Saucisses, pétards et fumigènes

Les appellera-t-on un jour les Arkéma, au même titre que les Continental ? Eux s'identifient déjà à leurs collègues de l'Oise. Les quarante cinq salariés de l'atelier PVC de l'usine Arkéma de Saint-Fons en banlieue sud de Lyon, le long de l'A7, qui sont en grève depuis douze jours. Selon la direction, l'atelier où il travaillent est totalement paralysé. Il ne produit plus rien.

Et ce vendredi, les grévistes organisaient un "barbecue revendicatif" devant l'entrée de leur entreprise. Au menu : saucisses, baguettes, bombe de peinture pour taguer la chaussée, pétards dans les jambes des journalistes et fumigènes. Ambiance Bad Gones.

"Le mépris de la direction"

Mais comme la moutarde qu'ils avaient mis dans leur sandwichs ce midi, "le mépris de la direction" commence à leur monter au nez. "On travaille toute l'année sous masque respiratoire, sept jours sur sept, vingt quatre heures sur vingt quatre avec un produit cancérigène, explosif et inflammable, témoigne un ouvrier".

Et il y a trois ans, l'atelier PVC a été ré-organisé, une seule salle de contrôle a été installée ,de nouvelles machines. "Il a fallu se former, développer de nouvelles compétences, tout cela a un prix", résume Mohamed.

En 2006, les ouvriers obtiennent ainsi "un peu de fric" de la direction. Mais surtout ,ils négocient de revoir la classification de leurs postes dans un avenir proche. Trois ans après, rien n'a bougé.

"Cela fait dix ans que j'entends que l'usine Arkéma de Saint-Fons va fermer, alors si demain on perd notre travail, ce sera plus facile d'en retrouver si on est technicien plutôt qu'ouvrier". Plus de trois quarts des équipes ont le statut d'ouvrier actuellement. Ils réclament celui de technicien. La direction vendredi après midi leurs a proposé de financer une étude en vue de faire bouger certains coefficients et une prime de vingt euros mensuel.

Dialogue social à la française

"Selon certains journaux, il y aurait des négociations actuellement chez Arkéma , mais c'est faux ! tempête un gréviste. C'est nous qui montons dans le bureau du directeur pour lui demander des avancées. Lui ne vient jamais nous voir". Pourtant dès le 12 octobre, les grévistes avaient déposé sur son bureau un cahier de revendications.

Trois jours plus tard, la direction a répondu "qu'elle partait en séminaire aux frais de la princesse (au frais de l'entreprise, ndlr), le directeur n'avait pas le temps de réfléchir à nos revendications". Bilan, dialogue social repoussé d'une semaine.

"Il croit qu'on fait cette grève pour le plaisir, mais moi, j'ai une femme et trois enfants à nourrir." La plupart des salariés ont déjà perdu un quart de leur salaire mensuel depuis le début du conflit. Ils débrayent quatre heures par jour, c'est à dire qu'ils stoppent le travail la moitié de leur journée. Résultat, 500 euros de moins à la fin du mois.

Cet après midi en plein conflit social, certains responsables de l'entreprise assistaient au Grand prix de tennis de Lyon. Le devenir de l'atelier PVC et de ses cinquante ouvriers n'avaient pas l'air de trop les préoccuper.

Le directeur leur a proposé de trouver une solution financière au conflit, une prime de 20 euros mensuel, plus 50 à 90 euros de prime de douche mensuel et 100 euro de prime de fin de conflit versé en une seule fois.

Les salariés lui répondront lundi matin à 10h30. D'ici là, les équipes du week-end maintiennent la grève.

d'heure en heure
d'heure en heure

derniers commentaires
Faire défiler vers le haut