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Vendanges à taille humaine en Beaujolais

REPORTAGE - Les vendanges ont commencé ce mercredi dans le Beaujolais. Reportage chez Emmanuel et Claire-Marie Blanc à Denicé (69).

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Vingt minutes après le lever du soleil, les 21 vendangeurs du Père Manu ont pris ce 24 août le chemin des vignes dans les collines du Beaujolais. A 10 km à l'Ouest de Villefranche-sur-Saône, à Denicé (69), seaux et sécateurs à la main, ils ont plongé la tête dans le cèpe, courbant l'échine pendant 7 h environ.

Parmi eux, des jeunes, des vieux, des étudiants, des salariés, des saisonniers, quelques Polonais et une poignée d'enfants. Par goût ou par nécessité, tous seront à la coupe pendant ces six à sept prochains jours pour ramasser les grappes des sept-hectares-et-demi du père Manu. Le vigneron compte sur cette armée de fidèles pour produire ses 25 000 bouteilles annuelles.

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Les vendanges, un observatoire social

Parmi les vendangeurs, Lilian le paysagiste-chocolatier marseillais. ''C'est ma première année dans le Beaujolais, avant je faisais des vendanges dans le Sud, aux alentours d'Aix-en-Provence. Le reste de l'année je fabrique du chocolat dans une petite entreprise marseillaise. C'est surprenant !'', explique le jeune homme à l'allure sportive tout en coupant le raisin. Déclarant souffrir du manque de travail dans le domaine du paysagisme, le phocéen semble toutefois se plaire dans ses activités, notamment dans le vignoble. ''L'ambiance me plaît beaucoup ici, les gens y sont très humains. Il n'y a personne qui est supérieur à l'autre''.

Gilles vit à Belfort, il vendange chaque année chez Emmanuel Blanc depuis 24 ans. Musicien, vendangeur et paysagiste ; avec ses allures de rockeurs, il anime les soirées des vendanges à la guitare. "J'aime la famille qui me reçoit, les paysages, dit-il. Les vendanges, c'est un travail d'homme. Il faut se donner, ne pas avoir peur de mouiller le tee-shirt. Et puis je viens pour la rencontre, il y a des gens fantastiques ici : des Polonais, Georges, mon ami !".

Georges, c'est le doyen de la troupe. A 62 ans, il est facteur de métier et distribue le courrier toute l'année à Paris dans le 2e arrondissement, rue Montorgueil et rue d'Alexandrie notamment. Il prend ses congés chaque mois d'août, depuis près de 40 ans, pour faire les vendanges, inlassablement. Chez Manu, il anime les rangs en chantant du Brel ou en récitant des poèmes de Jean de La Fontaine dans le texte. Un personnage.

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Charlotte, 26 ans, étudiante en Art du spectacle à Montpellier l'écoute avec ravissement. Elle financera en partie son début d'année universitaire grâce aux 350 à 400 euros qui lui seront versés à la fin des vendanges. Elle est nourrit et logée sur place. Elle profite des repas servis par la femme de Manu, Claire-Marie, matin, midi et soir. Le dortoir et les douches offrent un cadre modeste, mais très convivial aux vendangeurs qui travaillent à la petite journée comme Charlotte, Georges et Gilles. Ceux qui sont à la "grande journée" rentrent chez eux chaque soir, après le travail.

Et pendant ce temps-là, dans les cuves …

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Et tandis que les coupeurs coupent, et que dégringolent leurs seaux dans la hotte des porteurs chaque jour, les cuves du père Manu se remplissent. A la fin de la matinée de ce premier jour de coupe, 70 hecto-litres étaient déjà presque pleins de fruits ce mercredi matin. Le raisin va fermenter dans la cuve pendant 5 jours avant d'être pressé dans le pressoir en bois, fierté de la maison depuis 4 générations. Il repartira ensuite pour une deuxième phase de fermentation dite "malolactique". Trois semaines plus tard, le vin sera propre à la consommation. Et dans 5 jours, les vendangeurs goûteront déjà le premier nectar tiré de leur labeur, un jus de raison à 8°, "le Paradis" qui leur sera servi à dégustation. Une tradition.

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Enfin d'ici quelques semaines, le vin sera mis en bouteilles décorées de ses étiquettes colorées et variées, signe d'un nouvelle ère du Beaujolais qui se diversifie : Chardonnay blanc, rouges de garde, et rosé pétillant prendront notamment place aux côtés du célèbre Beaujolais nouveau. A ce moment là, les vendangeurs auront repris le cours de leur vie, bien souvent loin des vignes.

Renseignements caveduperemanu@wanadoo.fr

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