Police à la Guillotière : "on a vécu une rafle"

Bilan : sept interpellations dont six sans-papiers, et six contraventions dressées.

Peu avant 14H30, les voitures de police et de douanes déboulent "place du Pont". Rapidement, ils bouclent la place centrale de ce quartier populaire de Lyon avec des bandes rouges et blanches (voir les photos sur rebellyon.info). Du haut de son appartement de la place, un témoin raconte, encore impressionné : "J'ai cru à une manif' tellement qu'il y avait de personnes agglutinées. On ne pouvait pas entrer dans le périmètre. Et à l'intérieur, tout le monde était contrôlé et fouillé".
De nombreux habitants de quartier et de voisins s'interrogent toujours sur cette nouvelle façon de faire de la police.
Officiellement, si l'on s'en tient aux réquisitions du procureur, cette opération avait pour objectif d'interpeller voleurs et trafiquants de cigarettes ou de stupéfiants. En septembre dernier, British American Tobacco, numéro 2 mondial de la vente de tabac, avait commandé un rapport portant sur la contrebande de cigarettes où la "place du Pont" était présentée comme le centre d'un marché lyonnais où tous les jours 500 paquets de cigarettes de contrebande seraient vendus.

Bilan de l'opération dressé par la préfecture : sept interpellations dont six sans-papiers et une personne pour "outrage à agent chargé de mission de service public" (un employé TCL). Quatre contraventions à la police des débits de boissons ont été dressées ainsi que deux "transactions douanières" (les contraventions des douanes) : l'une pour détention de cocaïne (0,5 grammes) et l'autre pour non transfert de licence d'un café.

Résultat : on peut douter des objectifs affichés par cette opération de police.

"Cette opération, si elle avait pour but d'arrêter les trafiquants est un échec complet", commente l'avocate Marie-Thérèse Baratier. Comme des dizaines d'autres personnes elle s'est faite contrôler à la sortie de la bouche de métro. Elle a dû montrer sa carte d'avocate pour qu'on la laisse partir plus rapidement. Devant elle, une de ses clientes, Yamina Longo, une algérienne sans-papier d'une trentaine d'années, s'est faite interpeller. Elle est depuis au centre de rétention alors que son avocate doit plaider le 27 janvier prochain devant le tribunal administratif un recours déposé contre l'obligation de quitter le territoire (OQTF). "Dans de telles conditions, je connais des sans-papiers qui ont été relâchés par les policiers pour laisser le temps à la personne de se présenter devant le tribunal. Mais avec cette rafle, on veut faire du chiffre avant la fin de l'année", déplore l'ancien élu vaudais, le communiste Jean-Pierre Brunel qui suit le dossier d'Yamina Longo. Jusque là, celle-ci vivait à Vaulx-en-Velin avec un marocain en cours de naturalisation avec qui elle doit se marier.
L'avocate enfonce le clou : "Pour interpeller des trafics qui se font au vu et au su de tout le monde, il est plus simple de le faire au coup par coup. Je ne vois donc pas la nécessité de faire une telle opération de police à part pour faire une rafle de sans-papiers et gonfler les chiffres. Ce sont des méthodes extrêmistes. Jusqu'à preuve du contraire, on a droit d'aller et venir sans avoir à se justifier".

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