graveurs Pierre Eskrich, Bernard Salomon, Georges Reverdy, Jean Perréal…

Le musée des Beaux-Arts leur consacre une exposition et présente sa dernière acquisition, un tableau de Corneille de Lyon qui sera certainement l’un des fleurons de sa collection. En tout, près de 300 objets (tableaux, manuscrits enluminés, livres reliés, gravures, plans, mobilier, orfèvrerie, émail, majolique, médailles et textile) animent cette présentation.

Lyon l’humaniste

Sans faire une comparaison qui ne serait pas raison, on peut rapprocher l’hier et l’aujourd’hui. De la Croix-Rousse à la Presqu’île et aux rives de la Saône, ce désormais patrimoine mondial pour l’Unesco en est le témoin et le résultat. Déjà, par la circulation des populations et des idées humanistes : catholiques et réformistes se faisaient leurs guerres de religion, les libres-penseurs essayaient de vivre leur athéisme et soutenaient par ailleurs Galilée et Giordano Bruno. Le tout grâce au livre et aux gravures qui permettaient de diffuser les connaissances et servaient de “banques de données”.

Ainsi, des documents attestent ici que les maîtres et apprentis graveurs ou verriers recopiaient les Allemands Dürer et Holbein ou le Flamand Pieter Brueghel. On imprimait la Bible et les grands auteurs. En 1554, Nostradamus publiait son ineffable “Pronostication nouvelle”.

Influences étrangères

Elément d’une tenture de lit en soie brodée, vers 1560 (détail) © Metropolitan Museum of Art, New York

© Metropolitan Museum of Art, New York
Elément d’une tenture de lit en soie brodée, vers 1560 (détail).

Lyon vivait donc à l’heure européenne et des brassages de l’époque. Sous influence italienne d’abord avec l’architecture de Sebastiano Serlio, qu’a connu le Lyonnais Philibert Delorme (hôtel Bullioud rue Juiverie, nombreux châteaux, auteur de traités).

L’influence nordique ensuite : ne dit-on pas que Lyon est au confluent d’Anvers et de Venise ? Mais rien n’est possible sans les finances. L’Église (le cardinal de Tournon), les nombreuses visites de la Cour ont été une manne, ainsi que l’apport des quatre foires annuelles, des banquiers suisses, allemands, italiens, des riches commerçants devenant mécènes et collectionneurs…

Jean Naze – Horloge astronomique avec sphère céleste mécanique, vers 1560 © Museumslandschaft Hessen Kassel

© Museumslandschaft Hessen Kassel
Jean Naze – Horloge astronomique.

Les sciences en général (à part quelques horloges astronomiques) et la médecine (Symphorien Champier, François Rabelais qui fut médecin à l’Hôtel-Dieu) sont fondamentales mais peu présentes ici, faute de prêts, de documents satisfaisants artistiquement, ou jugés hors du propos.

De même, et pour des raisons identiques, avec les auteurs de l’école lyonnaise de poésie, Clément Marot ou toujours François Rabelais publiés à “Myrelingues la brumeuse” en pleine Renaissance et au cœur de la pensée humaniste. Mais il y a des contributions dues à Pierre Sala.

Corneille de Lyon

Grâce à toutes les institutions lyonnaises et étrangères, la peinture et la gravure sont remarquablement présentes grâce à Pierre Eskrich et ses incroyables aquarelles ornithologiques, aux illustrations hautement sensibles et techniques de Bernard Salomon ou au peintre “portraitiste” Jean Perréal, ainsi qu’Étienne de Martellange.

Corneille de Lyon – Pierre Aymeric, marchand de Saint-Flour et consul de Lyon, 1534, huile sur bois (musée du Louvre) © Stéphane Maréchalle / RMN-Grand Palais

© Stéphane Maréchalle / RMN-Grand Palais
Corneille de Lyon – Pierre Aymeric, marchand de Saint-Flour et consul de Lyon.

Et puis il y a la très rare présentation d’une douzaine de tableaux petits mais fameux de Corneille de Lyon (originaire de La Haye) et de son atelier, dont la dernière acquisition du musée : L’Homme au béret noir tenant une paire de gants (1530), un buste exact, énigmatique et dépouillé*.

On ne les verra plus réunis avant longtemps, mais il restera le somptueux catalogue pour se consoler. Ernest Pignon Ernest, Pier Paolo Pasolini et Régis Debray évoquent “la force révolutionnaire du passé” : assertion à méditer quant à cette Renaissance humaniste à propos de notre contemporanéité.

Lyon renaissance – Arts et Humanisme.
Du 23 octobre au 25 janvier au musée des Beaux-Arts de Lyon.
> Nombreux événements et animations au musée et hors les murs.
Notamment une table ronde jeudi 5 novembre à 19h à la galerie Michel Descours.

* À lire : L’analyse du tableau de Corneille de Lyon, dans notre mensuel de novembre (Lyon capitale 749), en kiosques le 30 octobre.

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