Ni positive, ni apaisée, ni "de combat", Laïcité tout court

C'est un conflit qui existe depuis très longtemps et qui demeure latent. On cite la loi de séparation de l'Eglise et de l'Etat de 1905, mais avant il y eut 40 ans de violence. Sans oublier la Terreur au XVIIIè s., véritable génocide français où la loi française a décidé de tuer des français parce qu'ils étaient catholiques. Déjà, sous l'Ancien Régime ces deux tendances étaient à l'œuvre : celle de Jeanne d'Arc avec son cri de ralliement : " Dieu premier servi " et celle de Voltaire avec son célèbre : " écrasons l'infâme, c'est-à-dire la religion ".

Que ne fait-on pas dire à l'Histoire !

Jeanne d'Arc ne fut-elle pas condamnée au bûcher par un tribunal ecclésiastique présidé par l'évêque de Beauvais ? Et le cri du cœur de Voltaire ne fut-il pas lancé dans le délire meurtrier de l'affaire Calas. Ce dernier, faut-il le rappeler est ce protestant de Toulouse injustement accusé du meurtre de son fils qui selon la rumeur aurait voulu se convertir au catholicisme. N'est-ce pas le clergé toulousain soutenu par la populace certainement imprégnée de valeurs chrétiennes qui réclamait un châtiment exemplaire ? Torturé, roué, Calas sera finalement étranglé, alors que son fils s'était suicidé. Cri du cœur anticlérical certes de Voltaire, mais replacé dans le contexte, on peut le comprendre ?

On pourrait encore évoquer la religion comme 'source de la vie' avec les croisades pour extirper les hérésies que ce soit en Orient contre les musulmans avec la prise emblématique et sanglante de Jérusalem et le pillage de Constantinople, ou dans le sud de la France contre les Cathares, chrétiens coupables de vivre en conformité avec les principes de leur foi. Et que dire des propos non avérés du légat du Pape devant Béziers en 1209 : " tuez les tous, Dieu reconnaîtra les siens ". En revanche, ce qu'il écrit après la prise de la ville est incontestable : " les nôtres n'épargnant ni le sang, ni le sexe, ni l'âge ont fait périr par l'épée environ 20 000 personnes et après un énorme massacre des ennemis, toute la Cité a été pillée et brûlée. La vengeance divine a fait merveille."
Beaux exemples de tolérance, de charité chrétienne et de respect de la vie.

Et nous ne parlons pas des Guerres de Religion, des protestants pourchassés, des juifs ghettoïsés ou expulsés. C'est la Révolution qui fera d'eux des citoyens, comme c'est la République qui réhabilitera le chevalier de La Barre lui aussi victime en son temps du fanatisme religieux.
Et nous ne parlons pas des curés qui mangeaient à la table des notables et des patrons au XIXè s. et soutenaient ces derniers contre les ouvriers dans leur lutte pour l'amélioration de leurs conditions de travail et de vie.
Et nous ne parlons pas de ceux qui ont faite le sacrifice de leur vie pendant les deux guerres mondiales. Etaient-ils tous nourris de ces valeurs chrétiennes dont on est en train de faire l'apologie. Rappelons-nous Aragon dans la Rose et le Résada : " celui qui croyait au ciel celui qui n'y croyait pas, répétant le nom de la belle qu'aucun des deux ne trompa et leur sang rouge ruisselle, même couleur, même éclat ".

N'existe-t-il de morale que religieuse ? C'est faire injure aux athées, agnostiques, libre penseurs dont la morale, subordonnée ni à un être suprême ni à une doctrine religieuse, est sans doute aussi rigoureuse et aussi exigeante puisqu'elle échappe aux petits et aux grands accommodements de la confession.

Alors moi, la laïcité tout court me va bien. Je n'ai besoin ni d'une laïcité 'positive' ou 'apaisée', ni même d'ailleurs d'une laïcité 'de combat', comme je n'ai pas besoin d'une " parole supérieure transcendante " comme l'écrit le Cardinal Barbarin, pour distinguer le bien et le mal, pour croire à la justice, à la tolérance, à la fraternité, au respect de la vie. La religion doit rester une affaire privée et ne pas interférer avec les lois de la République.

Désormais la vigilance s'impose.

Michel Develay
Professeur Sciences de l'Education

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