Ne confondons pas emplois moteurs et emplois mus

Réjouissons-nous donc que 20 000 emplois aient été créés dans le secteur des maisons de retraite, dixit Nora Berra, secrétaire d'Etat chargée des aînés.

Espérons fermement que les 50 chefs d'entreprises invités en juillet à l'Elysée vont bien augmenter jusqu'à 100 000, les emplois en alternance qu'ils offrirons à la rentrée. Satisfaisons-nous de toutes les mesure prises à l'automne pour mettre en " trans-formation " tous ceux qui vont être victimes des suppressions de postes, ainsi que du " fonds social " demandé et obtenu par la CFDT.

Comptons que se développent enfin, avec les aides fiscales appropriés, les fameux emplois d'aide à la personne inventés il y a quelques années par Jean-Louis Borloo, et dont on évaluait le " gisement " à 500 000.

Comment financer les emplois du service à la personne ?

La dépendance, inévitablement croissante, les besoins en appui de notre système éducatif, les gardes d'enfants des mères au travail, toutes ces évolutions devraient effectivement générer ces emplois. Mais, quelques soient les avantages fiscaux accordés, d'où viendra la valeur ajoutée, génératrice de salaires et revenus non salariaux, permettant de les rémunérer ?

La réponse qui vient immédiatement à l'esprit, c'est évidemment la théorie keynésienne. Si un supplément de revenus -nous en analyserons plus loin l'origine- intervient dans l'économie nationale, il générera, par les vagues successives de consommation un effet " multiplié ". Si, par exemple, le supplément injecté est de 100 avec une propension à consommer le revenu de 0,8, la théorie dit que quand cette injection initiale aura épuisé ses effets, l'accroissement résultant du PIB peut être de 250. Si l'on tient compte maintenant, d'une propension à importer de 27 %, il ne sera plus que de 170.

Mais d'où peut venir cette injection ? Exceptionnellement des administrations. Nous le vivons actuellement ! L'Etat et les collectivités locales sont censées être en train d'injecter une trentaine de milliards d'euros, en plus des dépenses usuelles, dans le cadre du plan de relance de novembre. A travers des constructions diverses d'infrastructures, et la relance de projets multiples, on en espère un soutien progressif de l'emploi, compensant, pour partie, les effets de la crise.

Redonner confiance aux investisseurs

Mais ensuite ? L'endettement massif des administrations de tous les pays, ne permet pas des relances récurrentes chaque année. Les masses fiscales résultantes ne suffiraient pas à couvrir le service et le remboursement de l'endettement.

D'où peuvent alors venir les injections successives qui entraîneraient des effets multiplicateurs sur l'emploi ? Réponse : des investisseurs privés qui empruntent à cette fin. Ce sont eux, normalement, qui entretiennent la demande finale. Encore faut-il qu'ils gardent ou réacquièrent confiance en l'avenir de la demande.

C'est cette confiance que les relances étatiques doivent restaurer. Pour l'instant, ce n'est plus le cas dans les pays développés. Par contre la demande des pays émergents, notamment chinoise, se maintient, la Chine ayant effectué une relance massive, recentrée sur son économie, mais qui exigera des importations.

Et c'est là qu'intervient la troisième source d'injection de fonds dans nos économies : l'exportation. En économie ouverte, dans la logique économique actuelle, non seulement il convient d'équilibrer les importations par des exportations, mais il faut, de plus, en permanence, dégager un surplus d'exportations, qui constitue cette injection récurrente de valeur ajoutée et de pouvoir d'achat générant les emplois. L'Allemagne donne l'exemple de ce qu'il faut faire. Elle subit actuellement, plus durement que nous, la baisse de la demande mondiale, mais sera, comme elle l'était, dès la fin de la récession, en large excédent commercial, c'est-à-dire bénéficiaire récurrente des injections susdites.

Relancer les exportations française en reprisant le tissu industriel

Ce n'est plus le cas de la France. On l'a maintes fois analysé : nous exportons, mais malheureusement pas assez, notamment parce que nous sommes moins présents sur les marchés qui se développent et sur les biens d'équipement. Le tissu industriel français s'est progressivement troué et non renouvelé. Les usines disparaissent, et les labos ou entreprises de services productifs qui devraient les remplacer son en trop petits nombre.

De plus en plus, l'emploi est limité aux emplois publics, particulièrement des collectivités locales, aux services financiers, aux commerces et hôtels cafés et restaurants, ainsi qu'aux professions du droit et du chiffre et services aux entreprises. Or, si l'on excepte le tourisme, très important pour nous, mais qui ne peut constituer la seule source de valeur ajoutée pour 62 millions de français, tous ces emplois sont plutôt des emplois " mus " que " moteurs ", ces derniers dépendant de la valeur ajoutée que la France ne parvient pas à aller chercher à l'exportation.

De ce fait, nous sommes condamnés à une croissance lente, voire à la stagnation. Peut-être est-ce d'ailleurs souhaitable, du point de vue écologique. Peut-être devrions-nous entrer dans un nouveau modèle de croissance lente de ce type, laquelle impliquerait cependant une très forte réduction des inégalités.

Mais un seul pays, sauf autarcie, ne peut adopter ce modèle. Il faudrait que cette croissance lente soit concertée par les pays développés, comme moyen de plafonner l'émission des gaz à effet de serre. Sinon, ou tant que ce n'est pas le cas, il y a effectivement grande urgence à accélérer et amplifier par tous les moyens notre propension à créer des entreprises nouvelles, capables d'exporter plus que nous importons, et des emplois " moteurs ".

Le grand " plan " que Nicolas Sarkozy fait élaborer et qu'il compte financer par un nouvel emprunt public, n'a d'intérêt que dans ce sens. Sera-t-il quantitativement suffisant, bien ciblé pour ne pas disperser les moyens, mais sur des cibles qui sont en tête de grappes larges d'innovations potentielles ? La question reste ouverte.

Photo : personnes âgées à Cordoue (mcohen.chromiste/Flickr).

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