Monsieur Sarkozy est-il racialiste ?

Au moment où M. Sarkozy s’agite et vibrionne pour revenir au premier plan de la vie politique française et apparaître tel le Messie, au moment où des gosses africains débarquent par milliers en Italie, entre la vie et la mort sur des barques de fortune, sans même leurs parents, restés au pays (quel courage pour ces enfants, quel courage pour leurs parents !), les relents du discours de Dakar reviennent et tournent en boucle dans les esprits, jusqu’au malaise.

“Le drame de l’Afrique, proclamait M. Sarkozy en 2007, vient du fait que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’Histoire. […] Le problème de l'Afrique, poursuivait-il, c'est qu'elle vit trop le présent dans la nostalgie du paradis perdu de l'enfance. […] Dans cet imaginaire où tout recommence toujours, il n'y a de place ni pour l'aventure humaine ni pour l'idée de progrès.”

Qu’un président en exercice puisse proclamer de telles inepties au nom de la France est déjà profondément choquant en soi. Qu’un ancien président prône aujourd’hui un “Schengen II”, accusant l’Union européenne de tous les maux en matière de politique migratoire, quand lui-même n’avait pour toute perspective et pour toute ambition qu’un nettoyage “au Kärcher”, l’est encore davantage. Qu’il songe à être réélu en répandant de nouveau ses miasmes pré-pasteuriens relève, au mieux, d’une forme d’inconscience.

Quand l’inné prime sur l’acquis

Car les problèmes que connaissent la France et l’Europe ne sont pas dus à un quelconque atavisme ni aux tares supposées de tel ou tel peuple. Pas plus que “l’on naît pédophile” n’est-on génétiquement programmé pour la disparition de l’histoire. Les problèmes sont exclusivement culturels et socioéconomiques et signent surtout, avec une cruelle violence, l’incapacité notoire de nos politiques successifs – M. Sarkozy en tête –, lesquels se sont payés de mots et de formules toutes faites pour flatter les instincts les plus vils dans le seul but de se faire élire et ré-élire, en menaçant sans cesse ceux qui n’étaient pas d’accord – certains, à l’instar d’Azouz Begag, en ont même fait des livres.

Le drame de la France vient du fait que des hommes tels que M. Sarkozy sont déjà trop entrés dans l’histoire, par de petites portes dérobées. Le drame de la France, sous la présidence de M. Sarkozy, est que l’on ait ne serait-ce que toléré que Mouammar Kadhafi plantât sa tente en face de la présidence de la République, que Bachar al-Assad assistât, à la tribune d’honneur, au défilé du 14 juillet ou encore que le président congolais Denis Sassou Nguesso fût officiellement reçu à l’Elysée. La honte de la France, sous M. Sarkozy, c’est qu’au fond elle a toujours su faire une place de choix aux pires dictateurs africains, quand leurs peuples n’étaient pas jugés dignes d’un strapontin et se voyaient même accusés, comme on a pu le vérifier avec le discours de Dakar, de ne pas être en capacité de concevoir l'idée même de progrès. La question est : pourquoi ? La justice donnera peut-être des réponses.

“La faute à l’Europe”

Mais peut-être aussi M. Sarkozy n’écrit-il pas personnellement ses discours et ses tribunes. Dans ce cas, il devrait songer à changer de nègres, aurait pu dire le regretté Aimé Césaire. Car, quand M. Sarkozy se trompe, ce n’est que sur l’essentiel. Quand il trompe les Français aussi d’ailleurs. L’Europe qu’il dénigre aujourd’hui avec tant de force et de gesticulations n’est-elle pas celle qu’il a fait ratifier à la découpe et dans le désordre via le traité de Lisbonne en 2008, alors même que les Français avaient rejeté à presque 55 %, trois ans plus tôt, par référendum, le traité établissant une Constitution pour l’Europe* ? Toujours ce problème avec le peuple, qui décidément, selon M. Sarkozy, ne peut concevoir “l’idée de progrès”. Une suggestion de slogan à l’adresse de tous les citoyens, pour sa prochaine – hypothétique – campagne : “Cassez-vous, pov’ cons !” Succès garanti sans OGM.

* Lire : “La boîte à outils du traité de Lisbonne, par Valéry Giscard d’Estaing” (Le Monde, 26 oct. 2007).
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Il y a une part de provocation dans le titre de cet édito. Certains auront reconnu une référence à la campagne de 2008, quand, six mois avant l’échéance, Gérard Collomb s’était lâché lors d’un déjeuner de presse en proclamant : “Perben, c’est cuit !” Cela avait fait la une de Lyon Capitale, accusé par les confrères d’avoir “brisé le off”.
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