Son divorce la conduit au licenciement

À cinq semaines de sa titularisation, une conductrice de bus des transports urbains de Mâcon, en "stage" depuis onze mois, a été licenciée en raison de la mauvaise ambiance engendrée par son divorce. Son ex-mari, titulaire depuis plusieurs années dans la même société, ne reçoit qu'un avertissement.

Le divorce peut mener au licenciement. Dominique Baudequin, conductrice de bus à Mâcon (Saône-et-Loire), en a fait les frais le 21 juin dernier. L'entreprise CarPostal, qui gère les transports urbains, a remercié l'employée de 51 ans en raison des conséquences de son divorce avec un titulaire de la société. Depuis août 2009 et pour un an, Dominique, bien qu'en CDI, était considérée comme en "stage", période de formation conventionnelle dans la profession.

"Des rumeurs et des commérages"

À cinq semaines de sa titularisation, elle a reçu une lettre de la direction mettant fin à son contrat. Son ex-mari, lui, n'a eu qu'un avertissement, mais "reste sous haute surveillance", selon Carole Venet-Campagne, directrice de CarPostal à Mâcon, contactée vendredi. La directrice souligne que les deux employés ont été rencontrés dès que leur "séparation a débordé sur la vie de l'entreprise". Le titulaire "a été sensible aux rappels à l'ordre et a modifié son comportement tandis que Madame Baudequin a continué dans la provocation."

"Ça m'a vraiment choqué !", s'exclame l'employée licenciée. La conductrice de bus, qui est à l'origine de la demande de divorce, explique qu'aucune faute professionnelle ne lui a été reprochée. "Dans la lettre, la direction fait mention 'd'une situation conflictuelle jusque dans l'entreprise ayant entraîné des rumeurs et des commérages' et 'une ambiance peu propice à une collaboration harmonieuse." La direction de CarPostal relate en effet des incidents entre les époux survenus devant les clients. Selon la directrice, Dominique Baudequin aurait, à plusieurs reprises, "bloqué la salle de service afin de parler à son compagnon" et aurait également "roulé à côté d'un autre conducteur afin de le provoquer, ce qui va à l'encontre des mesures de sécurité".

"Trouver un compromis"

Pour Dominique Baudequin, il s'agit bien d'un "licenciement abusif", ce que pense également Gilles Escarguel, conseiller prud'hommes et responsable des transports urbains au sein du syndicat Unsa Transports. "La jurisprudence prévoit que, lorsque deux salariés ont un différend ayant des répercutions négatives sur la vie de l'entreprise, ils doivent recevoir la même sanction. Ici, la direction s'appuie sur la convention collective pour licencier la conductrice qui n'était pas encore titulaire." Dominique Baudequin travaillait depuis onze mois pour CarPostal, le terme de "période d'essai" ressemble à un abus de langage selon le syndicaliste, qui précise qu'une telle période ne peut s'étaler au-delà de un ou deux mois. "Elle était stagiaire, certes, mais en CDI donc, pour la licencier, il est indispensable de donner un "motif sérieux", poursuit Gilles Escarguel, citant le code du travail.

Jeudi, Dominique Baudequin a tenté de calmer l'affaire. "J'ai téléphoné à la direction afin de trouver un compromis", raconte-t-elle. Ce que souhaite la conductrice, c'est arrêter les démarches et retrouver son poste. "À Mâcon, la direction m'a seulement dirigée vers le siège français de CarPostal à Bourg-en-Bresse." Une version confirmée par Carole Venet-Campagne. "La réintégrer à Mâcon me semble difficile, je lui ai donc dit qu'il me fallait un peu de temps pour réfléchir à une autre affectation." Lundi, Dominique doit à nouveau s'entretenir avec son avocat, Me Eric Braillon, afin de discuter des possibilités de poursuites. "On ira devant les Prud'hommes dans un premier temps et, si rien n'en ressort, ce sera le pénal, pour 'ingérence dans la vie privée'", souligne-t-elle.

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