La salle Rameau, reprise par la Compagnie de Phalsbourg, épaulée à la programmation par Scintillo, du groupe SOS dirigé par Jean-Marc Borello © Tim Douet / Charly Triballeau (AFP) – Montage LC
La salle Rameau, reprise par la Compagnie de Phalsbourg, épaulée à la programmation par Scintillo, du groupe SOS dirigé par Jean-Marc Borello © Tim Douet / Charly Triballeau (AFP) – Montage LC

Reprise de la salle Rameau à Lyon : les bonnes affaires de l’ami de Macron

Après des mois de suspense, la salle Rameau a enfin trouvé repreneur. La Compagnie de Phalsbourg exploitera l’ancienne salle de billard ainsi que les deux étages pendant soixante ans, épaulée à la programmation culturelle par Scintillo, du groupe SOS dirigé par Jean-Marc Borello, proche du président Macron, qui préside la commission nationale d’investiture En Marche pour les élections européennes. Au cœur de la polémique, le géant du social poursuit son déploiement en terre lyonnaise, non sans inquiéter la maire du 1er, qui craint que le choix du jury d’appel d’offres n’ait été faussé par d’autres ambitions.

29 rue de la Martinière, dans le 1er arrondissement de Lyon, le paysage s’apprête à changer. Depuis sa fermeture en 2016, le bâtiment qui accueillait entre autres l’ancienne salle de billard s’empoussiérait au bas des pentes de la Croix-Rousse. Vent debout, le collectif Salle Rameau s’inquiétait de la disparition des salles de spectacles aux premier et deuxième étages de l’emblématique bâtiment de culture lyonnais. Les voilà rassurés. Le 4 octobre, après un appel d’offres lancé en décembre 2017, la ville de Lyon annonçait au public le nouveau visage de la salle Rameau. Cédée en bail emphytéotique pour une durée de soixante ans, elle redeviendra un espace culturel. Aux manettes, la Compagnie de Phalsbourg, à qui l’on doit le centre commercial The Village, à l’est de Lyon. Le projet prévoit une salle de spectacles d’une capacité de près de 900 places à l’étage, ainsi qu’un restaurant avec vue panoramique. Le rez-de-chaussée devrait accueillir des boutiques et des animations culturelles. La cession en bail emphytéotique rassure la maire du 1er, qui craignait que le patrimoine culturel de la ville ne disparaisse. Mais elle s’inquiète de la manière dont le projet a été sélectionné par le jury.

“Pour moi le marché est pipé”

En octobre, Georges Képénékian, en qualité de maire de Lyon, Nicole Gay, son adjointe à l’immobilier, Richard Brumm, adjoint aux finances, Loïc Graber, à la culture, et Nathalie Perrin-Gilbert sélectionnaient parmi les trois finalistes le lauréat pour la réhabilitation de la salle Rameau. La maire du 1er se sent dupée : “La décision a été prise le soir même, sans délibération du jury. Tous ont voté pour la Compagnie de Phalsbourg, qui a même évoqué un projet au sein de la galerie des Terreaux, alors qu’il n’en est pas question pour le moment.” Quand elle questionne le jury au sujet de la galerie, Nathalie Perrin-Gilbert n’obtient pas de réponse. “Pour moi, le marché est pipé, parce que le projet a été choisi en avance, et si ce dossier a obtenu la salle Rameau, c’est qu’il est question par la suite de céder la galerie des Terreaux”, poursuit l’élue, favorable au projet porté par Carré d’Or, qui s’appuyait sur des acteurs locaux comme la compagnie de cirque Les Mains, les Pieds et la Tête Aussi. Déçue, celle-ci n’a pas souhaité commenter le choix du jury.

Loïc Graber “dément clairement la rumeur”. L’adjoint à la culture assure que “la sélection de la Compagnie de Phalsbourg s’est faite de façon transparente, sur des critères culturels, économiques, patrimoniaux et financiers”. De son côté, l’adjoint aux finances rassure également : “Il n’est aucunement question de la galerie des Terreaux. Personne ne s’y intéresse pour l’instant, elle n’est pas dans les tuyaux.”

Scintillo à la culture

Dans son projet, la Compagnie de Phalsbourg prévoit d’être épaulée par Scintillo, qui sera chargé de la programmation. Depuis 2010, le groupe permet à des entreprises culturelles de mutualiser leurs moyens. La présence de Scintillo sur le territoire lyonnais n’est toutefois pas nouvelle. Collègue de Vincent Carry à la Gaîté Lyrique (à Paris), son fondateur Steven Hearn a été retenu par Arty Farty pour assurer l’incubateur culturel de la nouvelle halle Girard, H7. Une collaboration qui semblait perdurer jusqu’au premier tour de sélection pour la salle Rameau. Le père des Nuits sonores figurait en qualité de conseiller culturel dans le dossier de la Compagnie de Phalsbourg. Absent depuis, il s’explique : “Arty Farty a été sollicitée par la Compagnie de Phalsbourg, mais nous avons finalement décidé de nous retirer car nous préférons nous concentrer sur H7. Scintillo a été sélectionné par la Compagnie de Phalsbourg sans que nous intervenions.” Contactée par la rédaction, la Compagnie de Phalsbourg ne souhaite pour l’instant pas s’exprimer sur le projet. “Nous sommes dans une phase de discussion avec la mairie et ne pourrons communiquer que lorsque le conseil municipal aura validé la délibération”, disent-ils.

Le patron du social soutien de Macron

Scintillo qui se déploie à Lyon, c’est aussi le groupe de Jean-Marc Borello qui s’accroît. En 2016, Scintillo a en effet rejoint les rangs du groupe SOS, le mastodonte du social et du solidaire. À la tête du plus grand empire social de France, Jean-Marc Borello, dont le nom a fleuri dans la presse ces dernières années. Professeur d’Emmanuel Macron à Sciences Po, le “Bill Gates du social” comme on le surnomme parfois n’a jamais failli dans son soutien au président. Élu délégué national de La République en Marche, il a aussi écopé en octobre de la présidence de la commission nationale d’investiture En Marche pour les élections européennes. Plus récemment, il a été retenu pour donner des cours d’expression dans les médias aux parlementaires LREM. S’il a refusé d’être assigné à un ministère, Jean-Marc Borello est plus proche que jamais du Gouvernement. Et, malgré les critiques, le groupe SOS n’en finit pas de grossir.

Au cœur d’un conflit d’intérêts ?

Depuis une trentaine d’années, le groupe SOS reprend des associations et des entreprises en péril. 18 000 salariés, 948 millions d’euros de chiffre d’affaires et 500 millions d’euros de patrimoine immobilier, selon une enquête du Monde parue en décembre. Accumulé au fil des acquisitions du groupe, son patrimoine immobilier, géré par Alterna (filiale à statut coopératif du groupe), pourrait être au cœur d’un conflit d’intérêts. En rejoignant le groupe, les associations transfèrent leurs biens à SOS, qui en devient propriétaire. C’est ainsi qu’au début des années 2000 des dirigeants du groupe ont pu bénéficier d’opérations très avantageuses : le directeur de SOS Solidarité a acquis en 2004 un appartement parisien de 74 m2 pour 154 000 euros, qu’il a revendu, selon Le Monde, 710 000 euros onze ans plus tard. L’affaire n’a pas manqué d’alerter l’Agence nationale de contrôle du logement social, qui dans une étude rapporte : “En décidant de vendre à des personnes travaillant au sein du groupe SOS, Alterna a écarté des acheteurs offrant un meilleur prix. Ceci illustre le risque de conflit d’intérêts, d’autant que deux de ces ventes se sont traduites par des moins-values pour Alterna.”

Borello accusé d’attouchements sexuels

Proche de La République en Marche, très proche de Macron, mais trop proche de ses salariés ? En décembre, le big boss du social était de nouveau au cœur de la polémique. Dans une enquête, le quotidien Libération donnait la parole à des salariés et stagiaires du groupe SOS, qui l’accusaient d’attouchements sexuels, notamment de baisers forcés. “Je ne voulais pas de ce baiser, mais Borello a le bras long, il connaît tout le monde, donc on ne dit rien”, explique une des victimes présumées du patron. Dans les colonnes du quotidien, celui-ci dément : “L’idée de contrainte m’insupporte. Je ne vais pas agresser, a fortiori devant 1 000 personnes, pour arracher un smack. Cela confinerait à de la pathologie ou du suicide.” Les témoignages sont pourtant nombreux à l’encontre de Jean-Marc Borello, qui assure : “Si quelqu’un a été choqué, blessé, je veux m’en excuser auprès de lui ou elle.” En interne, on se dit “abasourdi” par les récentes révélations. “Je pense que beaucoup en interne du groupe sont tombés de leur chaise en lisant l’article du Monde. Alors, en externe, cela surprend bien plus encore. Et naturellement, ça interroge”, confie un élu lyonnais.

Arrivées en terres lyonnaises

Les récentes polémiques autour du groupe et de son patron n’empêchent pas SOS d’étendre son empire, notamment en région lyonnaise. Début 2019, le groupe a racheté les Brigades Vertes RIE (Rhône Insertion Environnement). L’association de Dardilly travaille depuis dix-huit ans avec des personnes au RSA pour les aider dans leur retour à l’emploi, dans un souci de l’écologie et de la transition énergétique, en travaillant avec les espaces verts des communes du Rhône. Placée en redressement judiciaire en août dernier, RIE s’est vu sauvée de justesse par SOS. Une nouvelle qui laisse Olivier Bret, secrétaire du comité d’entreprise de RIE, plutôt optimiste : “Dix-huit emplois ont été supprimés et les tâches ont été réparties en interne. Il faut que les choses se mettent en place, mais c’est plutôt positif pour l’instant.” Il préfère toutefois garder ses distances avec les récentes accusations à l’encontre du groupe et de Jean-Marc Borello. De son côté, la nouvelle directrice de RIE, Michèle Lorillon, rassure. “L’image des Brigades Vertes est avant tout territoriale, pas nationale. Ce genre d’article n’entachera pas la structure. Quant aux locaux, c’est simple, nous sommes locataires.”

D’autres implantations à Lyon pourraient suivre. En septembre 2018, le groupe SOS obtenait du Gouvernement la compétence de la prise en charge de personnes radicalisées en vue de leur réinsertion. Établi à Paris, le centre devrait s’étendre et ouvrir à Marseille, Lille et encore à Lyon courant 2019.


[Article publié dans Lyon Capitale n°785 – Février 2019]

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