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Philippe Barbarin

Pédophilie à Lyon : le cardinal Barbarin peut-il être condamné ?

Actuellement mis à mal par plusieurs affaires de pédophilie, le cardinal Barbarin est au cœur de la tempête médiatique. Au vu des faits qui lui sont reprochés, peut-il être condamné par la justice, par l’Eglise ou encore en légitimité ?

Une condamnation juridique ?

Aujourd'hui, que risque le cardinal Barbarin ? Selon les premiers éléments, les plaintes qui visent l’archevêque de Lyon portent sur des faits de "non-dénonciation de crime et mise en danger de la vie d'autrui". Pour le moment, deux affaires ont éclaté : l'affaire Preynat et l'affaire Billioud. Dans la première, le cardinal a eu connaissance des faits en 2007, comme il l'a indiqué lui-même. Dans la seconde, la victime a affirmé avoir rencontré le cardinal Barbarin en 2009 dans la garde de Lyon à Paris et lui avoir raconté ce qui lui est arrivé. Le cardinal lui aurait alors dit qu'il "faisait bien" de porter plainte. Dans ce cas, il ne pourrait être attaqué pour non-dénonciation de crime puisque la victime a porté plainte.

La non-dénonciation de crime est un délit "instantané", rappelle maître Soulier, l'avocat du cardinal. Un délit puni de trois ans d'emprisonnement et de 45 000 euros d'amende (art. 434-1 du Code pénal) dont la prescription débute au moment où la personne a connaissance des faits. En l'espèce, pour les faits de 2007, il semble y avoir prescription. Le cardinal serait donc difficilement condamnable juridiquement pour ces faits. Il en va de même pour ceux de 2009.

Une condamnation religieuse ?

Très maladroitement, l'archevêque de Lyon a déclaré hier “Dieu merci, les faits sont prescrits” avant de s'excuser. Dans le même temps, le Vatican a renouvelé sa confiance envers le cardinal, en affirmant qu’il était "opportun d’attendre le résultat" de l'enquête.

La condamnation religieuse a-t-elle une prescription ? Pas forcément, si l’on écoute les évêques de France. "Il vaut mieux ne pas se poser la question de la prescription : c’est une question juridique à laisser aux juges. Nous devons nous soucier d’écouter les victimes", a affirmé un autre évêque, cité par le journal La Croix. Dans le même sens, durant la conférence des évêques de France qui se tient actuellement à Lourdes, l'évêque de Pontoise a déclaré : "Il y a la prescription juridique. Mais il n’y a pas de prescription morale. Peut-on aller au-delà de la prescription canonique ? C’est possible dans l’Église." Une position également soutenue par le cardinal Barbarin lui-même, qui ne devrait pas, sauf nouveaux faits, être inquiété dans l’exercice de son ministère sur ce point.

Une condamnation en légitimité ?

Pour le moment, le cardinal a affirmé ne pas vouloir démissionner. Il a expliqué durant une conférence de presse organisée à Lourdes qu’“il avait peut-être fait une erreur d’appréciation", concernant le père Preynat qu'il a maintenu en fonction, "mais je n'ai jamais couvert des faits de pédophilie”, s'est-il défendu. “Par deux fois, je les ai dénoncés et immédiatement j'ai suspendu les prêtres, a-t-il ajouté. Quand quelqu'un me parle, je le crois. En l'occurrence j'ai cru le père Preynat. J'arrive quinze ans après les faits et, durant ces quinze ans, il me semble que rien ne s'est passé. Ce qui n'excuse en rien ce qui s’est passé. [...] On peut me reprocher de l'avoir cru [...] Je ne dis pas que je ne me sois pas trompé dans l'appréciation pastorale et dans les décisions que j'aurais dû prendre. […] il y a des choses à reprendre et à revoir en profondeur avec des conseillers externes." Même défense concernant l’affaire du père Billioud.

C'est finalement cette confiance en la parole de prêtres qui auraient eu un comportement pénalement répréhensible, mais prescrit, qui est reprochée au cardinal aujourd'hui. Un comportement critiqué par le Premier ministre, Manuel Valls, qui lui a demandé de "prendre ses responsabilités". La confiance accordée à ces prêtres n'est pas non plus comprise par les victimes : "Quand on est au courant de tels faits, il faut agir, surtout quand on est en responsabilité. Barbarin en avait le pouvoir", a reproché la victime du père Billioud. Trois victimes du père Preynat accusent aussi le cardinal de n'avoir relevé le prêtre de ses fonctions qu'en août 2015, alors qu'en février de la même année le Vatican avait imposé des mesures disciplinaires à son encontre. Six mois de trop selon eux : "en s'enfermant dans le silence, notre cardinal a perdu toute crédibilité". C'est cette crédibilité, plus que la justice, qui pourrait aujourd'hui lui faire défaut dans l'exercice de son ministère.

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